Yvonne, Rosalie, Cavé, née Richard le 17 mars 1896 à Montrouge (Hauts-de-Seine), domiciliée à Paris 15e, morte au sous-camp de femmes de Birkenau le 26 février 1943.

JPEG - 70.9 ko
Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz avant 
l’évacuation du camp en janvier 1945. Réalisé le 3 février 1943, 
le portrait d’immatriculation de cette détenue a disparu.

Yvonne, Rosalie, Richard naît le 17 mars 1896 à Montrouge (Hauts-de-Seine).

Le 24 janvier 1920 à Paris 15e, elle épouse Henri, Émile, Cavé, né le 19 octobre 1885 à Paris 11e – un veuf qui a une fille déjà grande.

Henri Cavé est cartonnier.

En dernier lieu, les Cavé habitent au 231 rue de Vaugirard, à Paris 15e, près de la rue des Volontaires, dans un immeuble où Madame Richard, la mère d’Yvonne, devenue veuve, est concierge.

Arrêtés pour leur opinion antiallemande et anti-collaborationniste

Pendant l’occupation, Yvonne et son mari ne cachent pas leur antipathie pour les Allemands et, plusieurs fois, des commerçants disent à Madame Richard que sa fille « devrait faire attention ».

Un jour de septembre 1942, Yvonne croise dans le corridor de la maison un jeune homme qu’elle a connu gamin, appartenant aux Chantiers de jeunesse. « Vous n’avez pas honte de porter ce costume ? Les Allemands ne seront pas toujours là… » – « Vous, je vous la ferai fermer, votre gueule », dit le jeune homme.

Quelques jours plus tard, ils subissent une perquisition de la Gestapo. Le papier destiné à leur métier de cartonnier ne peut-il servir pour les tracts ? Puis les policiers allument le poste de radio. L’aiguille est encore posée sur Londres : les Cavé étaient à l’écoute quand on avait frappé à la porte. « Ainsi, vous écoutez Londres ? » Enfin, les policiers repartent.

Une semaine plus tard, le 26 septembre 1942, les Cavé sont convoqués à la Gestapo, rue des Saussaies, et ils s’y rendent. Ils ne reviendront pas.

Le lendemain, une sœur d’Yvonne va rue des Saussaies s’enquérir, elle n’obtient que sarcasme des gestapistes.

En octobre, elle reçoit une carte rose avec la phrase tout imprimée, en français et en anglais : « Je suis au fort de Romainville. Je vais bien. Affectueusement. » Seule la signature est manuscrite. Puis, plus de nouvelles.

JPEG - 167.5 ko
L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122), 
surplombée par un mirador. 
© Musée de la résistance nationale (MRN), 
Champigny-sur-Marne (94).

Le 22 janvier 1943, Yvonne Cavé fait partie des cent premières femmes otages internées au Fort de Romainville qui sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »). Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris).

Le 23 janvier, en fin de journée, Henri Cavé – transféré à Royallieu à une date restant à préciser – est parmi plus de 1450 détenus détenus hommes du camp qui sont conduits à pied sous escorte à la gare de Compiègne, jusqu’à un quai de marchandises où il sont entassés dans des wagons à bestiaux.

Les deux-cent-trente femmes otages passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le lendemain matin, 24 janvier, elles sont conduites à leur tour à la gare et montent dans les quatre derniers wagons du convoi.

JPEG - 128.9 ko

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes – dont Henri Cavé – sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, près d’Orianenburg.

Les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit.

Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

JPEG - 142.9 ko
Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) 
par lequel sont passés les “31000” 
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises 
et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…). 
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Yvonne Cavé meurt à Birkenau le 26 février 1943, selon l’acte de décès du camp.

Charlotte Delbo témoigne : « On lui avait volé ses chaussures pendant la nuit. Le matin, elle a dû aller nu-pied à l’appel – quatre heures debout dans la neige – et au travail. Ses jambes ont enflé à vue d’œil, dans la journée. Elle est morte en trois jours, au Revier, de néphrite aiguë. »

En mars 1943, sa sœur a été appelée à la Gestapo, rue des Saussaies. Un interprète lui a dit : « Votre sœur est morte d’une crise cardiaque. »

La mort de Henri Cavé

Au KL Sachsenhausen, après la période de quarantaine, Henri Cavé (matricule 57865) a été affecté au Kommando Heinkel où l’on fabrique des pièces d’avions. Le 18 avril 1944, il est blessé dans le bombardement de l’usine par l’aviation alliée. Des plaies ouvertes aux deux jambes, il est renvoyé au Revier du camp principal (Sachso), où un de ses camarades le voit pour la dernière fois le 15 juillet 1944. Henri Cavé succombe le 14 février 1945.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 65-66. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 159 (11091/1943). 
- Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, Éditions Tirésias, Paris 2004, I.74, page 604. 
- Archives de Paris, archives en ligne, registre des naissances du 11e arrondissement, année 1885 (cote V4E 6501), acte n° 4974.

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 1-11-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).