Yvette Champion naît le 5 août 1915 à Crouzilles (Indre-et-Loire – 37). En 1926, hébergée par un oncle, elle va à l’école communale de Trogue (37).

Sa mère, veuve à 28 ans et élevant seule ses enfants, devient femme de service à l’école Raspail à Tours (37).

À une date restant à préciser, Yvette Champion épouse Monsieur Marival, un ouvrier d’usine, membre du parti communiste avant la guerre.

Sous l’occupation, tous deux sont combattants du Front national [1].

L’arrestation

Le 4 août 1942, en pleine nuit, ils sont arrêtés chez eux par la Gestapo, après avoir été désigné par un membre de leur groupe qui a parlé sous la torture. Yvette est détenue à la prison de Tours.

Le 7 novembre 1942, elle est parmi les dix-huit “Tourangelles” internées au camp allemand du fort de Romainville (premier élément du Frontstalag 122), sur la commune des Lilas (Seine / Seine-Saint-Denis).

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Auschwitz

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Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises
et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22,1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »).

Le lendemain, Yvette Marival fait partie du deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit.

Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

Yvette Marival y est peut-être enregistrée sous le matricule 31787, selon une correspondance établie avec le registre des internés du Fort de Romainville. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail dans les Kommandos, mais pas de corvée.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rang de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie : vues de trois quarts, de face et de profil (la photo d’immatriculation d’Yvette n’a pas été retrouvée).

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où sont enfermées leurs compagnes prises à la “course” du 10 février (une sélection punitive). Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

Yvette Marival meurt à Birkenau le 7 mars 1943, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher) ; quoi que Charlotte Delbo ait écrit : « Elle est morte dans les tout premiers jours, au Block 14. Elle n’a pas été photographiée. On l’a trouvée morte, un matin. »

Un jour d’avril ou mai 1944, vers 12 h 30, sa famille a appris sa mort par la radio de Londres (par quelle filière d’information ?).

Une famille meurtrie

Le mari d’Yvette Marival meurt également en déportation, ainsi que son beau-frère.

Une belle-sœur arrêtée aussi, a été relâchée après quelque temps : elle est morte ensuite de tuberculose.

Notes :

[1] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN”, jusqu’à son changement d’appellation le 1er juin 2018).

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 192.

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 8-09-2021)

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