Un pseudo-documentaire soutient des thèses nauséabondes sur 
la Résistance.

 

Coïncidence répugnante. Le jour où sort sur nos écrans la Rafle, film qui raconte la rafle du Vel’d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, on nous propose un pamphlet sinistre. Les Convois de la honte se veut un « documentaire historique » et prétend faire la lumière sur la responsabilité de la SNCF dans la déportation des juifs de France et celle des résistants à l’occupant ou au régime de Vichy. « La SNCF pouvait-elle se soustraire ou a-t-elle été contrainte  ? » Sous couvert de répondre à cette question, l’auteur, Raphaël Delpard, qui en d’autres temps s’illustrait avec les Bidasses aux grandes manœuvres, se livre à une propagande nauséabonde contre la Résistance. De la supposée complicité de la SNCF vis-à-vis de l’occupant, il ne prouve rien. Les 109 minutes de son film ne sont qu’un agrégat de mensonges par omission, d’insinuations odieuses et de confusions malhabilement entretenues par un montage qui alterne phases de récits et entretiens avec des spécialistes ou des témoins dont on peut se demander si certains n’ont pas été abusés.

Raphaël Delpard ne fait aucune révélation, ne produit aucun document nouveau. Il réécrit l’histoire. De l’attitude ignoble d’un chef de gare qui s’oppose à ce que la Croix-Rouge tente de soulager la souffrance des déportés, il déduit que « la direction de la SNCF » s’opposait à cette assistance humanitaire. Comme il ne parvient pas à invalider les travaux des historiens qui ont démontré que la compagnie ferroviaire était « requise », et donc contrainte par l’occupant ou le régime de Vichy, il nous « révèle » qu’il y avait des collabos à la SNCF, avant de se livrer à une entreprise de dénigrement de la réalité de la Résistance. Il y a d’abord cette fumeuse démonstration mathématique par laquelle il soutient qu’il n’y avait que « 10 % de résistants au sein de la SNCF », soit « 41 000 cheminots sur un total de 410  000 ». Les faits de résistance, et notamment l’aide apportée par des cheminots aux déportés, ne sont, selon lui, que des actes isolés. La Résistance communiste et gaulliste  ? Elle n’est pas venue en aide aux déportés, trop obnubilée qu’elle était à gagner des positions politiques, affirme en substance l’auteur. Le summum est atteint quand, pour dépeindre l’action de la CGT et du PCF, il convoque le directeur de l’Institut supérieur du travail qui nous ressort la vieille rengaine  : « La Résistance communiste ne débute qu’avec l’invasion de l’Union soviétique. » Faire témoigner dans un film sur la déportation le directeur d’une officine du patronat fondée par un collaborateur notoire, on croit atteindre là le sommet de l’ignoble. Eh bien non  ! Les accents nauséabonds se poursuivent jusqu’à la dénonciation du « mythe de la Résistance » écrit par « les historiens officiels ». Un vocabulaire qui n’est pas sans rappeler celui des tenants du révisionnisme ou du négationnisme. Insupportable.

Article paru dans l’Humanité du 10 mars 2010