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Collection du Musée de l’Histoire vivante. Montreuil.

Samuel (Émile) Goldstein naît le 18 octobre 1901 à l’hôpital Rotschild, au 76 rue de Picpus, à Paris 12e arrondissement, fils d’Abraham Goldstein, 27 ans, ferblantier, et de Sarah Weissmann, son épouse, 22 ans, domiciliés au 20, rue Basfroi, à Paris 11e, tous deux d’origine roumaine et naturalisés en 1912 ; le déclarant à l’état civil et les deux témoins sont des employés de l’hôpital.
Pendant un temps, la famille habite au 9 bis, boulevard de Belleville, à Paris 11e. Samuel travaille alors comme ferblantier, sans doute avec son père.

De la classe 1921, il n’est appelé à accomplir son service militaire que le 10 mai 1923. Quatre jours plus tard, il rejoint le 64e régiment d’infanterie comme soldat de 2e classe. Le 22 août, il passe au 11e escadron du Train des équipages. Le 29 novembre, il passe à la section de secrétaires d’état major R. du GUP. Le 7 mai 1924, il est renvoyé dans ses foyers, titulaire d’un certificat de bonne conduite.

En juin 1925, Samuel Golsdtein habite au 16, avenue Hermance Bonel, à Brunoy (Seine-et-Oise / Essonne).

Le 11 juillet 1930 à la mairie de Brunoy, Samuel Goldstein se marie avec Adèle Steinman, née le 7 février 1904 à Vaslui en Roumanie, institutrice. Ils auront trois enfants.

Pendant un temps, Samuel Goldstein est représentant de commerce.

En septembre 1931, la famille s’installe au 45, rue Basfrois, à Paris 9e. En janvier 1932, on la retrouve au 42, route des Petits Ponts, à Drancy (Seine / Seine-Saint-Denis – 93). En février 1933, ils habitent au 81, rue d’Alésia, à Paris 14e. En mars 1935, ils emménagent au 125, boulevard de la Boissière, à Montreuil-sous-Bois [1] (93).

Samuel (« Sam ») Goldstein est un militant communiste.

À partir du 1er septembre 1937, il est employé de mairie à Montreuil.

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L’hôtel de ville de Montreuil après-guerre.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

En avril 1938, il est domicilié au 10, rue Parmentier, dans cette commune.

En juillet 1939 et jusqu’au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au 18, rue Alexis-Lepère à Montreuil.

Rappelé à l’activité le 1er septembre 1939 et affecté « au 220 » (section d’infirmiers ?), il rejoint son unité une semaine plus tard. Le 18 février 1940, il est transféré au dépôt d’artillerie n° 211. Le 6 mars, il est affecté à la compagnie de renforcement d’usine à Salbris (Loir-et-Cher – 41) et/ou à la 11e compagnie de travailleurs militaires de La Ferté-Imbault (41). Le 21 avril, il passe à la compagnie 21/1 du 22e B.O.A. Il est noté « en captivité » du 4 au 25 juin (?), mais finalement démobilisé, il revient chez lui le 11 août 1940.

Après le 18 octobre 1940, date à laquelle Philippe Pétain et son gouvernement décrètent l’exclusion des juifs de l’administration, Samuel Goldstein doit quitter son emploi ; il travaille alors comme terrassier au cimetière. Adèle, son épouse, est alors interprète.
Sous l’occupation, Samuel Goldstein est considéré par les Renseignements Généraux comme un « militant actif ». Le 25 juin 1941, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif « à la demande de M. le Conseiller Boemelburg » (chef de la Gestapo, section IV du BdS, pour la France), en même temps que les avocats des militants communistes – Maurice Boitel, Antoine Hajje, Georges Pitard et Michélis Rolnikas – et un vieux « meneur actif » d’origine russe et domicilié dans le 17e arrondissement ; tous sont arrêtés par la police française. Cette désignation spécifique reste à expliquer…
Le 27 juin, Samuel Goldstein est livré aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag122) [2]. Enregistré sous le matricule n° 313, il fait partie des militants qui inaugurent ce “camp de police” (Polizeihaftlager). Il demeure au “camp des politiques” au moins jusqu’au 20 mai 1942 (date de sa dernière lettre).
Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.
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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Samuel Goldstein est enregistré à Auschwitz ; peut-être sous le numéro 46279 selon les listes reconstituées (aucune photo n’a été retrouvée après le matricule 46172).

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Samuel Goldstein.

On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz, probablement avant la mi-mars 1943 ; l’acte de décès établi par l’administration SS du camp fait partie des documents qui ont été détruit sous la surveillance des gardiens lors de l’évacuation générale du camp à la mi-janvier 1945.

Le 13 septembre 1944, sa mère, alors domiciliée à Saint-Maur-des-Fossés (93), remplit une fiche de renseignement sur un déporté.

Le 22 mars 1946, sur des formulaires à en-tête de la Fédération Nationale des déportés et internés de la Résistance (FNDIRP), Georges Brumm, de Montreuil, et Raymond Saint-Lary, de Fresnes, rescapés du convoi, certifient chacun la mort de Samuel Goldstein « à la date du mois d’octobre 42 ».

Le 5 juillet suivant, sa veuve, Adèle Goldstein, remplit un formulaire du Ministère des Anciens combattants et victimes de guerre (ACVG) afin d’obtenir un acte de décès officiel de cette administration. Elle joint à sa demande, entre autres documents, les deux attestations reçues de l’« Amicale d’Auschwitz » (confusion ?).

Le 6 septembre suivant, Adèle Goldstein remplit une demande d’enquête administrative sur la non-réapparition d’un déporté, mentionnant « Birkenau (Auschwitz) ». Elle y joint un certificat établi par Georges Brumm.

Le 8 octobre, l’officier d’état civil siégeant au Ministère des ACVG dresse un acte de décès « sur la base des éléments d’information figurant au dossier du de cujus » fixant la date au 15 octobre 1942, soit au milieu du mois.

À date restant à préciser, Adèle Goldstein dépose une demande d’apposition de la mention “Mort pour la France” en marge des registres d’état civil sur les actes concernant son mari. Le 16 juin 1946, la commission ad hoc rend un avis favorable et le Ministère transmet une demande d’inscription à la mairie de Montreuil le 29 août 1947.

À date restant à préciser, Adèle Goldstein dépose une demande d’attribution du titre de Déporté Résistant pour son mari. Le 1er mai 1959, le Conseil d’État rejette le pourvoi qu’elle a introduit contre le jugement du tribunal administratif de Paris refusant ce titre (elle habite alors toujours au 18 rue Alexis-Lepère, à Montreuil). Samuel Goldstein est finalement homologué comme “Déporté politique”.

Dans grand hall de la mairie de Montreuil, à droite au pied de l’escalier. © Mémoire Vive.

Dans grand hall de la mairie de Montreuil, à droite au pied de l’escalier.
© Mémoire Vive.

 

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Le Mémorial de la Shoah, au 17 rue Geoffroy-l’Asnier à Paris 4e.
À gauche, panneau du Mur des noms pour les déportés
de l’année 1942 avec les « noms modifiés et identifiés
depuis l’achèvement du mur
 » (janvier 2005).
De nombreux otages juifs du convoi du 6 juillet 1942
y ont été ajoutés ensuite… Photo Mémoire Vive.
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Sur le Mur des noms du Mémorial de la Shoah.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 66, 385 et 406.
- Cl. Cardon-Hamet, notice in 60e anniversaire du départ du convoi des 45000, brochure répertoriant les “45000” de Seine-Saint-Denis, éditée par la Ville de Montreuil et le Musée d’Histoire vivante, 2002, page 28, citant : renseignements fournis par sa fille, Léone Mayero (2 juillet 2000).
- Archives de Paris, site internet, archives en ligne ; extrait du registre des naissances du 12e arrondissement à la date du 21-11-1901 (V4E 9455), acte n° 3393 (vue 19/31).
- Archives de Paris ; registre des matricules militaires, classe 1921, 4e bureau de recrutement de la Seine, volume 3001-3500 (D4R1 2281), Goldstein Samuel, matricule 3318.
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris) ; cartons “occupation allemande”, liste des internés communistes (BA 2397).
- Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen ; dossier de Samuel Goldstein (21 p 457 023).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 14-02-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Montreuil-sous-Bois : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] L’ “Aktion Theoderich” : L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est défini le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre. Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – arrestations et perquisitions à leur domicile – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante. En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, réservé à la détention des « ennemis actifs du Reich » et qui ouvre en tant que camp de police. Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. Fin août, 200 d’entre eux font partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.