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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Roger, Henri, Prévost naît le 4 février 1911 à Saint-Maur-des-Fossés [1] (Val-de-Marne – 94), fils d’Auguste Prévost et de Léontine Caron ; la famille a compté douze enfants, au titre desquels la mère a reçu un diplôme et la médaille d’argent des familles nombreuses.

Le 2 septembre 1932 à Champigny-sur-Marne [<1>](94), Roger Prévost se marie avec Georgette Chauvin.

Mobilisé au cours de la drôle de guerre, il n’est pas fait prisonnier et retourne dans ses foyers.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 18 bis, rue Béranger à Saint-Maur (après avoir habité au 18, rue Garibaldi).

Roger Prévost est monteur électricien (déclaré comme manœuvre après son arrestation).

La date et les circonstances de son arrestation restent à préciser.

Le 6 décembre 1940, Roger Prévost est placé en internement administratif au “centre de séjour surveillé” d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé au début du mois d‘octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt. Le 25 mars 1941, quand sa mère sollicite auprès du préfet de Seine-et-Oise l’autorisation de lui rendre visite, Roger Prévost est assigné à la chambre D.R. [?]

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Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan, 
le pavillon qui fut transformé en camp d’internement. 
Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

Un an et demi plus tard, le 5 mai 1942, Roger Prévost fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” de Voves (Eure-et-Loir – 28). Enregistré sous le matricule n° 405, il ne reste que cinq jours dans ce camp.

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Entrée du camp de Voves. 
Date inconnue, probablement après mars 1943.

Le 10 mai, il fait partie des 81 internés remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht(Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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Le camp vu depuis le mirador central. 
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué 
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”) 
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin, Roger Prévost est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Henri Prévost est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46014 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau – secteur B-I b – où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Roger Prévost est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Pendant un temps, il est assigné au Block 17.

Le 27 août, atteint par le typhus, Roger Prévost est admis au Block 20 (maladies contagieuses) de l’hôpital d’Auschwitz.

Il meurt à Auschwitz le 29 août 1942, d’après l’acte de décès du camp. Mais, ce jour-là, sous prétexte d’enrayer une épidémie de typhus dans le camp principal, le nouveau médecin SS de la garnison, Kurt Uhlenbroock, ordonne d’effectuer une sélection dans les Blocks de l’hôpital, notamment le Block 20. 746 détenus atteints du typhus et convalescents sélectionnés dans la cour fermée séparant les Blocks 20 et 21 sont chargés dans deux grands camions bâchés qui les transportent par rotation jusqu’aux chambres à gazde Birkenau.

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Chargement des morts et mourants pour les Krematoriums 
de Birkenau. Dessin de François Reisz, extrait deTémoignages 
sur Auschwitz
 édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz 
au 4e trimestre 1946.

Il s’agit de la première grande opération d’extermination des détenus malades. La désinfection du Block20 dure dix jours ; du 29 août au 8 septembre, le registre du Block ne comporte aucune inscription.

Le nom de Roger Prévost est inscrit sur la plaque apposée dans le hall de la mairie de Saint-Maur « à la mémoire des fusillés et morts en déportation en Allemagne ».

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 389 et 417. 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W76, 1W80, 1W148. 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Auschwitz, camp de concentration et d’extermination, ouvrage collectif sous la direction de Franciszek Piper et Teresa Swiebocka, éd. du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau à Oświęcim, version française 1993-1998, p. 175 
- Auschwitz 1940-1945, Les problèmes fondamentaux de l’histoire du camp, ouvrage collectif sous la direction de Wacław Długoborski et Franciszek Piper, éd. du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau à Oświęcim, version française 2011, volume II, pages 391 et 409-410. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 965 (26356/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Service d’information sur les anciens détenus, Biuro Informacji o Byłych Więźniach ; page du registre du Block 20 ; liste de la morgue (« Leihenshalle »). 
- Site Mémorial GenWeb, 94-Saint-Maur-des-Fossés, relevé de Bernard Laudet (12-2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 22-04-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Saint-Maur-des-Fossés et Champigny-sur-Marne : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne” (transfert administratif effectif en janvier 1968).