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…probablement au retour des camps. 
Droits réservés.

Roger, Charles, Albert, Collignon naît le 26 août 1914 au Havre (Seine-Maritime [1] – 76).

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 16, rue Karl-Hebert à Courbevoie [2] (Hauts-de-Seine – 92).

Mécanicien-ajusteur sur les cellules d’avions dans l’entreprise d’aviation de Marcel Bloch (M. Dassault) la SNCASO, il a des responsabilités syndicales à la CGT.

Il est militant du Parti communiste.

Le 3 juin 1939, Roger Collignon épouse Madeleine Huet, née le 30 juillet 1907 à Vernon (Eure – 27), contrôleuse d’usine. Elle travaille chez Mazda (piles), puis chez Ericsson (téléphones).

Roger Collignon est incorporé dans la marine du 15 octobre 1935 au 30 octobre 1939. Il sert sur le croiseur la Galissonnière du 16 novembre 1935 au 1er octobre 1936. Mais aussi sur le Bourrasque, le Fougueux (où il est opérateur radio, utilisant le Morse) et le Pollux.

Le 18 février 1941, il est arrêté par la police française (Brigade spéciale), à la suite d’une distribution de tracts communistes. Selon le certificat d’appartenance à la Résistance intérieure (RIF), établi par le Front national [3] après la guerre, il aurait été victime d’une dénonciation. Une note du 20 février (RG ?), précise : « À la suite de l’arrestation du secrétaire de l’organisation clandestine de la région de paris-Ouest, les services de la Préfecture de Police, poursuivant leurs investigations, ont mis fin à l’activité de militants particulièrement actifs, qui avaient pour mission essentielle de surveiller la diffusion du matériel de propagande dans la région de Courbevoie. » Parmi les six militants arrêtés : Roger Collignon et Pierre Demerlé.

Inculpés d’infraction au décret-loi du 26-09-1939, ils sont écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 16 mai, Roger Collignon est parmi les onze hommes – dont également Pierre Demerlé – qui comparaissent devant la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Roger Collignon est relaxé le jour même, faute de charges suffisantes, après trois mois de détention.

Le 28 avril 1942, il est de nouveau arrêté par des policiers français et allemands, lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine et visant majoritairement des militants du Parti communiste. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht(Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Roger Collignon est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Roger Collignon est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45386 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Roger Collignon est dans la moitié du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “Solution finale” (contexte plus meurtrier).

Le 17 ou 18 mars 1943, il fait partie des dix-sept “45000” rescapés de Birkenau conduits à Auschwitz-I (en tout, 24 survivants sur 600 !).

Il est affecté à la DAW (Deutsche AusrüstungsWerke, société SS, usine d’armement où existe unKommando de fabrication de caisses). Il rejoint alors le groupe français de résistance créé par certains “45000” avec l’aide de résistants autrichiens appartenant au Comité international de résistance du camp.

En juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz (essentiellement les quelques 135 à 140 survivants des “45000”), il reçoit l’autorisation d’écrire (en allemand et sous la censure) à sa famille et d’annoncer qu’il peut recevoir des colis.

À la mi-août 1943, il est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) et mis en “quarantaine” au premier étage du Block 11. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. Le premier étage du Block 11, avec ses fenêtres 
partiellement obstruées. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel – qui découvre leur présence -, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

A la fin de l’été 1944, Roger Collignon est parmi les trente-six “45000” qui restent à Auschwitz, alors que les autres rescapés du convoi sont transférés vers d’autres camps.

En mars 1944, il est transféré à Soznowicz, Kommando de Monowitz, avec Robert Chazine.

Évacués ensemble au KL [4] Mauthausen en janvier 1945, R. Chazine le perd de vue en avril et pense qu’il fut emmené à Gusen, Kommando de Mauthausen. « Au retour, témoigne-t-il, Roger Collignon était très affaibli ».

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Mauthausen. Carte postale non datée. Collection Mémoire Vive.

C’est à Mauthausen que Roger Collignon est libéré le 5 mai.

Au retour, il a deux enfants : Jean-Pierre, né en 1948, et Martine, née en 1953. Afin de les préserver, il ne leur parle jamais de sa déportation et des camps.

En 1955, il est homologué comme “Déporté politique”.

Au début de l’été 1970, il commence à souffrir d’hallucinations : les fantômes de ses camarades disparus viennent le hanter et il revit les épreuves traversées.

Roger Collignon décède à Senlis le 17 septembre 1970, à 56 ans, d’un cancer généralisé.

Sources :

- Témoignage de Martine Milon, sa fille (novembre 2006). 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 382 et 399. 
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 28 mars au 5 juin 1941, cote D1u6-5855. 
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national et dossier statut). 
- Carnets de Roger Abada sur lesquels figurent les membres du groupe de résistance. 
- Témoignage de Liliane Guérin qui a connu Roger Collignon avant son arrestation. 
- Témoignage d’Émile Bouchacourt, de Suresnes, rescapé du convoi (45277). 
- Lettre de Robert Chazine à Cl. Cardon-Hamet à la suite de son article publié dans Le Patriote Résistanten janvier 1991.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 14-07-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Courbevoie : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[3] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France  : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972 !).

[4] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.