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Collection ARMREL (voir sources). 
Droits réservés.

Robert, Germain, Jarry naît le 21 août 1920 au Mans (Sarthe – 72).

En 1937, à 17 ans, il commence à travailler comme ajusteur dans une usine d’aviation (laquelle ?).

Il suit des cours du soir à l’École des Arts et Métiers.

En mars 1940, Robert Jarry se met en disponibilité et s’engage pour la durée de la guerre. Démobilisé en septembre 1940, il part retrouver ses parents qui se sont réfugiés à la campagne.

Il prend alors du travail à Chartres (Eure-et-Loir), dans plusieurs établissements industriels ; changeant fréquemment de patron, car, avec quelques camarades, il a formé un petit groupe de sabotage.

Robert Jarry est un patriote : il ne fait partie d’aucune organisation politique, mais écoute ”Radio-Londres”.

Cependant, la police française considère qu’il a – pendant un temps – été sympathisant du Parti communiste.

Recherché par la Kommandantur, Robert Jarry quitte le secteur et emménage à Boulogne-Billancourt [1] (Hauts-de-Seine – 92).

Cependant, le 25 septembre 1941, en réponse à un courrier du ministère de l’Intérieur du gouvernement de collaboration datée du 24 juin « demandant quelles mesures avaient été prises dans le départementcontre les communistes français et étrangers par les autorités d’occupation », le commissaire spécial de Chartres transmet au préfet d’Eure-et-Loir « la liste complète des communistes arrêtés par les autorités allemandes » à cette date – soit trente-trois hommes – sur laquelle est inscrit Robert Jarry. Le 27 octobre, le préfet d’Eure-et-Loir précise au préfet délégué du ministère de l’Intérieur dans les territoires occupés que les six hommes inculpés dans l’affaire Berton sont les seules personnes de son département arrêtés par la police française pour activité communiste. Dans un brouillon de cette lettre, la mention que « les éléments suspects au point de vue politique ou national ont été arrêtés préventivement par les soins des autorités d’occupation » est biffée. L’inscription de Robert Jarry sur la liste du 25 septembre résulte-t-elle d’une erreur administrative ou s’agit-il d’un homonyme (à vérifier…) ?

Le 27 octobre 1941, Robert Jarry est arrêté par la Feldgendarmerie pour « sabotage, insulte en envers les autorités allemandes et comme Juif ». Il est interrogé à la Kommandantur de Montrouge, où ce dernier motif est écarté.

Il est emprisonné à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e, jusqu’au 16 janvier 1942, date à laquelle il est remis en liberté suite à une erreur administrative commise lors de son enregistrement.

Le 28 avril 1942, Robert Jarry est arrêté à son domicile, comme otage, lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine – avec le concours de la police française – et visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Robert Jarry est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Robert Jarry est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45685 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, tous les arrivants sont rassemblés dans les Blocks 19 et 20 du camp-souche où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau, camp annexe situé à trois kilomètres. Là, Robert Jarry est assigné au Block 20. Le lendemain à l’aube, il assiste au matraquage d’un jeune camarade de 18 ans, Marcel Dubeau, qui n’est pas sorti assez rapidement de sa “coya”. Robert Jarry, qui avait promis au frère de celui-ci de le protéger au départ de Compiègne, ne l’a plus jamais revu.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Robert Jarry est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Là, il est affecté au Kommando du garage, mais en est chassé par l’hostilité des détenus polonais au bout de deux mois et demi. Il est alors assigné au Block 16, où il retrouve Mickey Guilbert, lui aussi de Boulogne. il est affecté au Kommando de construction de routes (Strassenbau), où il retrouve Émile Gourdon. Il doit poser des pierres pour la fondations des routes. Violemment battu par un kapo, il est ramené au camp, devant le Block 20, le Revier. On l’y opère d’une glande infectée sous le bras gauche (le 27 janvier 1943, son nom est inscrit sur un registre de l’infirmerie), puis il retourne au Block 16.

Robert Jarry est affectés à divers kommandos, d’abord à l’intérieur du camp, puis à l’extérieur. En février 1943, un jour où il doit porter seul des sacs de ciment de 50 kg jusqu’à un camion, l’un de ceux-ci lui échappe alors qu’il passe devant un garde SS dont les bottes et l’uniforme sont maculés. Robert Jarry subit de nouveau une terrible correction qui le conduit de nouveau au Revier : des côtes cassées, fêlées, des molaires cassées, de nombreuses contusions sur tout le corps, dont un bras qui a doublé de volume et qui est très douloureux. Opéré de ce bras par un chirurgien déporté, il est admis quelques jours après auBlock 19.

À l’été 1943, alors qu’il s’y trouve encore et ne conserve plus qu’une légère blessure à la jambe, Robert Jarry voit les autres « 45000 » partir vers la quarantaine du Block 11 sans être lui-même appelé, et sans qu’on en sache encore aujourd’hui la raison.

Après l’avoir interrogé sur ses convictions politiques, le chef de Block, qui parlait français, le garde auprès de lui. Cependant, Robert Jarry doit encore se cacher pour échapper aux sélections.

En avril 1944, il retourne à la vie « ordinaire » du camp. En octobre 1944, est affecté au Kommando“Union” situé à Birkenau et ou l’on fabrique des parties de grenade et du matériel militaire. C’est là qu’il se retrouve avec le seul “45000” rencontré après la “quarantaine : Maurice Rideau, ou un autre détenu, nommé Gillot ou Girard.

Quand commence l’évacuation du camp, le 18 janvier 1944, Robert Jarry est affecté au Kanada où il découvre les monceaux de chaussures, de lunettes et de cheveux qui sont encore sur place.

Le 25 janvier, parmi les derniers évacués, il est dans une petite colonne de trente détenus qui marchent pendant deux jours pour arriver à une gare. Là, ceux-ci montent dans un unique wagon découvert qui roule pendant trois jours pour aboutir au KL Mauthausen (matricule n° 117867).

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Mauthausen. Carte postale non datée. Collection Mémoire Vive.

Robert Jarry y reste jusqu’au 24 février 1945, date à laquelle il est transféré dans un camp satellite, “Wiener Sauer”, avec un autre déporté d’Auschwitz, mais arrivé seulement quelques jours avant l’évacuation et portant le matricule 202 000.

Ils sont libérés le 25 avril, et regroupés à Mauthausen le 8 mai.

Robert Jarry rentre chez ses parents le 22 mai 1945.

Il adhère à l’association Mémoire Vive fondée en 1996.

Robert Jarry décède le 6 février 2003.

Sources :

- Association de Sauvegarde d’Auschwitz (TONO), bulletin n° 42-43, édition spéciale pour le 60e anniversaire de l’arrivée du convoi du 6 juillet 1942, Varsovie, décembre 2002, pages 88 à 99. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA ? (…). 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 112, 169, 243, 353, 358, 381 et 408. 
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 522. 
- ARMREL-Sentinelles de la mémoire, portrait civil d’Eugène Gilles, archives dép., fonds FNDIRP 28, 27J2 à 27J8, avec l’autorisation de Roger Pinot (message 15-11-08).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 7-02-2008)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Boulogne-Billancourt : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).