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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Robert Frétel naît le 9 novembre 1903 à la maternité de Dijon (Côte-d’Or – 21), fils d’Antoinette Morizot, 17 ans, ouvrière. Le 16 novembre 1907, par acte de mariage, Henri Frétel légitime sa paternité.

Le 22 décembre 1922 à Chevry-Cossigny (Seine-et-Marne – 77), Robert Frétel se marie avec Berthe Marcou. Ils auront sept enfants. En novembre 1941, quatre seront encore à charge : André, alors âgé de 10 ans, Madeleine, 7 ans, Maurice, 5 ans, et Raymonde, 2 ans 1/2.

En 1923, Robert Frétel effectue son service militaire au 5e C.O.A. à Orléans.

Au moment l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée rue des Fossés, à Chevry-Cossigny.

Robert Frétel est bûcheron ou ouvrier agricole (manœuvre).

En 1936, il adhère au Parti communiste, dont il reste membre jusqu’en 1939. Pendant un temps secrétaire et trésorier de la cellule locale, il en est aussi le porte drapeau. Le 14 juillet 1938, il fait l’objet d’un procès verbal de police et est condamné à 1 franc d’amende pour avoir enfreint un arrêté interdisant l’exposition de drapeaux autre que le drapeau national.

Le 2 octobre 1940, trois inspecteurs de police transmettent un court rapport au commissaire spécial de Melun pour désigner Robert Frétel comme militant de l’ex-parti communiste qui n’aurait rien abandonné de ses idées et serait tout particulièrement prêt « à reprendre, si elle n’est déjà reprise, une certaine activité ».

À la veille de son arrestation, Robert Frétel travaille chez le maire de la commune. En novembre 1941, un fils, Marcel, est charretier à la ferme de Chevry dépendant de l’exploitation sucrière Dufay & Compagnie, et une fille, Rolande, est ouvrière agricole « aux betteraves » à la ferme d’Attilly.

Le 4 octobre 1941, Robert Frétel est arrêté. Deux semaines plus tard, du 18 au 21 octobre, une rafle décidée par l’occupant vise les communistes de Seine-et-Marne, arrêtés comme otages en représailles de distributions de tracts et de destructions de récolte ayant eu lieu dans le département : 42 d’entre eux seront des “45000”. Selon la police française, Robert Frétel a été arrêté pour ce motif.

Il est finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Robert Frétel est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45559 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Robert Frétel se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Robert Frétel.

Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des inaptes au travail à la suite de laquelle 146 des 45000 sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [1]).

Le 5 août 1942, le maire de Chevry-Cossigny a écrit au préfet de Seine-et-Marne pour lui « rendre compte que la famille Frétel […] est sans nouvelle de leur mari et père, Frétel Robert, détenu en qualité d’otage au Frontstalag 122 de Compiègne sous le n° 1652 A3 depuis le début d’octobre 1941. La dernière carte reçue remonte aux derniers jours de juin. D’après ce que j’ai pu savoir par ses deux codétenus Franconville et Amarger, libérés le 28 juin dernier, Frétel était destiné pour l’Allemagne ou la Pologne comme travailleur et avait à cet effet passé une visite médicale par les autorités d’occupation. Je vous serais très obligé de bien vouloir intervenir auprès des autorités allemandes en vue de connaître sonnouveau point d’internement et, si possible, obtenir de ses nouvelles. J’ai, de mon côté, écrit à la Croix Rouge française, 6 rue de Berry à Paris, pour demander sa bienveillante intervention. »

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 73, 150 et 153, 378 et 404. 
- Archives départementales de Côte-d’Or, site internet, archives en ligne, registre des naissances de Dijon (cote FRAD021EC 239/368), année 1903, acte 1136 (vue 324/409). 
- Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys, cabinet du préfet, dossiers individuels de personnes arrêtées (cote 3384w8). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 311 (31736/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 12-12-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.