Photo anthropométrique prise le 16 février 1942 par le service de l’identité judiciaire. © Archives de la Préfecture de Police (APPo), Paris/Le-Pré-Saint-Gervais.

Photo anthropométrique prise le 16 février 1942
par le service de l’identité judiciaire.
© Archives de la Préfecture de Police (APPo), Paris/Le-Pré-Saint-Gervais.

Renée, Louise, Marcelle, Michaud naît le 24 janvier 1920 à La Rochelle, chez son père, Marcel, 38 ans, domicilié au 12 de la rue de la Madeleine, quartier Lafond. Sa mère n’est pas dénommée sur l’acte de naissance.

Le 5 mai 1931, ayant perdu son père, le tribunal civil de La Rochelle la déclare pupille de la Nation. Elle demeure alors au 120, rue de Soissons, toujours à La Rochelle.

À son adolescence, elle milite à l’Union des Jeunes Filles de France, fondée en décembre 1936, sous l’égide de Danielle Casanova et qui organisera notamment des actions humanitaires vis-à-vis des républicains espagnols à l’issue de la guerre civile. « Grande, rieuse, décidée », selon Charlotte Delbo, Renée Michaud est secrétaire du foyer UJFF de La Rochelle.

Elle a pour ami, André Sautel, secrétaire du parti communiste en Charente-Maritime.

En mars 1940, à la suite d’une distribution de tracts à La Rochelle, le commissaire de police convoque André Sautel, sans l’appréhender immédiatement : « Il me faut demain la machine sur laquelle ont été tirés ces tracts, sinon je vous arrête ». Au lieu d’aller quérir la ronéo, André Sautel entre dans la clandestinité, Renée Michaux avec lui.

En 1941, sous le pseudonyme de Marcelle, elle organise les groupes locaux du Front National [1] en Gironde et assure les liaisons entre le Sud-Ouest et Paris, transportant tracts, renseignements et ordres. Elle habite dans maints endroits, sous divers noms d’emprunt, elle organise imprimerie et dépôts de matériels.

Renée Michaud est arrêtée à Paris par les brigades spéciales dans le cadre de l’affaire Pican-Cadras-Politzer, ayant donné lieu à une importante opération de filatures commencées avec le repérage – probablement sur dénonciation – d’André Pican, instituteur de Seine-Maritime, devenu dans la clandestinité l’adjoint de Félix Cadras, responsable national à l’organisation du PCF. Renée Michaud s’apprête à transmettre sa « planque » parisienne à Pican.Le 15 février 1942, elle est appréhendée alors qu’elle va prendre le train à la gare d’Austerlitz, partant pour Bordeaux avec des tracts en allemand destinés aux soldats de la Wehrmacht.

Paris 13e. Gare d’Austerlitz, la cour des départs. Carte postale des années 1940. Collection Mémoire Vive.

Paris 13e. Gare d’Austerlitz, la cour des départs.
Carte postale des années 1940. Collection Mémoire Vive.

Renée Michaud reste quelques jours dans les locaux des Renseignements généraux à la préfecture de police, sur l’île de la Cité, puis elle est conduite au dépôt, sous le Palais de Justice. Le 23 mars 1942, elle est transférée à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e, où elle est mise au secret.

Le 24 août 1942, elle est remise à l’armée d’occupation au conduite, avec trente-trois autres futures “31000”, au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas (Seine-Saint-Denis – 93), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122. Renée Michaud y est enregistrée sous le matricule n° 677.

L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122), surplombée par un mirador. © Musée de la résistance nationale (MRN), Champigny-sur-Marne (94).

L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122),
surplombée par un mirador.
© Musée de la résistance nationale (MRN),
Champigny-sur-Marne (94).

Le 22 janvier 1943, elle fait partie des cent premières femmes otages transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquant « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » (« transférée à Compiègne le 22.1 »). Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne – sur la commune de Margny – et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL [2] Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…). © Gilbert Lazaroo, février 2005.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Renée Michaud y est enregistrée sous le matricule 31676. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail dans les Kommandos, mais pas de corvée.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rangs de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie policière allemande : vues de trois-quart, de face et de profil (la photo d’immatriculation de Renée Michaud a été retrouvée, puis identifiée par des rescapées à l’été 1947).

Auschwitz, le 3 février 1943 Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Auschwitz, le 3 février 1943
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où sont enfermées leurs compagnes prises à la “course” du 10 février (une sélection punitive). Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

Quand elle est atteinte à son tour par la dysenterie, Renée Michaux refuse d’abord d’aller au Revier [3]. Matin et soir, sur le chemin du Kommando des marais, elle ne peut marcher qu’en s’appuyant sur le bras des autres qui la portent presque. Elle s’évanouit à l’appel. Quand elle se résigne finalement, ses camarades a soutiennent jusqu’à la porte de l’infirmerie.

Renée Michaux meurt au camp de femmes de Birkenau vers le 15 avril 1943. L’acte de décès du camp n’a pas été retrouvé. Elle a 23 ans.

Début octobre 1942, André Sautel a créé le premier groupe FTP à La Rochelle, pour s’installer ensuite au Mans (Sarthe) sous le pseudonyme de Jean-Marie Mercier. Arrêté à la gare le 6 février 1943, torturé, il est mort le jour même. Selon Charlotte Delbo, il se serait pendu dans sa cellule à l’aide d’une corde qu’il avait confectionnée en déchirant une jambe de son pantalon. Il avait trente-cinq ans.Sources :
- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition de 1995) page 202.
- AFMD-DT17, copies de documents d’état civil transmis à Jean Menant, de Choisy-le-Roy (08-2015).

MÉMOIRE VIVE
(dernière modification, le 4-10-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilise l’abréviation “KZ”.

[1] Revier, selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24.
Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemand Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”.