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Ville d’Ivry-sur-Seine, archives communales.

René, Émile, ROBIN naît le 18 août 1899 à Paris 12e (75), fils de Jules Robin, 36 ans, vannier, et de Julie Bertrand, son épouse, 35 ans, domiciliés au 9, rue Sepeu (?).

Il est mobilisé en 1914-1918.

Le 23 décembre 1922, à la mairie du 12e arrondissement de Paris, il épouse Lucienne Pesle, née le 5 avril 1901 à Choisy-le-Roi [1], laquelle se déclare confectionneuse.

En juin 1939, le couple emménage dans les HBM [2] Parmentier, au 40 rue Marat (logt. 622) à Ivry-sur-Seine [1] (Val-de-Marne – 94).

Ajusteur mécanicien, son engagement militant l’oblige à travailler successivement dans différentes entreprises : il est licencié de chez Panhard à la suite d’une action revendicative menée un 1er mai.

À partir de 1932, il travaille à l’usine SKF d’Ivry (roulements à billes), où il devient secrétaire de la section syndicale CGT. En 1936, au cours des occupations d’usines, il y donne un concert pour les grévistes, déguisé en clown musical. Il possède également des talents de dessinateur.

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René Robin déguisé en clown

Il est un des secrétaires de l’Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) sur la commune et membre du comité de section du Parti communiste. Son épouse, Lucienne, qui est devenue assistante sociale, partage ses engagements et est secrétaire du Secours rouge international.

En novembre 1938, après l’échec du mouvement de grèves pour défendre les acquis du Front populaire, René Robin est licencié.

Après la démobilisation, il est rappelé à la SKF pendant un certain temps, puis des camarades lui trouvent un emploi dans une entreprise de plomberie (la Compagnie d’applications mécaniques, entreprise mentionnée sur sa fiche de travail d’Auschwitz ? – Arbeitskarte).

Sous l’occupation, il est actif dans le Parti communiste clandestin sous le pseudonyme de “Paul” : avec sa femme, il glisse des tracts, la nuit, dans les boîtes aux lettres. Selon les Renseignements généraux, il fait parti du Comité populaire des travailleurs des métaux de la région parisienne.

Le 22 octobre 1940, il est «  signalé par Charenton » (le commissariat ?) « pour activités clandestines ». De son côté, Lucienne est responsable de l’Union des femmes françaises (“UFF”) clandestines pour le canton. Le couple subit au moins une perquisition domiciliaire. En novembre, ils organisent une manifestation entre la Kommandantur et la mairie (“délégation spéciale”) pour exiger du charbon.

Le 26 juin 1941, René Robin est arrêté « pour propagande clandestine et détention de matériel communiste destiné à celle-ci », inculpé le lendemain d’infraction au décret du 26-09-1939 (dissolution et interdiction du PC) et conduit à la Maison d’arrêt de la Santé, Paris 14e.

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée. 
(montage photographique)

Le 20 août 1941, il comparaît – seul – devant la 12e Chambre du Tribunal correctionnel de la Seine qui le condamne à six mois d’emprisonnement.

Le 2 septembre, il est transféré à Maison d’arrêt de Fresnes [1] (94), puis à la Maison centrale de Poissy (Yvelines – 78).

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Au deuxième plan, la Maison centrale de Poissy vers 1916. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Au cours du mois de novembre, en « exécution de la note préfectorale » du 14 novembre 1940, le directeur de la prison transmet au bureau politique du cabinet du préfet de Seine-et-Oise onze notices de détenus de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours du mois suivant. Le 22 novembre, le préfet de Seine-et-Oise transmet le dossier au préfet de police de Paris, direction des services de Renseignements généraux.

À l’expiration de sa peine, le 3 décembre, René Robin n’est pas libéré ; il est probablement maintenu en prison avec un statut de “détenu administratif”, comme Christophe Le Meur.

Le 13 février 1942, René Robin est parmi les vingt-quatre « militants communistes » – composé pour moitié de futurs “45000” – transférés au dépôt de la préfecture de police de Paris (au sous-sol de la Conciergerie, île de la Cité). Le 26 mars, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif, officialisant la situation.

Le 16 avril, René Robin fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28) ; matricule 106.

Le 10 mai, il fait partie des 81 internés remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht(Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin, René Robin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée (suivant un ordre de Hitler) en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée d’occupation.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, René Robin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46064 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [3]).

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – René Robin est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Le 4 novembre, il est admis au Block n° 20 de l’hôpital. Il en sort (?) dix jours plus tard, puis y entre de nouveau le 23. Le 26, il est dirigé sur la chambrée (Stube) n° 8. Le 30 novembre, il y est encore admis, arrivant du Block 18. Le 9 décembre, il retourne à la chambrée n° 8. Le 28 décembre, il y est encore admis, arrivant du Block 18a, probablement plutôt isolé comme détenu français.

René Robin meurt à Auschwitz le 30 janvier 1943, selon les registres du camp.

(aucun des quatorze “45000” ivryens n’est revenu).

Le 27 juillet 1945, le conseil municipal d’Ivry-sur-Seine donne le nom de René Robin à la rue du Bocage (inaugurée le dimanche 19 août suivant).

En 1942, Lucienne Robin entre en clandestinité et se “planque” d’abord à Alfortville. Devenue agent de liaison inter-régional, elle est hébergée par une famille à Vitry, puis s’installe à Orly. À la fin août 1944, elle siège au Comité local de libération d’Ivry. Du 1er janvier 1945 au 7 novembre 1946, elle est “visiteuse sociale” pour le Comité des œuvres sociales des organisations de la Résistance (COSOR). Elle est ensuite assistante sociale à la ville d’Ivry, jusqu’au 30 novembre 1949.

En 1949, Lucienne Robin est secrétaire de la section d’Ivry de la FNDIRP.

En 1950, elle offre un dessin qu’elle a conservé de René Robin à Maurice Thorez, pour le cinquantième anniversaire de celui-ci ; un paysage enneigé avec un personnage faisant un feu près d’une maison. Elle prend sa retraite en avril 1966. Elle décède le 6 septembre 1989 à Longjumeau (Essonne).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur l’acte de décès de René Robin (J.O. du 27-01-1998).

Sources :

- Ivry, fidèle à la classe ouvrière et à la France, supplément au Travailleur d’Ivry, édité par la section du PCF, à l’occasion du 25e anniversaire de la capitulation allemande ; pages 25, 46-47, 91. 
- Michèle Rault, Conservateur du patrimoine, “Des noms qui chantent la liberté”, Ville d’Ivry-sur-Seine, 1994, page 45. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 388 et 419. 
- Archives communales d’Ivry-sur-Seine, dossier individuel rassemblé par Michèle Rault, conservatrice, à partir de différentes sources, dont un témoignage de son épouse, Lucienne Robin, et des archives de police. 
- Fonds Thorez Vermeersch, Archives communales d’Ivry-sur-Seine, cote 80 Z 2-252. 
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne, extrait du registre des naissances du 12e arrondissement à la date du 19-08-1899 (registre V4E 9420, acte n° 2439, vue 21/25). 
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 31 mai au 3 septembre 1941, cote D1u6-5856. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, carton BA 2374 (occupation allemande – camps d’internement…). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux ; bureau politique du cabinet du préfet de Seine-et-Oise, cote 1W69. 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Service d’information sur les anciens détenus (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; registre du Block n° 20 de l’hôpital d’Auschwitz, pp. 71, 97, 115 et 147.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 29-11-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] HBM : habitations à bon marché, immeubles ancêtres des HLM, construits par les offices publics créés en 1912 par la loi Bonnevay permettant aux pouvoirs publics de prendre le relais de l’initiative privée, caritative ou patronale, pour lancer dans l’entre-deux guerre les premiers grands programmes de logements sociaux.

[3] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la réunion organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin “Après Auschwitz”, n°21 de mai-juin 1948).