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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

René, Pierre, Bussy naît le 13 juillet 1900 à Paris 12e, chez ses parents, Émile Bussy, 27 ans, employé, et Marie Coffy, son épouse, 24 ans, couturière, domiciliés au 131, rue de Bercy ; un des témoins pour l’inscription du nouveau-né à l’état civil est Célestin Bussy, 25 ans, employé.

Le 25 avril 1925 à Vernou-sur-Seine [1] (Seine-et-Marne – 77), René Bussy se marie avec Odette Jarry. Ils auront deux enfants : René Alphonse François, né le 2 avril 1926, et Françoise Marie Henriette, née le 4 mai 1928.

Au printemps 1926 et jusqu’au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au hameau du Chesnoy, sur la commune de Vernou. En 1926, René Bussy est patron cultivateur.

Pendant un temps, il est terrassier au « chemin de fer », poseur de voies aux établissements Drouard (à vérifier…).

Il est possible que René et Odette Bussy cultivent un jardin dans lequel se trouve un verger (après son arrestation, au cours de l’hiver 1941, René préconise à son épouse de ne pas laisser geler les pommes et de les vendre « plutôt que de les perdre »).

René Bussy est un militant communiste, exerçant probablement des responsabilités sur le plan local.

Le 26 septembre 1941, il est arrêté une première fois, puis relâché.

Le dimanche 19 octobre suivant, il est appréhendé une deuxième fois à son domicile par la Felgendarmerie et la police française, dans le cadre d’une vague d’arrestations décidée par l’occupant contre des communistes de Seine-et-Marne, pris comme otages en représailles de distributions de tracts et de destructions de récolte – incendies de meules et de hangars – ayant eu lieu dans le département.

Le jour même, René Bussy est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager), parmi 86 Seine-et-Marnais arrêtés en octobre (46 d’entre eux seront des “45000”). Il y est enregistré sous le matricule n° 1705, il est assigné au bâtiment C3, chambre 3.

La caserne de Royallieu en 1957 ; au deuxième plan, alignés transversalement, les six grands bâtiments du quartier C. Isolés par une clôture de barbelés, ils ont constitué le “camp juif” du 13 décembre 1941 au 6 juillet 1942. Ensuite, ils ont servi au regroupement des détenus pour le prochain convoi en partance. L’enceinte et les miradors du camp ont disparu (les deux hangars en bas à gauche n’existaient pas). Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

La caserne de Royallieu en 1957 ; au deuxième plan, alignés transversalement, les six grands bâtiments du quartier C.
Isolés par une clôture de barbelés, ils ont constitué le “camp juif” du 13 décembre 1941 au 6 juillet 1942.
Ensuite, ils ont servi au regroupement des détenus pour le prochain convoi en partance.
L’enceinte et les miradors du camp ont disparu (les deux hangars en bas à gauche n’existaient pas). Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Le 28 novembre, la Feldkommandantur 680 de Melun adresse au chef du district militaire “A” à Saint-Germain-[en-Laye] une liste de 79 otages communistes seine-et-marnais pouvant être proposés pour une exécution de représailles, parmi lesquels René Bussy.

Celui-ci peut correspondre avec sa famille : le 27 novembre, dans une lettre adressée à ses enfants, il écrit qu’il a bien reçu un colis de vêtements et de ravitaillement. Il en demande un autre avec des produits de leur jardin, de la farine, des « sabots, chaussons et chaussettes ». Le 22 janvier, il indique que la température relevée dans le camp est de moins 27 degrés. Il connaît la lenteur d’acheminement du courrier et de colis : entre onze à quatorze jours.

Entre fin avril et fin juin 1942, René Bussy est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Compiègne, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

TransportAquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, René Bussy est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45319 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [2]).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

© Mémoire Vive 2017.

© Mémoire Vive 2017.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib (le premier créé).

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp) ; René Bussy se déclare alors sans religion (« Glaubenslos »). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, une moitié des déportés du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté René Bussy.

Il meurt à Auschwitz le 9 août 1942, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher) ; un mois après l’arrivée du convoi. La cause mentionnée pour sa mort – très probablement mensongère – est une « entérite avec faiblesse corporelle générale » (Darmkatarrh bei Körperschwäche).

Une fiche de renseignement établie à la préfecture de Seine-et-Marne et datée du 1er juin 1942 indique que René Bussy alors est veuf.

En décembre, le préfet de Seine-et-Marne répondant aux services de François de Brinon mentionne aussi ce veuvage, ajoutant que René Bussy est « père de deux enfants : un fils de 17 ans employé à l’entreprise de battage de M. Poireau, maire de Vernou ; un fille âgée de 15 ans, placée dans une ferme de l’Yonne par les soins de l’Assistance publique ».

Dans le cimetière de Vernou-sur-Seine, au pied du monument aux morts de la guerre de 1870, se trouve la moitié d’une stèle en grès, brisée et usée, sur laquelle on peut lire « … décédé au camp d’Auschwitz le 9.8.1942 – U.F.F. ». L’Union des femmes françaises, organisation de masse proche du Parti communiste français, a été très active dans l’immédiat après-guerre. Peut-être cette plaque a-t-elle été déposée en hommage à Odette Bussy, son épouse décédée…

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Vernou.
Dans le cimetière, le monument aux morts de la guerre de 1870.
La petite plaque brisée est au pied du monument, derrière
la tombe d’un soldat mort en 1914-1918. Cl. Mémoire Vive.
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Cliché Mémoire Vive.

Le nom de René Bussy est inscrit sur le monument aux morts de Vernou-sur-Seine, près de l’église (œuvre de Philippe Bayonne et Michel Deverne, 1972), seul habitant de la commune désigné comme Mort pour la France sous l’occupation.

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Cliché Mémoire Vive.
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Cliché Mémoire Vive.

À une date restant à préciser, le Conseil municipal de Vernou-La-Celle-sur-Seine [3], décide de nommer carrefour René Bussy, l’intersection de la rue de la Grande-Paroisse et de la rue de la Harpe. La plaque apposée par le Souvenir français – sur laquelle figure son portrait d’immatriculation à Auschwitz – est solennellement découverte le 21 juin 2008, avec la participation de l’association des Anciens combattants de Vernou-la-Celle et des élèves de deux classes de l’école élémentaire Jacques Rouiliot de la Celle.

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Le Chesnoy, carrefour René Bussy. Cliché Mémoire Vive.
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Cliché Mémoire Vive.

La mention « Mort en déportation » est apposée sur les actes et jugements déclaratifs de décès (JORF n°0284 du 8 décembre 2010, page 21505).

Les 15 et 16 septembre 2012, dans le cadre des Journées du Patrimoine et à l’initiative de Benjamin Bitter, maître des écoles à Vernou, la municipalité de Vernou-la-Celle-sur-Seine rend hommage à René Bussy en organisant expositions, spectacle et conférence.

Notes :

[1] Vernou-la-Celle-sur-Seine : commune fondée en 1971 par la réunion des communes de Vernou-sur-Seine et de La Celle-sur-Seine, anciennement La Celle-sous-Moret.

[2] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).

[3] Vernou-la-Celle-sur-Seine : commune fondée en 1971 par la réunion, des communes de Vernou-sur-Seine et de La Celle-sur-Seine, anciennement La Celle-sous-Moret.

Sources :

- Son nom et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60.
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 378 et 397. Cl. Cardon-Hamet, conférence prononcée le 15 septembre 2012, à Vernou-sur-Seine, dans le cadre des Journées du Patrimoine.
- Denise Bussy, veuve de René Bussy (fils), lettres envoyées par René Bussy (père) depuis le Frontstalag 122, certificat de présence au camp rempli le 1er novembre 1941.
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne : registre des naissances du 12e arrondissement à la date du 16-07-1900 (V4E 9435, acte n°2200, vue 3/31.
- Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys : cabinet du préfet (3384W7).
- Mémorial de la Shoah, Paris, site internet, Archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) : liste d’otages, document allemand, cote XLIV-60.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 : relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 153 (19023/1942).
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) : copie de l’acte de décès du camp.
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen : dossier de René Bussy (21 p 432089), recherches de Thomas Fontaine (message 05-2013).
- Site Mémorial GenWeb, 77-Vernou-La-Celle-sur-Seine, relevé de Christian Prunier (2004).
- Dominique Garnier, blog généalogique.
- Site Wikipedia, L’Encyclopédie libre : Vernou-la-Celle-sur-Seine.
- Remerciements à la personne qui a signalé la stèle brisée du cimetière de Vernou (son nom sera mentionné si elle se fait connaître).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 9-11-2023)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.