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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Louis, Pierre, Piazzalunga naît le 25 ou 26 février 1912 à Paris 14e (75), fils d’Édith Piazzalunga et de père inconnu.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 14, avenue des Mesarmes à Bondy [1] (Seine-Saint-Denis – 93).

Il est terrassier.

À une date restant à préciser, Louis, Pierre, Piazzalunga se met en ménage avec Germaine Langlois, née le 15 août 1909 à Pavillons-sous-Bois (Seine). Ils ont deux enfants qui portent le nom de leur père, Louise Berthe, née le 25 juin 1931, et Louis-Pierre, né le 17 avril 1937.

Pendant la guerre d’Espagne, le chef de famille part s’engager dans les Brigades internationales pour défendre la République espagnole contre la rébellion du général Franco soutenue militairement par Hitler et Mussolini.

Le 19 juillet 1937, sur une liste établie à la base des brigades internationales d’Albacete, il est inscrit parmi les volontaires rapatriés la veille : Pierre Piazzalunga – désigné comme italien (?) rentre chez lui pour « raisons de famille ».

Le 11 février 1939, Louis, Pierre, Piazzalunga et Germaine Langlois officialisent leur union en se mariant àla mairie de Bondy.

Le 24 décembre 1941, peu après 6 heures du matin, dans le cadre d’une vague d’arrestations organisées par la police française contre 33 anciens membres des brigades internationales (dont Voltaire Cossart, Maurice Fontès,…), Louis Piazzalunga est arrêté à son domicile par des agents du commissariat de la circonscription de Noisy, amené dans leurs locaux, puis interné administrativement à la caserne désaffectée des Tourelles, boulevard Mortier, Paris 20e, “centre surveillé” dépendant de la préfecture de police de Paris.

Le 5 mai 1942, Louis, Pierre, Piazzalunga fait partie des 24 internés des Tourelles, pour la plupart anciens Brigadistes, que viennent « prendre des gendarmes allemands » afin de les conduire au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager). Enregistré sous le matricule n° 5189, il est assigné pendant un temps au bâtiment C1.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Louis Piazzalunga est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45981, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Louis Piazzalunga.

Il meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942, d’après les registres du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [2]).

Le 26 mars 1946, en s’appuyant sur les témoignages de Henri Gorgue (“45617”) et de Raymond Saint-Lary (“46088”) – qui n’ont pas été témoins directs de sa disparition -, Madeleine Dechavassine (“31639”), secrétaire de l’Amicale d’Auschwitz et des camps de Haute-Silésie signe un certificat attestant du décès de Louis Piazzalunga à Auschwitz « début 1943 ».

Vers décembre 1957, Germaine Piazzalunga remplit un formulaire de demande d’attribution du titre de Déporté Résistant pour son époux décédé. Lors de sa séance du 30 octobre 1956, la Commission départementale d’attribution de la Seine émet un avis défavorable à cette demande. Le directeur interdépartemental émet un « Avis conforme à celui de la Commission ». Le 10 février 1961, laCommission nationale reprend à son compte ces deux avis. Le 22 juin suivant, le ministère des Anciens combattants et victimes de guerre ne délivre donc à Pierre Louis Piazzalunga que le titre de Déporté politique, à titre posthume (carte n° 1101.27691 envoyée à sa veuve).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 14-12-1997).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 384 et 417.
- Dossiers des brigades internationales dans les archives du Komintern, fonds du Centre russe pour la conservation des archives en histoire politique et sociale (RGASPI), Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), campus de l’Université de Paris X-Nanterre, microfilms acquis par la BDIC et l’AVER-ACER, bobines cotes Mfm 880/47 (542.2.112), 880/48 (545.2.290).
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA ? (…).
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), carton “Association nationale des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes (4075).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 926 (31450/1942).
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier de Pierre, Louis, Piazzalunga, cote 21.p.525.296, recherches de Ginette Petiot (message 01-2014).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 10-01-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Bondy : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.