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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Paul, Hyppolyte, Feuvrier naît le 24 février 1898 à Vaucluse (Doubs – 25).

Considérant son âge, il devrait avoir été mobilisé au cours de la guerre 1914-1918 (à vérifier…).

Au moment de son arrestation, il est domicilié à Pont-de-Roide (25), sur le Doubs, 18 km au sud de Montbéliard et où est implantée une usine Peugeot ; son adresse reste à préciser.

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Pont-de-Roide. Le Doubs et l’usine Peugeot. 
Carte postale non datée (années 1900 ?). Coll. Mémoire Vive.

Paul Feuvrier est ouvrier de manufacture, mais est déclaré comme marchand de primeurs après son arrestation (suite à un licenciement ? à vérifier…).

À une date restant à préciser, il est arrêté avec Roger Berne [1] et René Bordy, de Pont-de-Roide, pour « avoir fait circuler un numéro clandestin du journal “L’Humanité” et avoir détenu des tracts communistes ainsi qu’un écrit intitulé “Le crime d’avoir raison” ». Tous trois sont inculpés d’infraction au décret du 29 septembre 1939 « portant dissolution du parti communiste » et probablement écroués endétention préventive (à vérifier…).

Le 28 février 1941, le Tribunal correctionnel de Montbéliard condamne Roger Berne à trois mois de prison, René Bordy à deux mois et relaxe Paul Feuvrier. Mais le substitut de Montbéliard, estimant les condamnations insuffisantes, interjette appel le 1er mars « à l’égard des trois prévenus ». La suite des démêlés judiciaires de Paul Février reste à préciser, mais il n’est probablement pas incarcéré.

Le 22 juin 1941, il est arrêté à l’initiative des autorités d’occupation [2], comme Pierre Lana, d’Audincourt ; leurs noms sont inscrits à la fin d’une liste de vingt-trois militants communistes et syndicalistes de la Haute-Saône (dont les sept futurs “45000” du département et Georges Cogniot) ; n° 24 sur la liste. Il est finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Paul Feuvrier est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Paul Feuvrier est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45538 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de dire dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Paul Feuvrier.

Il meurt à Auschwitz le 11 août 1942, d’après les registres du camp ; un mois après l’arrivée de son convoi.

Sources :

- Son nom et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 363 et 404. 
- Archives départementales de Côte-d’Or, cote 1630 W, article 252 : « arrestations par les autorités allemandes-correspondances » (liste de la Haute-Saône, sic). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 284 (19367/1942). 
- Site Mémorial GenWeb, 25 – Doubs, Pont-de-Roide, relevé de Gilbert (5-2008). 
- Concernant Roger Berne, Serge Klarsfed, Le livre des otages, Les éditeurs français réunis, Paris 1979, page 43.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 28-03-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Roger Berne, né le 21 août 1900 à Pontarlier (25), domicilié rue de Besançon à Pont-de-Roide, est transféré au Fort de Romainville, commune des Lilas (Seine-Saint-Denis – 93) à une date restant à préciser et fusillé par les Allemands le 15 décembre 1941, parmi cinquante otages de représailles, au Fort du Mont-Valérien, commune de Suresnes (Hauts-de-Seine – 92).

[2] L’ “Aktion Theoderich : L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre. Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.

En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total (bilan au 31 juillet), 1300 hommes environ y seront internés à la suite de cette action. Effectuant un tri a posteriori, les Allemands en libéreront plusieurs dizaines. 131 d’entre eux, arrêtés entre le 21 et le 30 juin, seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.