JPEG - 74.3 ko
Auschwitz, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Maurice, Marcel, Granjon naît le 2 ou le 8 décembre 1895 à Paris 20e (75), chez ses parents, Joseph Granjon, 31 ans, et Joséphine Pierre, son épouse, 31 ans, journaliers, domiciliés au 5, rue de Terre-Neuve.

En 1914, à 19 ans, il s’engage volontairement pour la durée de la guerre. Blessé quatre fois, il est titulaire de la Croix de guerre, de la Médaille militaire et de la médaille de Verdun (proposé pour la Légion d’honneur en 1940…).

Le 20 janvier 1917 à Paris 20e, Maurice Granjon se marie avec Ernestine Kieffer.

À partir de 1927, il travaille comme ébéniste plaqueur aux Établissement Doré, sis au 20, rue Louis-Philippe, au Havre.

Le 2 décembre 1932, dans cette ville, il épouse Marie Alice (ou Aline) Garrec.

Maurice Granjon a deux enfants, âgés respectivement de 15 et 8 ans à la fin 1941.

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domiciliée au 32, rue du Puits, à Sainte-Adresse, agglomération du Havre (Seine-Maritime [1]- 76) ; un quartier de lotissements.

À partir de 1936, selon la police, Maurice Granjon assiste à un grand nombre de réunions syndicales, puis à plusieurs réunions politiques au moment des élections. Devenu sympathisant communiste, il participe alors à plusieurs distributions de documents du PCF.

En 1938, il est élu délégué syndical dans son entreprise au titre de la CGT.

Après septembre 1939, il est mobilisé comme “affecté spécial” sur son lieu de travail.

Le 27 janvier 1941, Maurice Granjon est arrêté « pour activités communistes », en même temps que Léon Bellenger et Marcel Couillard pris dans la même affaire (Maurice Vernichon est arrêté quatre jours plus tard). Inculpés de détention et de distribution de tracts communistes, tous sont écroués à la Maison d’arrêt du Havre.

Le 19 mars suivant, le Tribunal correctionnel du Havre condamne Maurice Granjon à un an d’emprisonnement (Léon Bellenger, Marcel Couillard et Maurice Vernichon sont condamnés à treize mois).

Bien que « libérable le 27 janvier 1942 », Maurice Granjon est maintenu en prison sous le statut d’interné administratif en attendant d’être remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci, conformément aux procédures ordonnées dans le « Code des otages ».

À une date restant à préciser, après le 19 mars, Maurice Granjon est transféré par la Feldgendarmerie de la Kreiskommandantur du Havre au camp allemand de Royallieu à Compiègne [2] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

JPEG - 157.7 ko
La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

JPEG - 128.9 ko

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Maurice Granjon est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45628.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de dire dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Maurice Granjon

Il meurt au Revier [3] à Auschwitz ou à Birkenau le 20 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (cette date est inscrite à l’état civil français le 3 décembre 1946).

Après la guerre, son épouse, Alice Marie Granjon est domiciliée à Chaudon (Eure-et-Loir).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur l’acte de décès de Maurice Granjon (J.O. du 23-03-1994).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 377 et 406. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Haute-Normandie (2000), citant : Mairie de Sainte-Adresse (14/7/1992) – Avis de décès – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen : dossier de Brinon [4], L.A. 13233 
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne, registre des naissances du 20e arrondissement à la date du 10-12-1895 (V4E 10693, acte n°1659, vue 4/31. 
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’Hôtel du Département, cabinet du préfet 1940-1946 ; individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels de G à H (cote 51 W 416), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin (“45697”). 
- ARMREL/Sentinelles de la Mémoire, informations tirées du fonds déposé aux Archives Départementales par la FNDIRP (cote 27J), transmises avec l’autorisation de Roger Pinot, président de la FNDIRP 28. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 384 (31982/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 27-04-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp “C” est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).

[3] Revier , selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24. Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemandHäftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation KB.

[4] Dossier de Brinon : ancien journaliste et “ultra” de la collaboration, Fernand de Brinon était Délégué général du gouvernement de Vichy auprès des autorités militaires allemandes d’occupation. Quand des requêtes étaient formulées par les familles des détenus auprès de l’administration française, la Délégation générale les transmettait à la Commission d’armistice (bipartite), après enquête de la police ou de la gendarmerie pour s’assurer des conditions d’arrestation et de l’honorabilité du détenu. Une lettre était ensuite adressée aux familles sous couvert de l’organisme qui en avait fait la demande : elle leur annonçait que l’intervention avait eu lieu et leur faisait part de la réponse fournie par les autorités allemandes.

Ainsi, un très grand nombre de fiches de la Délégation générale portent le nom de “45000” ; surtout après le départ du convoi, le 6 juillet 1942, et l’absence de nouvelles résultant de leur statut “NN”.

La plupart de ces fiches se trouvent dans les dossiers d’état civil des déportés conservés au BAVCC (anciennement archives du secrétariat d’État aux Anciens Combattants).