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Dans son uniforme
des Brigades internationales.
Droits réservés.

Maurice Fontès naît le 17 février 1907 à Paris 15e (75) ; son père est alors ouvrier mouleur.

Formé pendant trois ans à l’école d’apprentissage des usines Panhard-et-Levassor, lui-même devient ouvrier ajusteur.

De 1927 à 1928, Maurice Fontès fait son service militaire dans l’aviation maritime (Brest, Rochefort, Istres).

En 1929, il est domicilié au 32, rue Anatole-France à Choisy-le-Roi [1] (Val-de-Marne – 94). Au moment de son arrestation, il habite au n° 89 de cette rue.

Marié en 1933, il a une fille : Monique, née le 25 février 1933.

Après avoir travaillé chez Citroën, il est embauché à l’usine “d’aviation” de Gnome-et-Rhône, boulevard Kellerman, Paris 13e (future SNECMA) ; entreprise dans laquelle a également travaillé Henri Marti, de Paris 5e.

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L’usine Gnome et Rhône du boulevard Kellerman, Paris 13e.
Carte postale colorisée (années 1920 ?). Coll. Mémoire Vive.

Lors de grèves de juin 1936, Maurice Fontès adhère à la CGT des Métaux (FSI) et au Parti communiste, et devient secrétaire de la cellule « du 4e étage » de son entreprise, responsable de la presse (cellule 1305 ?).

Militant très actif, il est en contact avec des cadres du PC comme Robert Genty, de Paris 13e, Aimé Maizières (?), conseiller municipal de Choisy, et Jules Genoux, responsable à Choisy du journal Le Travailleur.

Maurice Fontès participe également aux activités de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail(FSGT).

Le 14 janvier 1938, ayant traversé la frontière par la montagne, il est en Espagne et s’engage dans lesBrigades internationales pour défendre la République contre la rébellion du général Franco soutenue par Hitler et Mussolini. Incorporé à la compagnie “zapadores” de la 14e brigade, “La Marseillaise”, en formation à Villanueva de la Jara, il est nommé sergent à la 1re section par Marcel Sagnier, le 16 février.

Il combat en première ligne sur les fronts de l’Escurial, de Caspe et de l’Ebre (front de l’Est).

Le 20 juillet, au cours de cette troisième bataille, Maurice Fontès est touché « par l’aviation », près d’Alica (ou Alicia ? lieu non trouvé). Gravement blessé à la jambe gauche, il est amputé d’une jambe et successivement hospitalisé à Cambrils (sur la côte méditerranéenne) du 20 au 22 juillet, Terrassa, du 23 juillet au 2 octobre et Vic.

Le 8 décembre, alors que les Brigades ont été dissoutes et les volontaires français rapatriés, il est récusé comme « inutile total » par la commission de Barcelone et rapatrié dans le courant du mois.

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Insigne de l’Association
des volontaires pour
l’Espagne républicaine, ayant
appartenu à Christophe Le Meur.
Produit entre la mi-1938 et la mi-1939.
Coll. André Le Breton.

Le 24 décembre 1941, peu après 6 heures du matin dans le cadre d’une vague d’arrestations organisée par la police française contre 33 anciens membres des brigades internationales, Maurice Fontès est arrêté à son domicile par des agents du commissariat de Choisy, en même temps que Jean Cazorla, Charles Rouyer…

Deux jours plus tard, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif ; Maurice Fontès est conduit à la caserne désaffectée des Tourelles, boulevard Mortier, Paris 20e, “centre surveillé” dépendant de la préfecture de police.

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La caserne des Tourelles, vers la Porte des Lilas,
entre l’avenue Gambetta, à gauche, et le boulevard Mortier.
Carte postale d’après guerre.

Le 5 mai 1942 à 4 heures du matin, il fait partie des 24 internés des Tourelles – pour la plupart anciens Brigadistes – que viennent « prendre des gendarmes allemands » afin de les conduire à la gare de l’Est où ils sont mis dans un train à destination du camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Les dernières nouvelles que ses proches ont de lui datent de mai 1942.

Entre la fin avril et la fin juin, malgré sa jambe de bois, il est déclaré apte au travail et sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Maurice Fontès est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45550 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Maurice Fontès est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Il meurt à Birkenau le 8 octobre 1942, d’après les registres du camp.

Il est déclaré “Mort pour la France” (23-05-1951) et homologué comme “Déporté politique”.

Sources :

- Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), Paris 10e, “fichier de Moscou” des Brigades Internationales, dossier de Maurice Fontès.
- Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), campus de l’Université de Paris X-Nanterre, microfilms du Centre russe pour la conservation des archives en histoire politique et sociale (RGASPI), acquisition BDIC/AVER-ACER, bobines cotes Mfm 880/4 (545.2.290).
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 82, 354, 387 et 404.
- Claudine Cardon-Hamet, Biographies des déportés du convoi du 6 juillet 1942 de Choisy-le-Roi, fichier informatique, décembre 2006.
- Archives municipales de Choisy-le-Roi : listes électorales 1929-1935-1939, carton 4H2G “Victimes militaires et civiles 1939-1945”.
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 1837 (internés dans différents camps…) – cartons “Parti communiste” : BA 2447 (chemise “1941, perquisitions particuliers”).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 300 (34752/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 6-09-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Choisy-le-Roi : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).