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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Marius, Charlemagne, Vallée naît le 5 avril 1898 à Torcy-le-Grand (Seine-Maritime [1] – 76), au domicile de ses parents, Louis Vallée, 42 ans, et Marie Pochon, son épouse, 41 ans, journaliers.

Marius Vallée commence à travailler comme ouvrier-boulanger.

La Première Guerre mondiale est déclenchée début août 1914. Le 18 avril 1917, Marius Vallée est incorporé comme soldat de 2e classe au 54e régiment d’infanterie. Le 15 octobre suivant, il passe au 130e R.I., en ligne sur le Mont Cornillet, commune de Prosnes, à l’Est de Reims. Le 16 avril 1918, il passe au 142e R.I., décimé dans les combats du 31 mars au 11 avril et qui rejoint le sous-secteur Fabert, toujours sous les Monts de Champagne. Après le coup de main exécuté par les 9e et 10e compagnies du 3e bataillon le 11 juillet 1918 entre 18 h et 18 h 20, pour le « nettoyage » du réduit Bertram et de la tranchée Leopoldshohe, Marius Vallée figure comme blessé dans la liste des « pertes » de la 9e Cie (6 tués, 23 blessés, 2 disparus). Est-il évacué ou est-il maintenu en première ligne ? À une date restant à préciser, il est cité à l’ordre de son régiment (n° 81). Le 14 juin 1919, il est affecté à la deuxième section de Commis et Ouvriers militaires d’Administration (COA). Sa participation à la campagne contre l’Allemagne est comptabilisée jusqu’au 23 octobre 1919. Le 23 mai 1920, il est renvoyé dans ses foyers, titulaire d’un certificat de bonne conduite.

Le 18 octobre 1920, l’armée le classe « affecté spécial » dans la Réserve comme employé permanent de la Compagnie des chemins de fer de l’État (qui fusionnera au sein de la SNCF en 1938).

En février 1921, il habite au 8, rue Blanqui, à Sotteville-les-Rouen (76)

Le 17 mars 1923, à Sotteville, il épouse Marie Thérèse Hache. Ils n’auront pas d’enfant.

En 1927, le couple demeure au 159, rue de Paris, à Sotteville

Au moment de son arrestation, Marius Vallée est domicilié rue Édison, à Sotteville.

Il est cheminot, aide-chaudronnier (n° agent SNCF : 44462) aux ateliers SNCF des Quatre-Mares à Sotteville où il répare les locomotives.

De 1926 à 1931, il est secrétaire de la Maison du Peuple de Sotteville, que la police considère comme un « foyer communiste ».

En 1938-1939, il est membre de la cellule de Saint-Étienne(-du-Rouvray)-Madrillet, selon la police.

En 1940, informé que Marius Vallée est un des principaux « meneurs » au sein des Ateliers des Quatre-Mares, avec Jodet et Roger Grelet, le commissaire de police de Sotteville-les-Rouen préconise son internement administratif.

Le 15 novembre de cette année, une perquisition à son domicile permet la découverte du texte des « hymnes communistes », L’Avant-Garde et L’Internationale, ainsi que du portrait encadré de Paul Vaillant-Couturier sur le marbre du buffet.

Le 4 août 1941, répondant à une note du préfet de Seine-Inférieure datée du 22 juillet, le commissaire principal de police spéciale de Rouen transmet à celui-ci une liste nominative de 159 militants et militantes communistes de son secteur dont il préconise de prononcer l’internement administratif dans un camp de séjour surveillé, tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et « par tous les moyens ». Parmi eux, Marius Vallée…

Le 24 octobre suivant, il est arrêté « sur l’ordre des autorités occupantes » en même temps que plusieurs cheminots de Sotteville (Henri Breton, François Pelletan, André Poirier…). Après l’attaque de la librairie allemande de Rouen. [2], il est désigné comme otage (fusillable ?).

Il est finalement finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne [3] (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager), où il est enregistré sous le matricule n° 2035.

Entre fin avril et fin juin 1942, Marius Vallée est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marius Vallée est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46167 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos

Marius Vallée meurt à Auschwitz le 26 septembre 1943, d’après les registres du camp.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts SNCF des ateliers des Quatre-Mares à Sotteville-lès-Rouen, ainsi que sur une plaque commémorative de la SNCF dans l’Orne (61).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 23-06-2001).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 377 et 422. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Haute-Normandie (2000), citant : Liste établie par Louis Eudier (45523), du Havre, 2/1973 – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen. 
- Archives départementales de la Seine-Maritime (AD 76), site internet, archives en ligne, registre des naissances de Torcy-le-Grand, année 1898 (cote 4E 13459), acte n° 19 (vue 10/33) ; registre matricule du recrutement militaire, bureau de Rouen, classe 1918 (cote 1 R 3457), matricule 2434. 
- Ministère de la défense, site internet Mémoire des hommes, journal de marche et d’opération (JMO) du 142 R.I., 2 novembre 1917-17 mars 1919 (cote 26 N 693/16), page 24 (vue 32/89).
- Archives départementales de Seine-Maritime, Rouen, site de l’hôtel du département, cabinet du préfet 1940-1946, individus arrêtés par les autorités de Vichy ou par les autorités d’occupation, dossiers individuels, cote 51 W 421 (de Rob à Z), recherches conduites avec Catherine Voranger, petite-fille de Louis jouvin. 
- Site du Groupe Archives Quatre-Mares (GAQM).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 18-09-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Seine-Maritime : département dénommé “Seine-Inférieure” jusqu’en janvier 1955.

[2] L’attaque de la librairie allemande de Rouen, selon Albert Ouzoulias : « Le 28 novembre (1941), Lefebvre (Marc), un jeune cheminot breton qui travaille à Sotteville, lance une bombe dans la vitrine de la librairie allemande de Rouen, rue Jeanne-d’Arc ; l’engin a été confectionné avec un bout de tube de chaudière de locomotive du dépôt de Sotteville. » in Les Bataillons de la Jeunesse, 1967, p. 200. … ce qui explique la désignation comme otages de militants arrêtés dans ce secteur (la date du 26 novembre est aussi donnée).

[3] Sous contrôle militaire allemand, le camp de Royallieu a d’abord été un camp de prisonniers de guerre (Frontstalag 122), puis, après l’invasion de l’URSS, un « camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs ». À partir de septembre 1941, on y prélève – comme dans les autres camps et prisons de zone occupée – des otages à fusiller. À partir du 12 décembre 1941, un secteur du sous-camp C est réservé aux Juifs destinés à être déportés à titre de représailles. Le camp des Juifs est supprimé le 6 juillet 1942, après le départ de la plupart de ses internés dans le convoi transportant les otages communistes vers Auschwitz. Les derniers détenus juifs sont transférés au camp de Drancy (Seine-Saint-Denis – 93).