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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Marcel, Léon, Auguste, Poullain naît le 8 octobre 1904 à Saint-Denis [1] (Seine-Saint-Denis – 93), chez ses parents, Auguste Poullain, ajusteur, et Joséphine Blin, 18 ans, tailleuse d’habits, domiciliés au 3, rue Franklin. Le couple se marie le 5 novembre suivant. Marcel a (au moins) une sœur et un frère, Auguste, né en 1919.

Marcel Poullain effectue son service militaire dans la Marine nationale, avec Brest pour port d’attache (à vérifier…).

Le 16 janvier 1930 à à Pierrefitte-sur-Seine [1] (93), il épouse Henriette Lepée. Ils auront un enfant.

Au moment de son arrestation, Marcel Poullain est domicilié au 10, impasse du Quartier Neuf à Pierrefitte.

À Auschwitz, il sera enregistré comme « ouvrier agricole » (Landarbeiter), peut-être jardinier : est-ce sa vraie profession ?

Marcel Poullain est actif dans la clandestinité. Apprenant qu’il est menacé d’arrestation, il part se cacher. Puis, pensant que le risque est passé, revient chez lui, mais est dénoncé.

À des dates et pour un motif restant à préciser, Marcel Poullain est arrêté puis finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Craignant d’être arrêtée à son tour, son épouse part se cacher avec leur enfant.

Entre fin avril et fin juin 1942, Marcel Poullain est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Poullain est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46005 (la photo du détenu portant ce matricule a été identifiée par comparaison avec un portrait conservé par sa famille). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Marcel Poullain.

Il meurt à Auschwitz le 16 octobre 1942, d’après l’acte de décès du camp [2] ; la cause mentionnée – très probablement mensongère – est : « inflammation rénale » (Nierenentzündung).

Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de Pierrefitte-sur-Seine, situé dans le cimetière communal.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. 27-01-1998).

Son frère Auguste, domicilié à Saint-Denis (93), est un militant actif du Parti communiste avant-guerre, responsable du service d’ordre pour la protection des meetings et réunions, notamment au cours descampagnes électorales des années 1935-1937. Sous l’occupation, il se sait menacé et part se cacher en Bretagne. Au cours de l’hiver 1942, pour échapper à une arrestation, il traverse une rivière à la nage. Resté trop longtemps dans ses vêtements trempés et glacés, il tombe gravement malade. Transporté dans un hôpital à Paris, il succombe à des complications pulmonaires le 25 décembre 1942.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 385 et 417. 
- Messages de Philippe Arnal, son petit-neveu (05 et 07-2009). 
- Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004 ; sur Auguste Poullain, Saint-Denis, page 179. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; acte de décès à Auschwitz (36169/1942). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 961. 
- Site Mémorial GenWeb, 93-Pierrefitte-sur-Seine, relevé d’Alain Claudeville (10-2002).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-12-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant Marcel Poullain, c’est le 31 décembre 1942 qui a été retenu pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.