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Document extrait de De Caen à Auschwitz
par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée 
Malherbe de Caen, éditions Cahiers du Temps, 
page 31. Droits réservés.

Marcel Nonnet naît le 20 avril 1910 à Buzançais (Indre – 36), fils de Benjamin Nonnet et de Jeanne, son épouse, domicilié au 13, rue des Renards.

Le 17 octobre 1932, Marcel Nonnet, qui possède une formation de comptable, entre comme employé aux écritures dans le service de l’économat de la compagnie des Chemins de fer de l’État, dont le siège est à Paris (n° d’agent 403564).

Le 22 mars 1934, alors qu’il habite Argenteuil, il sollicite son admission dans le cadre permanent de la société. Le 17 mai suivant, une réponse favorable lui propose un emploi de facteur mixte à la gare de Mézidon, dans l’arrondissement de l’Exploitation de Caen, poste qu’il occupe à partir du 8 septembre 1936 (pourquoi ce décalage ?).

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Mézidon, extérieur de la gare. Carte postale oblitérée en 1948, 
mais probablement éditée dans les années 1930. 
Collection Mémoire Vive.
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Intérieur de la gare de Mézidon. Carte postale sans date. 
Collection Mémoire Vive.

Au moment de son arrestation, Marcel Nonnet est domicilié à Bretteville-sur-Dives (Calvados – 14). Marié à Stéphanie Legrand, il est père de cinq enfants ayant entre 4 et 11 ans.

Il milite à la fois à la CGT et au Parti communiste, où il serait secrétaire de cellule.

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Carte syndicale CGT, Fédération des chemins de fer. 
Collection Mémoire Vive.

Selon l’attestation ultérieure du Front national [1], Marcel Nonnet est actif sous l’occupation, dans un groupe de résistance dirigé par René Fairant (fusillé par l’occupant le 14 août 1943) : il participe notamment à des distributions de tracts dans les dépôts du service de la Traction à Mézidon. Le signataire de l’attestation, Michel de Bouard, rapporte que, dans cette période, les Allemands furent renseignés par un agent de la SNCF lui-même surveillé par la Résistance jusqu’à ce que soient établi « de façon certaine, en 1943, [ses] agissements criminels ». En juillet 1946, le chef de gare de Mézidon considère que Marcel Nonnet a été désigné comme otage pour avoir « appartenu, dit-on, à une cellule communiste d’Argenteuil ou de Paris » plusieurs années avant la guerre ; seul motif avancé également par le préfet du Calvados en octobre 1942. Enfin, selon André Montagne, de Caen, Marcel Nonnet et André Ridel « accusaient un gendarme de la responsabilité de leurs arrestations ».

Dans la nuit du 1er au 2 mai 1942, Marcel Nonnet est arrêté à son domicile par la police française (des gendarmes de la brigade de Lisieux ?) en même temps qu’André Ridel de Mézidon ; il figure comme “communiste” sur une liste d’arrestations demandées par la Feldkommandantur 723 de Caen à la suite du déraillement de Moult-Argences (Airan) [2].

Le 4 mai, remis aux autorités d’occupation, il est emmené au “petit lycée” Malherbe de Caen où sont rassemblés les otages du Calvados. Le soir même, il fait partie du groupe de détenus conduits à la gare de marchandise de Caen pour être transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Selon Emmanuel Michel, des complicités parmi les cheminots (dont le chef de train Roussel) font arrêter brièvement le train en gare de Mézidon où sept détenus peuvent faire leurs adieux à leurs familles qui avaient été alertées.

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Intérieur de la gare de Mézidon. Carte postale sans date. 
Collection Mémoire Vive.

Le convoi arrive à Compiègne le 5 mai, en soirée.

André Montagne a bien connu Marcel Nonnet dans ce camp. Il avait fait sa connaissance au lycée Malherbe de Caen lorsque les otages y étaient rassemblés et ils dorment dans des lits voisins à Royallieu, ce qui leur donne la possibilité de discuter. Marcel Nonnet arrive à envoyer quelques lettres à son épouse. D’autres cheminots du département ont été pris lors de cette rafle, mais l’ampleur de cette répression est telle que le fonctionnement du service en est gêné, et la SNCF obtient la libération de huit cheminots du Calvados, considérés comme de “bons éléments” et détenus à Royallieu. Mais d’autres n’auront pas cette chance, comme Georges Auguste et Albert Coispeau, de Caen, Georges Bigot et Pierre Duchemin, de Bayeux, Robert Dupont, de Mondeville, Pierre Lebreton, de Vire, Alphonse Marie, de Saint-Jacques-de-Lisieux, Emmanuel Michel, de Trouville ; tous retenus comme communistes.

Entre fin avril et fin juin 1942, Marcel Nonnet est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler). Le 1er juillet, le préfet du Calvados intervient auprès de la Feldkommandantur 723 en vue d’obtenir sa libération, mais c’est le Chef de la Police de Sûreté (Gestapo) de Rouen qui lui répond par une fin de non recevoir le 19 août suivant.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Comme beaucoup d’autres déportés, Marcel Nonnet jette un message sur la voie – sous la forme d’une feuille de papier repliée – à destination de son épouse. Pour l’acheminement de celui-ci, il dit sa confiance au collègue cheminot qui le trouvera (lequel précisera au verso la direction prise par le convoi).

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

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Le 8 juillet 1942, Marcel Nonnet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), sous le numéro 45929 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Marcel Nonnet est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Entre le 1er novembre 1942 et le 4 janvier 1943, il est enregistré plusieurs fois sur le registre de distribution des médicaments au Revier de Birkenau (chambre – Stube – n°3).

Marcel Nonnet meurt à Birkenau le 16 janvier 1943, selon les registres du camp.

Le 16 juillet 1942, une carte imprimée en allemand avait été envoyé à sa famille depuis Compiègne indiquant : « Par décision de nos services, le détenu susnommé a été transféré dans un camp pour y travailler. Sa destination étant inconnue, il vous faudra attendre pour avoir de ses nouvelles. »

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Document extrait de De Caen à Auschwitz
par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée 
Malherbe de Caen, éditions Cahiers du Temps. 
Droits réservés.

André Montagne, de Caen, rescapé, annonce la mort de Marcel Nonnet à l’épouse de celui-ci après son retour. Le 1er septembre 1945 (?), il écrit à la mère de son compagnon pour confirmer sa disparition à Birkenau. Dans ce courrier, il précise qu’ils n’étaient pas dans le même wagon le 6 juillet 1942, mais qu’ils s’étaient retrouvés à Birkenau quand tous les “45000” y avaient été conduits au lendemain de leur arrivée.

Sources :

- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’associationMémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, pages 56, 91 ; notice biographique par Claudine Cardon-Hamet page 31. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 360 et 415. 
- Jean Quellien (1992), sur le site non officiel de Beaucoudray, peut-être extrait de son livre Résistance et sabotages en Normandie, éditions Corlet. 
- Annick Sillard, courrier à François Legros et à Mémoire Vive, avec copies de documents : courrier du préfet du Calvados à de Brinon [3], attestation du chef de gare de Mézidon au Comité de libération de Bretteville-sur-Dives, attestation d’appartenance au Front national, lettre d’André montagne à la mère de Marcel Nonnet (03-2010). 
- Claude Doktor, Le Calvados et Dives-sur-Mer sous l’Occupation, 1940-1944, La répression, éditions Charles Corlet, novembre 2000, Condé-sur-Noireau, page 206. 
- Liste de détenus ayant reçu des médicaments à Birkenau, transmise par André Nouvian. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 866 (2491/1943). 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-04-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation politique créée en 1972, dite “FN” et toujours existante).

[2] Le double déraillement d’Airan et les otages du Calvados : Dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance. On compte 28 morts et 19 blessés allemands.

La locomotive du premier train ayant déraillé le 16 avril 1942. 
Collection R. Commault-Mémorial de Caen. 
In De Caen à Auschwitz, éditions Cahiers du Temps, juin 2001, page 11.

L’armée d’occupation met en œuvre des mesures de représailles importantes, prévoyant des exécutions massives d’otages et des déportations. Le préfet du Calvados obtient un sursis en attendant les conclusions de l’enquête de police. Mais, faute de résultats, 24 otages choisis comme Juifs et/ou communistes sont fusillés le 30 avril, dont deux à Caen.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un deuxième déraillement a lieu, au même endroit et par le même procédé. Un rapport allemand signale 10 morts et 22 blessés parmi les soldats. Ces deux déraillements sont au nombre des actions les plus meurtrières commises en France contre l’armée d’occupation.

Au soir du deuxième attentat – à partir de listes de communistes et de juifs (130 noms sur le département) transmises au préfet par le Feldkommandant – commence une vague d’arrestations, opérées par la police et la gendarmerie françaises avec quelques Feldgendarmes. Dans la nuit du 1er au 2 mai et le jour suivant, 84 hommes au moins sont arrêtés dans le Calvados et conduits en différents lieux de détention. Pour le commandement militaire allemand, ceux qui sont maintenu en détention ont le statut d’otage.

Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague d’arrestations, moins importante, a lieu les 7 et 8 mai. Le préfet du Calvados ayant cette fois-ci refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement opérées par la Wehrmacht (Feldgendarmes).

Au total plus de la moitié des détenus de ce début mai sont, ou ont été, adhérents du Parti communiste. Un quart est désigné comme Juif (la qualité de résistant de certains n’est pas connue ou privilégiée par les autorités). Des auteurs d’actes patriotiques, proches du gaullisme, sont également touchés par la deuxième série d’arrestations.

Tous passent par le “petit lycée”, contigu à l’ancien lycée Malherbe (devenu depuis Hôtel de Ville), où ils sont rapidement interrogés.

Caen. Le Petit Lycée. Carte postale éditée dans les années 1900. 
Collection Mémoire Vive.

Le 4 mai, 48 détenus arrêtés dans la première rafle sont transférés en train au camp de police allemande de Compiègne-Royallieu ; puis d’autres, moins nombreux, jusqu’au 9 mai (19 ce jour-là).

Les 8 et 9 mai, 28 otages communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine – 93) pour la plupart (trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen.

La plus grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié des otages juifs du convoi).

[3] De Brinon : ancien journaliste et “ultra” de la collaboration, Fernand de Brinon était Délégué général du gouvernement de Vichy auprès des autorités militaires allemandes d’occupation. Quand des requêtes étaient formulées par les familles des détenus auprès de l’administration française, la Délégation générale les transmettait à la Commission d’armistice (bipartite), après enquête de la police ou de la gendarmerie pour s’assurer des conditions d’arrestation et de l’honorabilité du détenu. Une lettre était ensuite adressée aux familles sous couvert de l’organisme qui en avait fait la demande : elle leur annonçait que l’intervention avait eu lieu et leur faisait part de la réponse fournie par les autorités allemandes.

Ainsi, un très grand nombre de fiches de la Délégation générale portent le nom de “45000” ; surtout après le départ du convoi, le 6 juillet 1942, et l’absence de nouvelles résultant de leur statut “NN”.

La plupart de ces fiches se trouvent dans les dossiers d’état civil des déportés conservés au BAVCC (anciennement archives du secrétariat d’État aux Anciens Combattants).