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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Marcel, Henri, Mougin naît le 25 novembre 1899 à Paris 12e arrondissement (75), fils de Louis Mougin, 32 ans, terrassier qui deviendra livreur, et de Marie Bernard, son épouse, 32 ans, domiciliés au 235, rue de Charenton.

Le 17 février 1921 à Charenton, Marcel Mougin épouse Suzanne Bouvier.

Il est concierge et chauffeur de chaudière au groupe d’HBM (habitations à bon marché), au 101, rue Édouard-Vaillant à Alfortville [1] (Val-de-Marne – 94).

Le 12 mai 1929, il y est élu conseiller municipal d’Alfortville sur la liste du Parti communiste conduite par Marcel Capron [2] et réélu aux élections municipales du 5 mai 1935 ; il est présent à toutes les séances du conseil.

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Alfortville, la mairie après la guerre. 
Carte postale, collection Mémoire Vive.

Le 4 octobre 1939, le Président de la République – Albert Lebrun -, par décret et « sur la proposition du ministre de l’intérieur, suspend jusqu’à cessation des hostilités les Conseils municipaux » de 27 communes de la banlieue parisienne à majorité communiste, dont celui d’Alfortville, et les remplace par des Délégations spéciales composées de notables désignés.

Le 29 février 1940, le conseil de préfecture de la Seine déchoit Marcel Mougin de son mandat électoral pour n’avoir pas «  répudié catégoriquement toute adhésion au parti communiste… », comme 17 autres élus municipaux d’Alforville (dont Henri Hannhart et Gaston Ruan) – avec effet rétroactif au 21 janvier.

Sous l’occupation, la police française (RG) considère Marcel Mougin comme un « meneur particulièrement actif ».

Le 15 juillet 1941, il est arrêté par des agents du commissariat de Charenton puis interné administrativement comme « détenu communiste » à la caserne désaffectée des Tourelles, boulevard Mortier, Paris 20e, “centre surveillé” dépendant de la préfecture de police de Paris.

Le 9 octobre, il est parmi les 60 militants communistes (40 détenus venant du dépôt, 20 venant des Tourelles) transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86) ; départ gare d’Austerlitz à 8 h 25, arrivée à Rouillé à 18 h 56.

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 9 février 1942, Marcel Mougin est parmi les 52 « communistes » (dont 36 seront déportés avec lui) remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits par des Feldgendarmes à la gare de Poitiers. Enfermés dans deux wagons à bestiaux, ils sont transférés – via Paris – au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Marcel Mougin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Marcel Mougin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45908, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Marcel Mougin.

Il contracte le typhus.

Il meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 [3], d’après les registres du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [4]). Cette date est inscrite à l’état civil français le 24 octobre 1946.

La mention “Mort pour la France” est apposée sur son acte de décès (13-10-1948), ainsi que la mention “Mort en déportation” (J.O. du 14-12-1997). La mention “Mort pour la France” est apposée sur son acte de décès (13-10-1948), ainsi que la mention “Mort en déportation” (J.O. du 14-12-1997).

Son nom est inscrit sur une plaque apposée dans le square de la Mairie (contenu ?).

Sources :

- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières, 1990-1997 CD-Rom (citant : Arch. dép. Seine, D M3, versements 10451/76/1 et 10441/64/2 – État civil). 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 356, 387 et 415. 
- Archives départementales de Paris, site internet, archives en ligne, extrait du registre des naissances du 12e arrondissement à la date du 20-11-1899 (registre V4E 9421, acte n° 3482, vue 2/31). 
- Archives municipales d’Alfortville, recherches menées par Corinne Nortier (divers documents…). 
- Le nazisme à Alfortville (1940-1944), les victimes, document élaboré par la section FNDIRP d’Alfortville (après 1987…). 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941) ; BA 1837 (internés dans différents camps…). 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
-  Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 834 (31665/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 11-05-2011)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Marcel Capron : peu après la signature du pacte germano-soviétique, le député-maire prend ses distances avec la direction du PCF et finit par s’associer avec Marcel Gitton dans une tentative pour rallier le milieu ouvrier à la collaboration, notamment auprès des internés des camps.

[3] L’acte d’état civil, dressé par le Ministère des anciens combattants et victimes de guerre le 8 octobre 1946, indique un horaire (« quinze heures dix minutes ») pour son décès : cela semble indiquer que l’information vient directement des registres du camp d’Auschwitz.

[4] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-Isélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.