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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Marcel, Charles, Lesturgie naît le 24 novembre 1906 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle – 54), fils d’Henri Lesturgie et de Marie Rose Antoine.

En 1924, Marcel Lesturgie habite à Limoges (Haute-Vienne). C’est là qu’il est recensé pour le recrutement militaire (bureau de Limoges-Nord, classe 1926, matricule 2943).

Le 23 décembre 1930, Marcel Lesturgie est embauché par une compagnie de chemin de fer qui fusionnera avec d’autres au sein de la SNCF début 1938 [1].

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 39, rue de Gergovie à Paris 14e (75) ; l’immeuble où il habitait a été détruit. Il est marié, sans enfant.

Marcel Lesturgie est alors cantonnier à la SNCF, affecté au secteur de la gare de marchandises de la Glacière-Gentilly sur la ligne du chemin de fer de petite ceinture, près de la place de Rungis (Paris 13e).

Le 23 novembre 1940, le préfet de police de Paris signe un arrêté d’internement administratif le concernant, en application du décret du 18-11-1939. Échappe-t-il à l’arrestation, ou est-il libéré après celle-ci ?

Il adhère au parti communiste en 1936, militant à la cellule 1460 de Paris 14e, dont il est pendant un temps trésorier et responsable de la « littérature ».

Pendant la drôle de guerre et la campagne de France, il est mobilisé comme « affecté spécial » au titre de la SNCF.

Début novembre 1940, Marcel Lesturgie est interpellé par un ancien camarade qui lui remet un mot de Monjauvis, ancien conseiller municipal du 13e arrondissement, lui demandant de reprendre une activité clandestine. Après discussion avec ce camarade, il accepte. Un jour suivant, il est accosté près de la sortie de son travail par un piéton qui le prévient que, le lendemain, on lui remettra un paquet au coin de la rue de Tolbiac et de la rue Baudricourt – lui-même devant rester en bordure du trottoir, à cheval sur son vélo – ce paquet devant être porté le jour même derrière la mairie du 13e à un camarade reconnaissable à sa main bandée.

Marcel Lesturgie sert ainsi à quatre reprises « d’intermédiaire dans les 13e et 14e arrondissements pour la transmission entre militants communistes de matériel destiné à la confection de tracts clandestins… ».

Début mars 1941, à la suite « de nombreuses enquêtes et surveillances effectuées dans le quartier de Plaisance », deux inspecteurs de la brigade spéciale anticommuniste des Renseignements généraux acquièrent « la certitude que [Marcel Lesturgie prend] une part active à la propagande clandestine dans le 14e arrondissement… ».

Le 6 mars 1941, les deux policiers se présentent à son domicile. Lors de la perquisition, ils trouvent, sur la cheminée de la salle à manger, une page d’un cahier d’écolier portant au crayon des instructions destinées à la mise en page et à l’impression d’un prochain tract, sur la cheminée de la salle à manger, un exemplaire de L’Humanité daté du 14 février 1941 (n° 99 rectifié en n° 100 au crayon ; peut-être un modèle…), dans l’armoire de la chambre, 24 stencils vierges (et 2 au-dessus), enfin, dans le placard de la chambre, environ 500 feuilles de papier à duplicateur, dont plusieurs provenant d’un tirage manqué, 5 stencils vierges et une quinzaine de feuilles de papier carbone. Marcel Lesturgie déclare que l’ensemble correspond au contenu du dernier paquet qu’il n’a pu livrer rue Gassendi, son contact n’étant pas venu au rendez-vous. Sur sa table de nuit sont également trouvés une brochure ronéotypée intitulée Recommandations et directives aux militants et un exemplaire de La Tribune des cheminots daté de décembre 1940, documents remis par des camarades. Marcel Lesturgie rédige et signe une déclaration selon laquelle il remet « spontanément » ces documents aux inspecteurs : s’agit-il d’une procédure équivalant à des aveux ?

Aussitôt arrêté, Marcel Lesturgie est conduit dans les locaux de la BS, à la préfecture de police. Le 7 mars, après son interrogatoire et au vu du rapport des inspecteurs, André Cougoule, commissaire des renseignements généraux, officier de police judiciaire, l’inculpe d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 et le fait conduire au Dépôt, à disposition du procureur de la République. Le lendemain, Marcel Lesturgie est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (à Paris 14).

Le 10 mars, la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine le condamne à dix mois de prison. Le 17 avril, il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes  [2] (Val-de-Marne – 94).

Le 6 mai, la 10e chambre de la Cour d’appel confirme le premier jugement.

À l’expiration de sa peine, le 23 octobre, Marcel Lesturgie n’est pas libéré : le préfet de police de Paris signe un arrêté ordonnant son internement administratif. Le 10 novembre 1941, Marcel Lesturgie fait partie d’un groupe de 58 militants communistes transférés au « centre de séjour surveillé » (CSS) de Rouillé (Vienne – 86).

Le 8 novembre 1941, la direction de la SNCF le révoque de son emploi.

Le 22 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) ; enregistré sous le matricule 5962, il est pendant un temps assigné au bâtiment A7.

Entre fin avril et fin juin 1942, Marcel Lesturgie est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Lesturgie est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45788, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Marcel Lesturgie.

On ignore la date exacte de son décès à Auschwitz ; probablement avant la mi-mars 1943.

Il est déclaré “Mort pour la France”.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 372 et 411. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central) – Témoignages André Deslandes – Madame A. Ponty, sœur de Gabriel Ponty – Mairie du 14e – M. Cottard, Revue d’Histoire du 14e, n°29 de février 1989. 
- Archives Départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, dossier des détenus “libérés” du 16 au 31-10-1941, cote 511w24. 
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7042. 
- Archives de la préfecture de police (Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; cartons “Occupation allemande”, camps d’internement… (BA 2374), communistes fonctionnaires internés… (BA 2214), liste des internés communistes, 1939-1941 (BA 2397) ; dossiers de la BS1 (GB 52), n° 172, « affaire Lesturgie », 7-03-1941. 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 111. 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Base de données des archives historiques SNCF ; service central du personnel, agents déportés déclarés décédés en Allemagne (en 1947), de A à Q (cote 0110LM0108).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 30-12-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La SNCF : Société nationale des chemins de fer français. À sa création, suite à une convention validée par le décret-loi du 31 août 1937, c’est une société anonyme d’économie mixte, créée pour une durée de 45 ans, dont l’État possède 51 % du capital.

[2] Fresnes : Jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne” (transfert administratif effectif en janvier 1968).