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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Marcel Gaudin naît le 17 janvier 1899 à Paris 11e, chez ses parents, Édouard Gaudin, 34 ans, fabriquant de cadres, et Victorine Deléaval, son épouse, 32 ans, cuisinière, domiciliés au 132, rue Saint-Maur.

Puis la famille emménage au 212 de la rue Saint-Maur (Paris 10e). Habitant encore chez ses parents, Marcel Gaudin devient menuisier, comme son père.

Le 19 avril 1918, il est incorporé comme canonnier de 2e classe au 105e régiment d’artillerie lourde. Le 21 juillet suivant, il passe au 107e RAL. Le 4 février 1919, il passe au 2e groupe d’artillerie d’Afrique. Il est en campagne dans l’Armée d’Orient du 4 février au 23 octobre 1919. Le 16 décembre, il passe au 1er G.A.A. Le 21 février 1920, il est considéré comme déserteur. Le 21 juin, il est arrêté et écroué à la prison militaire de Marseille. Le 4 août, le Conseil de guerre de la 15e région le condamne à trois mois de prison. Le 14 septembre 1920, il rejoint le 1er groupe d’artillerie de campagne d’Afrique (GACA) : il est en campagne en Algérie du 16 septembre 1920 au 7 août 1921. Le lendemain, 8 août, il est libéré du service actif, sa condamnation ayant été amnistiée le 27 juillet.

Marcel Gaudin se spécialise comme menuisier en cadres. Pendant un temps, il habite au 78, rue de la Roquette (Paris 11e).

Le 28 février 1928 à la mairie du 11e arrondissement, il se marie avec Yvonne Cosson, née le 8 octobre 1906 à Paris 11e, papetière. Ils vivent déjà à la même adresse.

Au moment de son arrestation, Marcel Gaudin est domicilié au 212, rue Saint-Maur à Paris 10e, près de la rue Saint-Marthe.

Le 4 avril 1940, Marcel Gaudin est arrêté pour distribution de tracts communistes sur le marché de la rue Alibert, mitoyen de l’hôpital Saint-Louis. Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (dissolution et interdiction des organisations communistes), il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 22 octobre, il est placé sous mandat de dépôt ou d’écrou.

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage.
(montage photographique)

Le 8 février 1941, lors d’une audience au cours de laquelle sont jugés 48 militants communistes (dit « procès des cinquante » ?), dont dix-sept futurs “45000”, la chambre des mineurs (15e) du tribunal correctionnel de la Seine condamne Marcel Gaudin à dix mois d’emprisonnement. Comme les autres condamnés, il fait appel de la sentence le 28 février.

Le 21 mars, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

Le 9 avril, la Cour d’appel de Paris examine la situation de cinquante condamnés pour activité communiste. Elle réduit la peine de Marcel Gaudin à huit mois de prison… déjà effectués.

Le 21 avril, il fait partie d’un groupe d’internés transférés (depuis le dépôt ?) au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930.
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 15 mai 1941, son mariage est dissous par le tribunal civil de la Seine.

L’administration du camp lit systématiquement la correspondance des détenus et y relève toutes les informations concernant leur état d’esprit à titre individuel ou collectif. Le 12 juillet 1941, après l’invasion de l’URSS par le Reich, le directeur du CSS d’Aincourt adresse un rapport au préfet de Seine-et-Oise avec plusieurs extraits des lettres interceptées en lui faisant « connaître que, depuis la guerre germano-soviétique, [il] communique tous les matins, à Laurent Darnar, la presse parisienne. Ce dernier fait un extrait succinct et objectif des informations que[le directeur fait] afficher ensuite à l’intérieur du Centre. Ce procédé représente l’avantage de [lui] éviter toute critique personnelle dans la rédaction de ce communiqué et a fini de discréditer complètement l’interné Laurent Darnar aux yeux de ses anciens camarades… ». Le 26 juillet, le préfet de Seine-et-Oise écrit à Joseph Darnand, ministre secrétaire d’État à l’Intérieur, pour lui transmettre « les réactions suscitées par ce communiqué ». Gaudin (Paris 10e) écrit avec ironie : « …j’apprends que les Russes sont à Moscou et les Allemands à Berlin, quelle stupéfaction et qu’en pensez-vous ? Pour moi, j’ai la certitude d’être bientôt des vôtres, en raison de la solidité des positions ».

Le 6 septembre, Marcel Gaudin est parmi les 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés aucamp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86), pour l’ouverture de celui-ci.

Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, vu du haut d’un mirador. Date inconnue. Au fond - de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, il fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduit au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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Un angle du camp de Royallieu vu depuis le mirador central
dont l’ombre se profile sur le sol. Le renfoncement à droite
dans la palissade correspond à l’entrée du Frontstalag 122.

Entre fin avril et fin juin 1942, Marcel Gaudin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

transportaquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Gaudin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45576, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet, après l’appel du soir – l’ensemble des “45000” ayant passé cinq jours à Birkenau -, une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I). Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté Marcel Gaudin.

Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, selon l’acte de décès établi par l’administration SS (Sterbebücher), alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à l’intérieur du camp à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [1]). Cette date est inscrite à l’état civil français dès le 25 juillet 1946.

Il est homologué comme “Déporté politique” (1962).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 371 et 405.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale).
- Archives de Paris, site internet, archives en ligne : extrait du registre des naissances du 11e arrondissement à la date du 19-01-1899 (V4E 9243), acte n° 271 (vue 23/31) ; état civil du 11e arrondissement, registre des mariages, année 1928 (11M 539 B), acte n° 388 (vue 5/31).
- Archives de Paris, archives judiciaires :  registres matricules du recrutement militaire, classe 1918, 1er bureau de la Seine (D4R1 2091), n° 331 ; registre du greffe du tribunal correctionnel de la Seine, 14 janvier-12 février 1941.
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes (BB18 7042).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), Service de la mémoire et des affaires culturelles, Le Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) : internés communistes, 1939-1941 (BA 2397) ; dossier individuel du cabinet du préfet (1 W 733-28365).
- Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux (78) : camp d’Aincourt (1W71).
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 85.
- Archives départementales de la Vienne : camp de Rouillé (109W75).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 336 (31894/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 14-09-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.