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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Marcel Claus naît le 8 octobre 1917 à Nancy (Meurthe-et-Moselle – 54), fils de Georges Claus et de Georgette Pierrard.

Marcel Claus est ouvrier imprimeur, exerçant sa profession, considéré dans sa commune « comme bon travailleur, mais ayant des fréquentations douteuses ». Domicilié à Nancy, il est célibataire.

Au cours de l’année 1938, alors qu’il est soldat (service militaire ?) au 151e bataillon d’aérostiers à Épinal (Vosges), il est accusé de vol qualifié pour trois cambriolages commis – notamment à l’évêché de Nancy – avec deux comparses, dont son frère, entre le 1er avril et le 1er novembre. Il est écroué le 16 décembre.

Le 24 avril 1939, la cour d’assises du département de Meurthe-et-Moselle le condamne à trois ans d’emprisonnement. Il est écroué pendant un temps les Maisons centrales de Clairvaux, puis de Melun (Seine-et-Marne) avant d’aboutir à la Maison d’arrêt et de correction de Fresnes (Seine / Val-de-Marne).

Le 16 décembre 1941, à l’expiration de sa peine, il n’est pas libéré. Le jour même, le préfet de police signe un arrêté ordonnant son internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939 et de la loi du 3 septembre 1940. Pris en charge à la prison, Marcel Claus est conduit aussitôt au dépôt de la préfecture de police, quai de l’Horloge.

Le 5 mai 1942, il fait partie des 14 internés administratifs de la police judiciaire (dont au moins onze futurs “45000”) qui – en exécution d’instructions de la Feldgendarmerie, rue de la Victoire, Paris – conduits avec 37 communistes à la gare du Nord, « à la disposition des autorités allemandes et dirigés sur Compiègne par le train de 5h50 » pour être internés au camp de Royallieu (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Marcel Claus est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux
du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Selon un récit de Jean Quadri [1], lui et d’autres hommes ont réussi à scier le plancher de leur wagon pour y aménager une trappe. Quand le train est à l’arrêt en gare de Metz, Marcel Claus – le plus mince d’entre eux – est le premier à emprunter ce passage, descendu par ses camarades sur la voie la tête en bas. Après lui avoir laissé le temps de s’éloigner et alors qu’ils s’apprêtent à descendre un deuxième homme, ils entendent une fusillade. Le petit groupe décide alors de refermer la trappe en la camouflant. Ils attendent jusqu’au départ du train, sans savoir ce qu’il est advenu de Marcel Claus (celui-ci arrivera à Auschwitz avec le reste du convoi, sans que Jean Quadri relate ce qui lui est arrivé…).

Tergnier, Laon, Reims… Châlons-sur-Marne : le train se dirige vers l’Allemagne. Ayant passé la nouvelle frontière, il s’arrête à Metz vers 17 heures, y stationne plusieurs heures, puis repart à la nuit tombée. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau – dans le premier secteur créé, B-Ib – où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20., Iéna, Halle, Leipzig, Dresde, Gorlitz, Breslau… puis la Pologne occupée. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Claus est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45372 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, au cours duquel ils déclarent leur profession, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Marcel Claus est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Peut-être affecté au Kommando “Neubau” (construction) pendant un temps, Marcel Claus travaille aux côtés de Jean Quadri. Celui-ci lui sauve la vie. Ayant contracté la dysenterie, Marcel Claus décide de ne pas se présenter à l’infirmerie, dont la mauvaise réputation circule parmi les détenus : la plupart des malades y meurt faute de soins véritables et des médecins SS y pratiquent des expérimentations médicales. Pourtant, épuisé par la maladie, il est incapable de travailler, ce qui signifie une condamnation à mort à plus ou moins brève échéance. Jean Quadri et un autre détenu décident alors de faire illusion. Ils aident Marcel Claus à se lever le matin, le soutiennent lors de l’appel puis sur leur trajet jusqu’à leur Kommando de travail (creusement de tranchées) en tâchant de ne pas se faire remarquer des kapos et des gardiens. Arrivés sur place, ils cachent leur ami dans la tranchée, l’aidant à se relever dès qu’arrive un surveillant. Puis, le soir au retour, ils l’appuient sur leurs épaules jusqu’à le ramener à son lit. Parallèlement, ils organisent un « commando de nuit » pour aller clandestinement voler des épluchures afin de nourrir leur camarade.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, Marcel Claus est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11 – la prison du camp – pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine. Avec trois “45000” – Louis (Marcel ?) Faure, d’Issy-les-Moulineaux, René Besse, de Créteil, imprimeurs de profession, et Clément Brioude, de Bagneux – Marcel Claus est affecté à l’imprimerie du camp (Drukerei), où la température est maintenue à un niveau suffisant pour garantir la qualité de l’encre et du papier. Ils sont assignés au Block 23.

À la fin de l’été 1944, Marcel Claus est parmi les trente-six “45000” qui restent à Auschwitz, alors que les autres survivants sont transférés vers d’autres camps.

Entre le 18 et le 25 janvier 1945, lors de l’évacuation d’Auschwitz, il est parmi les vingt “45000” incorporés dans les colonnes de détenus dirigées vers le KL [2] Mauthausen où lui-même est enregistré sous le matricule 116 621.

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Mauthausen. Carte postale non datée. Collection Mémoire Vive.

Marcel Claus est probablement dans ce camp quand celui-ci se libère à l’approche des troupes américaines.

Peu avant son propre décès, Marcel Claus rencontre au moins une fois Jean Quadri en allant lui rendre visite à Nice.

Marcel Claus décède le 7 avril 1973 ; il a 55 ans.

Sources :
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 74, 352 et 353, 358, 368 et 399.
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 117.
-  (Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; cartons “occupation allemande”, internés aux camps de Vaujours… – Tourelles (BA 1837) ; dossier individuel des RG (77w79), n° 146.037.
- Archives départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, cote 511w, dossier individuels de détenus libérés.
- Sabrine Quadri Mounier, fille de Jean Quadri, messages (05 et 11-2011) ; carnet de notes et portrait de son père, récit de Marcel Claus.
- René Besse : entretien filmé par Gilbert Lazaroo (13-06-1998).
- Laurent Lavefve, Mille et neuf jours, René Besse, la force d’un résistant déporté, Les Ardents Éditeurs, Limoges avril 2009, ISBN : 978-2-917032-13-8.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 2-06-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Le carnet de notes de Jean Quadri, 21 pages manuscrites, est retrouvé par sa fille, Sabrine Mounier, après le décès de son père. Celui-ci y relate essentiellement trois étapes de son internement et de sa déportation : son passage au camp de Royallieu, marqué par l’appel des fusillés et sa connaissance du tunnel, le convoi de déportation jusqu’à l’arrivée à Auschwitz, avec une tentative d’évasion, l’hostilité des civils allemands dans les gares où le train s’arrête, le changement de machinistes et de gardiens, et enfin un massacre de juifs rapporté par le chef du Block 11 d’Auschwitz. On ignore à quel usage Jean Quadri destinait ces notes.

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.