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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Lucien, Joseph, Godard naît le 1er avril 1895 à Paris 18e (75), chez ses parents, Charles Godard, 26 ans, forgeron, et Caroline Rombach, son épouse, 22 ans, domiciliés au 19, rue Boinod. Par la suite, la famille emménage au 3, square Grangé, à Paris 13e.

Lucien Godard reçoit une formation de serrurier.

Le 20 décembre 1914, il est incorporé au 104e régiment d’infanterie [?].
Le 24 mars 1915, il est [de nouveau ?] incorporé au 404e RI. Au cours de l’année 1917, il a les pieds gelés dans des circonstances imputables au service. Le 19 septembre 1917, le Conseil de guerre des D.E. Est du G.A.N. le condamne à dix mois de prison avec sursis pour complicité par recel de vol au préjudice d’un particulier (peine amnistiée par la loi du 24 octobre 1919).
Il quitte probablement son poste le 8 juin 1918 ou ne le rejoint pas à cette date (« interruption de service »). Le 9 juillet 1918, il est affecté au 21e R.I. par mesure disciplinaire (alors qu’il devait passer au 19e R.I.). Le 15 juillet, le Conseil de guerre de la 121e division d’infanterie le condamne à trois mois de prison pour désertion à l’intérieur en temps de guerre, circonstances atténuantes admises. Le 15 juillet, Lucien Godard est écroué à la prison militaire de Rouen pour y accomplir sa peine (laquelle sera amnistiée par la loi du 3 janvier 1925). Le 15 septembre 1918, il est affecté au 129e régiment d’infanterie. Le 3 janvier 1919, il passe à la 24e section de Commis et Ouvriers militaires d’Administration (COA).

Le 17 avril 1919, à la mairie de Paris 13e, Lucien Godard se marie avec Pauline Georgette Dumilieu, née le 28 juin 1893 dans cet arrondissement.

Le 19 septembre 1919, l’armée met Lucien Godard en congé illimité de démobilisation – le certificat de bonne conduite lui étant refusé – et il se retire au 53, boulevard Arago, à Paris, où il habite encore en avril 1920.

Le 6 avril 1926, le tribunal correctionnel la Seine le condamne à 48 heures de prison pour outrages à agents (peine amnistiée par l’article premier de la loi du 26 décembre 1931).

En juin 1926, Lucien Godard loge au 8, passage Sigaud (Paris 13e).

En mars 1928, l’armée le classe “affecté spécial” comme serrurier au titre de l’entreprise Le Matériel téléphonique (LMT) au 46-47, quai de Boulogne à Boulogne-Billancourt, qui fabrique également des postes de radio TSF.

À une date restant à préciser, Lucien Godard et sa famille emménagent au 63, rue de la Fontaine à Mulard (Paris 13e).

Le 26 juillet 1930, son épouse, Pauline, décède à l’hôpital Cochin (Paris 14e), le laissant veuf avec trois enfants.

En mai 1939, l’armée le classe dans « l’affectation spéciale au titre du tableau 3 »  aux Laboratoires LMT – un autre site de la même entreprise – au 46, avenue de Breteuil à Paris 7e.

Au moment de son arrestation, Lucien Godard est domicilié dans une cité d’habitations à bon marché (HBM) au 18, rue Brillat-Savarin [1] à Paris 13e, alors face à la gare de marchandises de la Glacière-Gentilly du chemin de fer de petite ceinture.

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La cité ouvrant au 18 rue Brillat-Savarin.
© Photo Mémoire Vive.

Lucien Godard est mécanicien-ajusteur dans une usine d’aviation (laquelle ?).

Il est membre de la 13e section de Paris-Ville du Parti communiste et adhérent aux Amis de l’Union soviétique.

Le 23 octobre 1941, la police française effectue une perquisition infructueuse à son domicile.

Le 28 avril 1942, Lucien Godard est arrêté à son domicile, comme otage, lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine et visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Lucien Godard est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Tergnier, Laon, Reims… Châlons-sur-Marne : le train se dirige vers l’Allemagne. Ayant passé la nouvelle frontière, il s’arrête à Metz vers 17 heures, y stationne plusieurs heures, puis repart à la nuit tombée : Francfort-sur-le-Main (Frankfurt am Main), Iéna, Halle, Leipzig, Dresde, Gorlitz, Breslau… puis la Pologne occupée. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Lucien Godard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46610, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, au cours duquel ils déclarent leur profession, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Lucien Godard est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ».
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre »
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Il semble que son matricule soit donné à un détenu décédé (pour le protéger ?) : un acte de décès au camp d’Auschwitz est établi à son nom à la date du 17 septembre 1942.

En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire – en allemand et sous la censure – à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier concernant Lucien Godard…).

À la mi-août 1943, celui-ci est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. Le premier étage du Block 11, avec ses fenêtres
partiellement obstruées. Carte postale. Coll. Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, – qui découvre leur présence – et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blockset Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Lucien Godard est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert (selon Cl. Cardon-Hamet).

Le 28 août 1944, il est dans le petit groupe de trente-et-un “45000” transférés au KL [2] Flossenbürg (Haut-Palatinat bavarois, proche de la frontière tchèque) et enregistrés dans ce camp le 31 août.

Lucien Godard meurt à Flossenbürg, le 10 avril 1945 selon l’état civil français.

Il est homologué comme “Déporté politique”. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 24-10-1993).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 372 et 406.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen – Extrait de son acte de naissance avec mention du décès (Mairie du 18e).
- Archives de Paris, site internet, archives en ligne ; registre des naissances du 18e arrondissement à la date du 3-04-1895 (V4E 10317), acte n° 1483 (vue 8/31).
– Archives de Paris ; registres des matricules du recrutement militaire, classe 1915, 3e bureau de la Seine, volume 2001-2500 (D4R1 1864), Godard Lucien Joseph, n° 2324.
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA ? (…).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 357 (31145/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 27-12-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les HBM du 16-24, rue Brillat-Savarin, inaugurés en 1924, ils ont été dessinés par les architectes André Arfvidson, Joseph Bassompierre et Paul de Rutte.

[2] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.