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Photographiée à Auschwitz-I, au Block 26, le 3 février 1943,
selon les trois vues anthropométriques de la police allemande.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Lucie Lable naît le 14 mai 1905 à Nevers (Nièvre), deuxième d’une famille de cinq enfants qui se transporte à Tours alors que Lucette a à peine six ans, sans doute parce que le père, peintre en bâtiment, y a trouvé un meilleur emploi. Lucette va à l’école communale jusqu’au certificat d’études, puis apprend le métier de culottière.

En 1923, se marie avec Camille Jean Pécheux. Ils ont fille, Gisèle, puis divorcent, « Lucette » conservant le nom de son mari.

En 1935, elle adhère au parti communiste et y rencontre un jeune militant, Jean Pottier, né le 15 juin 1913 à Tours, menuisier-ébéniste, avec qui elle se met en ménage, à Paris, dans un logement modeste, situé sous les combles d’une maison bourgeoise, au 5 ou 6, rue de l’Odéon. Sa fille Gisèle vit avec eux.

La Résistance

Sous l’occupation, Pottier mène la vie des militants communistes : le jour, il travaille (en dernier lieu, dans un atelier de menuiserie rue Saint-Dominique), la journée terminée, il colle des affiches, transporte des brochures.

Lucette, de son côté, travaille dans un atelier de confection, rue des Arquebusiers. Parallèlement, elle recueille des fonds pour les combattants clandestins, emmagasine des brochures dans une soupente et, bien que son logement soit exigu, héberge les camarades de passage, René Despouy et d’autres.

Lucie Pécheux est arrêtée à la suite de l’affaire de la rue de Buci : le dimanche 31 mai 1942, un groupe de francs-tireurs ameute les ménagères à l’heure du marché – c’est plutôt l’heure de la queue au marché – rue de Buci. L’un d’eux, juché sur une petite voiture, les harangue. En un clin d’œil les éventaires sont renversés, les denrées distribuées. La police cerne le quartier, quatre des hommes sont pris – ils seront guillotinés à la Santé en juillet 1942, Pottier s’échappe. Rien ne prouve que Lucie ait participé à cette manifestation.

L’arrestation

Le 18 juin 1942, à 6 h 30, on frappe à la porte : « Madame Pécheux ? télégramme ». Ce sont les brigades spéciales, Lucette et Pottier sont arrêtés, Gisèle, la fille de Lucette, qui a dix-sept ans, est déjà à son travail : elle fait partie d’une équipe qui commence à six heures. Les policiers vont l’y chercher.

Tous les trois sont emmenés au dépôt. Lors de l’interrogatoire, Lucie Pécheux minimise son rôle dans l’affaire.

Gisèle est relâchée une semaine plus tard. Elle retourne dans le petit logement et, comme les policiers n’avaient pas découvert la soupente, elle en retire les livres et les brochures qu’elle brûle un à un dans le poêle.

Le 10 août 1942, Lucette Pécheux est transférée du dépôt au fort de Romainville [enregistrée sous le matricule 612], en même temps que les hommes de la même affaire qui sont enfermés dans les casemates du fort.

Les hommes de l’affaire sont fusillés

Le lendemains, les mêmes hommes, parmi lesquels Pottier et Despouy, sont fusillés comme otages au Mont-Valérien [en tout, 14 maris ou fiancés de futures “31000” ; d’autres sont fusillés à Souge, près de Bordeaux : 116 en tout].

Au fort de Romainville, Lucie Pécheux confectionne pour sa sœur Marcelle une ceinture brodée avec la citation « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » extraite des Châtiments, de Victor Hugo.

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Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises
et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Auschwitz N° 31633.

Lucie Pécheux meurt au Revier de Birkenau vers le 15 février 1943.

Gisèle n’apprend la mort de sa mère qu’au retour des rescapées. En 1950, elle offre la ceinture brodée par sa mère à Maurice Thorez pour son cinquantième anniversaire.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), page 225.
- Archives communales d’Ivry-sur-Seine, fonds Thorez-Vermeersch.

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 4-05-2012)

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