Léo, Robert, Joseph, Souque-Laforgue naît le 10 ou 13 août 1913 à Bègles (Gironde – 33), fils d’André Souque-Laforgue et de Marguerite Bergez.

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Léo Souque-Laforgue (1913-1942). 
Collection Monic Mercier. Droits réservés.

Le 1er août 1936, il est embauché par la Compagnie du chemin de fer de Paris-Ouest (« P.O. », puis SNCF le 1-01-1938).

À partir de 1937 et jusqu’à son arrestation, il est domicilié au 33, avenue de Rouilly (devenue av. André-Maginot) à Vitry-sur-Seine [1] (Val-de-Marne – 94).

À une date restant à préciser, peut-être à La Réole, il épouse Pilar, appelée couramment Paulette.

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Dans un port de Normandie (Trouville ?) vers 1938, 
de gauche à droite : Léonie Guichard, épouse 
d’un collègue, Robert Mercier, collègue et ami, 
avec son épouse Suzanne et son fils Monic 
(né en 1926) ; 
accroupis à leurs pieds, 
“Paulette” et Léo Souque-Laforgue. 
Collection Monic Mercier. Droits réservés.

Il est chaudronnier aux ateliers de Vitry (Les Ardoines [2]).

Communiste, il est trésorier de cellule.

Dans la clandestinité, il est membre d’un groupe de trois. Selon la police, des réunions se tiennent à son domicile. Il est considéré par les Renseignements Généraux comme un « meneur particulièrement actif ».

Le 23 mars 1941, une perquisition est effectuée à son domicile au cours de laquelle il est trouvé quatre brochures « toutes récentes » (1er trimestre 1941) : La Vie du PartiManifeste du P.C. février 1941Le Parti communiste a vingt ans, Comment se défendre ?

Le 8 avril, Souque-Laforgue est convoqué au commissariat d’Ivry pour être informé qu’il est « tenu responsable par les autorités allemandes des tracts et affiches séditieuses non lacérées » sur un secteur autour de l’église de Vitry.

Le 26 juin 1941, il est arrêté (probablement à son domicile) dans le cadre d’une vague d’arrestations visant 92 militants ouvriers : le préfet de police de Paris a signé les arrêtés ordonnant leur internement administratif. Ces opérations sont menées en concertation avec l’occupant (« sur ordre des autorités allemandes »). Mais une autre source rapporte qu’il est arrêté, avec Gouin, « en diffusant du matériel antiallemand ». Il est rapidement livré aux autorités d’occupation et transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager) [3].

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Léo Souque-Laforgue est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46111, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de dire dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Léo Souque-Laforgue.

On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz ; probablement avant la mi-mars 1943 [4].

(aucun des treize “45000” de Vitry n’est revenu).

Un temps, ses camarades de la SNCF l’ont cru « parti aux organisations Todt en Ukraine ».

Pilar Souque-Laforgue s’est remariée en province.

Une attestation d’activité de Résistance semble avoir été rédigée après la guerre au titre de la Résistance Fer de la France Combattante.

Dans les ateliers de Vitry de la SNCF, le nom de Léo Souque-Laforgue est inscrit sur la stèle érigée « A la mémoire des agents de l’atelier tués par faits de guerre, 1939-1945 », parmi les résistants déportés.

Son nom est inscrit sur le monument « À la mémoire de Vitriotes et des Vitriots exterminés dans lescamps nazis » situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry (« SOUQUE Léo »).

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Une plaque dédiée aux “45000” vitriots a été apposée 
au dos du monument. Elle est parfois masquée par la végétation.
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La plaque apposée pour le 50e anniversaire de la libération 
des camps (avril 1995).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 27-09-2003).

Sources :

- Informations collectées par José Martin (frère d’Angel Martin) pour Roger Arnould (FNDIRP), 1973. 
- Communication de Monic Mercier, fils de Robert Mercier, collègue d’atelier et ami de Léo Souque-Laforgue (06-2008). 
- 1939-1945, La Résistance à Vitry, Ville de Vitry-sur-Seine, 1992, page 19. 
- Hervé Barthélémy, association Rail et Mémoire (journal Notre Métier, de 1946). 
- Archives communales de Vitry-sur-Seine, listes électorales 1937, 1945. 
- Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne ; fiche de police de Léo Souque-Laforgue au commissariat d’Ivry-sur-Seine. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 390 et 420. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2397 (liste des internés communistes). 
- Base de données des archives historiques SNCF ; région Sud-Ouest, agents arrêtés par les autorités allemandes (cote 0303LM0015-002, vues 88-100/339).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-04-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Vitry-sur-Seine : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Les Ardoines : une grande partie des ateliers, déployés sur 15 hectares, est aujourd’hui (2007) désaffectée. Ceux qui sont encore utilisés constituent un centre de maintenance pour les rames de la ligne C du RER.

[3] L’ “Aktion Theoderich : L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur – à l’Ouest comme à l’Est – toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre. Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes – perquisitions à leur domicile et arrestations – et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.

En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. Fin août, 200 d’entre eux font déjà partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

[4] Date de décès inscrite sur les actes d’état civil : Dans les années qui ont suivi la guerre, pris entre l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès pour des déportés et la nécessité d’établir les documentsnécessaires aux familles, les services français d’état civil ou des Anciens combattants et victimes de guerre (pensions) ont souvent fixé des dates fictives, sur la base du témoignage généralement approximatif des rescapés. C’est ainsi qu’a été établie la date du 15 novembre 1942 pour Léo Souque-Laforgue.