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Vers 1936 (?), extrait de la photo ci-dessous. 
© Collection Serge Schneider.

Joseph, Georges, Schneider naît le 23 avril 1898 à Villerupt (Meurthe-et-Moselle – 54), fils de Michel Schneider, 35 ans, journalier, et de Barbe Feldmann, 32 ans, son épouse, tous deux décédés au moment de son arrestation.

Il est engagé volontaire à la fin de la guerre 1914-1918.

Le 1er octobre 1922, à Rombas (Moselle – 57), Joseph Schneider épouse Marie-Jeanne Reyard, née le 10 janvier 1910 à Nilvange (57). Ils ont trois enfants : Gisèle, née le 7 février 1922 à Rombas (Moselle), Serge né le 25 juillet 1924 à Montais-la-Montagne (57) et Jean né le 18 février 1927 à Auboué (Meurthe-et-Moselle – 54). Pendant un temps, la famille a demeuré à Moineville (54).

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Gisèle, Marie-Jeanne, Joseph et Jean Schneider. 
© Collection Serge Schneider.

Durant les années 1930, Joseph Schneider est chef d’équipe à l’usine métallurgique d’Auboué (Société anonyme des hauts fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson). Il est possible qu’il soit conducteur de locomotive dans l’enceinte de l’usine, car c’est la profession qu’il déclarera lors de son enregistrement à Auschwitz (Lokomotivführer).

Vers 1932, Marie-Jeanne Schneider est victime d’un accident qui lui provoque d’abord une paralysie de la jambe avant de s’étendre progressivement.

Syndiqué à la CGTU, Joseph Schneider devient responsable du syndicat CGT réunifié des métaux d’Auboué (54) début 1937.

Le 1er août 1938, son fils Serge entre en apprentissage dans l’usine comme mécano électricien (il avait de très bons résultats scolaires et aurait souhaité devenir médecin).

Le 15 novembre, avec Charles Jacquet et Julien Rebourg, père de Marceau Rebourg, Joseph Schneider est l’un des six délégués de la fédération des Métaux de Meurthe-et-Moselle au congrès de la CGT réuni à Nantes (Loire-Atlantique) à la suite des décrets-lois promulgués par le président du Conseil, Édouard Daladier. Celui-ci a obtenu les pleins pouvoirs et ces décrets-lois sont une attaque directe contre les acquis du Front populaire.

Après l’échec de la grève nationale du 30 novembre 1938, Joseph Schneider est licencié par la société Pont-à-Mousson avec tout les membres du conseil syndical.

En avril 1939, après plusieurs mois de « petits boulots », il devient « gérant de café » (« mécanicien-cafetier »), tenant le Café du Centre (ex-Café International), un café-dancing-restaurant au 1, place de la Poste à Auboué, près du pont sur l’Orne. La famille habite à l’étage, disposant de cinq pièces.

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Le « Café International » en 1924, lors d’une inondation. 
(reproduction transmise par Serge Schneider).

En juillet 1939, le contrat d’apprentissage de Serge n’est pas renouvelé, ce qui l’empêche de poursuivre sa formation jusqu’au C.A.P. En mars 1940, il trouve de l’embauche dans une brasserie d’Homécourt, commune limitrophe.

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Serge Schneider en 1940. © coll. S. Schneider.

Après la dissolution et l’interdiction du PCF, des réunions du Parti devenu clandestin se tiennent dans l’établissement de Joseph Schneider.

Le 20 avril 1940, sa fille Gisèle se marie avec Charles Dô, mineur de fer, alors mobilisé.

Lors de la débâcle, en juin 1940, puis de l’annexion de l’Alsace et la Lorraine, les Schneider restent à Auboué, dans la zone rouge, à quelques kilomètres de la nouvelle frontière. Fait prisonnier de guerre, Charles Dô est conduit dans un Stalag en Allemagne.

De l’autre côté de la frontière, les premiers prisonniers de guerre évadés passent par le Café du Centre, où il reçoivent nourriture et habits. Mais les modestes moyens de la famille Schneider n’y suffisent pas. Aussi, lorsque les habitants d’Auboué rentrent de l’Exode, Joseph Schneider contacte un boulanger, Monsieur Adam, qui accepte de les aider en fournissant pain et vêtements.

En avril ou mai 1941, son fils Serge est recruté par Roger Henry, monteur en charpente métallique, en charge d’organiser des groupes de jeunes dans le secteur pour des actions clandestines consistant d’abord à distribuer des tracts.

En juin 1941, Marie-Jeanne Schneider succombe à la maladie, séquelle probable de son accident à la jambe.

Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1941, le groupe de Serge organise sa première action contre l’occupant en lançant sur les lignes électriques de petits drapeaux tricolores confectionnés par d’autres personnes. Ensuite sont constitués des groupes de trois, dont toutes les réunions se tiennent dans le café. Serge est désigné comme chef de groupe.

Un soir après le couvre-feu, son équipe qui glisse des tracts sous les portes est surprise par une patrouille de gendarmes français qui commence à les poursuivre. Les trois garçons leur échappent en dévalant un ravin descendant vers la rivière. Les gendarmes tirent plusieurs coups de feu dans leur direction sans les atteindre.

Une fois, avec Jean Pacci, leur responsable de secteur, Serge va à Jarny (à 12 km) à bicyclette, pour y chercher des armes. À leur retour devant le café, alors que des gendarmes leur demandent ce qu’il ont dans leurs paniers, Pacci répond « Du beurre » et les gendarmes les laissent passer, pensant certainement a une blague (à moins qu’ils aient été de connivence ?).

Selon les frères Magrinelli, c’est dans l’établissement de Joseph Schneider que le groupe des “voltigeurs” du Haut-Pays se réunit en décembre 1941 et en janvier 1942 pour mettre au point un sabotage qui visera finalement le transformateur électrique de l’usine d’Auboué, lequel alimente également 17 mines de ferdu Pays de Briey. Effectuée avec un relatif succès dans la nuit du 4 au 5 février 1942, cette opération touchant une des sources d’acier de l’industrie de guerre allemande déclenche plusieurs vagues d’arrestations pour enquête et représailles dans le département, qui finiront par désigner des dizaines de futurs “45000”.

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Avis allemand promulgué par le chef de la région militaire
“C” (nord-est ; basée à Dijon) le 24 février 1942. 
(doc. extrait du livre des frères Magrinelli ; voir Sources)

Après que la brasserie où il travaillait ait dû fermer, Serge Schneider a fini par trouver du travail dans l’usine voisine d’Homécourt et vient précisément d’achever sa première journée de travail ce 5 février. À 17 heures, en rentrant au café paternel, il retrouve René Favro et Maurice Froment qui lui apprennent le sabotage du transformateur de l’usine d’Auboué. À peine ont-ils discuté quelques minutes que la maison est cernée par la gendarmerie française et des inspecteurs de police. Ceux-ci envahissent le café : personne ne doit bouger (Serge et ses deux camarades restent attablés). S’ensuit une perquisition dans toutes les pièces. Dans la chambre de Serge est trouvé un paquet de tracts qu’un camarade aurait dû venir chercher deux jours auparavant. Les trois garçons sont conduits à la prison de la gendarmerie d’Auboué, puis transférés le lendemain à la Maison d’arrêt de Briey.

Compte-rendu de l’administration française : « Une perquisition effectuée chez le jeune Schneider Serge a amené la découverte d’un paquet de tracts. Les policiers ayant estimé qu’une perquisition chez le père de ce jeune homme, propriétaire d’un débit, pouvait être fructueuse, s’y rendirent et y trouvèrent quatre sympathisants communistes dont les noms correspondaient aux initiales trouvées sur une liste de distribution dressée par le jeune Schneider. Le sous-préfet ajoute que les perquisitions et les recherches continuent. » Le directeur du cabinet du préfet de Meurthe-et-Moselle propose à son supérieur « de donner aux Allemands la liste des six communistes » arrêtés dans cette affaire : Serge et Joseph Schneider, René Favro, Maurice Froment et deux femmes, Emma P. et Elide C.

Le 7 février au matin, Joseph Schneider est arrêté puis inculpé de « menées communistes » par la 15e brigade régionale la police judiciaire venue de Nancy. Mais l’affaire échappe à la police française. Le jour même, un car attend 19 détenus à la porte de la prison de Briey. Une douzaine de Feldgendarmes les encadrent pour les conduire à la Maison d’arrêt Charles III, à Nancy. Joseph Schneider est mis directement au secret, le reste du groupe étant séparé pour occuper deux cellules.

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Nancy. La prison Charles III. Carte postale écrite en août 1915. 
Collection Mémoire Vive.

Une semaine après, Serge Schneider est conduit à la Kommandantur de Nancy pour y subir un interrogatoire musclé : les militaires allemands veulent savoir à qui était destiné le paquet de tracts trouvé dans sa chambre. Serge ne lâche aucune information. Il est ramené dans leur cellule collective avec le visage en sang. Maurice Favro, qui l’a pris sous son aile, le soigne à plusieurs reprises.

Le 3 mars 1942, les 19 détenus sont conduits à la gare de Nancy sous les crachats d’une foule faisant la haie et les traitant de terroristes. Serge retrouve son père. Leur escorte allemande leur dit que si les saboteurs du transformateur ne sont pas trouvés, ils seront fusillés.

Ils arrivent à la gare de Compiègne (Oise – 60) dans la soirée et sont conduits au camp allemand de Royallieu, administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Trois jours plus tard, à l’appel du soir, ils assistent au départ de trois otages devant être fusillés – Corentin Cariou, Jean Baptiste Réchaussière et Pierre Rigaud – et participent à La Marseillaise collective lancée par l’organisation clandestine des détenus.

Dès leur arrivée, ils ont été pris en charge par celle-ci, plus particulièrement Serge qui – n’ayant pas 18 ans – reçoit de la solidarité une soupe et une ration de pain supplémentaires qu’il partage avec son père et ses camarades.

Dans le courant d’avril, Serge est appelé au bureau du chef de camp. Un peu étonné, il s’y rend accompagné de son père, qui doit rester devant la porte. À l’intérieur, un officier allemand l’interroge de nouveau sur le paquet de tracts trouvé dans sa chambre et il répond encore qu’il ne connaissait pas la personne devant venir le chercher. À la fin de l’interrogatoire, l’officier lui demande pourquoi il se prénomme Serge : « Serge, c’est un nom russe ! » À peine le garçon a-t-il répondu qu’il l’ignore que l’Allemand lui assène un violent coup de poing sur le nez, assez fort pour le faire saigner. Joseph Schneider, qui a tout vu à travers la vitre, veut intervenir, mais le soldat placé devant la porte l’en empêche en pointant sa baïonnette.

La vie au camp reprend, puis, le 5 mai, à l’appel du soir, Serge Schneider est invité à prendre ses affaires pour partir vers une destination inconnue. Le “doyen” des détenus, Georges Cogniot le rejoint alors dans sa chambrée. Pendant qu’il prépare sa valise, il lui demande pourquoi il a été arrêté, quelle était l’activité de son père. Après les explications de Serge, il lui souhaite beaucoup de courage et lui donne un paquet de cigarettes, que le jeune homme remet ensuite à son père, lequel est particulièrement inquiet du sort réservé à son fils. À la fin de l’appel, deux soldats allemands viennent chercher Serge pour le conduiredans une baraque proche de la sortie du camp. Seul dans la pièce, Serge découvre, gravé sur les parois de celle-ci, des noms et des inscriptions comme « mort à Hitler », « Pétain collabo » et « Nous allons mourir demain pour la liberté ». Il ne peut trouver le sommeil de toute la nuit, appréhendant d’être le prochain fusillé.

Le lendemain matin, avant que le jour se lève, un Feldgendarme vient le chercher, lui met les menottes et ils passent dans un bureau de l’administration d camp : Serge est rayé des effectifs. Puis ils partent à pied jusqu’à la gare de Compiègne pour y prendre le train. Arrivé à Amiens, Serge est conduit devant un tribunal militaire composé d’officiers allemands. Le jugement dure un quart d’heure et Serge se voit annoncer une condamnation à trois mois de prison. Par l’intermédiaire d’un interprète, le président demande alors à Serge s’il a quelque chose à ajouter. Celui-ci ayant répondu que c’était beaucoup, l’officier réduit la condamnation à six semaines, tout en riant et en disant que c’était « Ganz egal » (ça ne change pas grand-chose…). Le soir même de ce 6 mai, Serge est ramené au camp de Royallieu. Mais le soldat qui l’escorte ne le fait pas passer par les bureaux administratifs : il n’est donc pas réintégré dans l’effectif…

Entre fin avril et fin juin 1942, Joseph Schneider est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler). Rayé des listes, son fils Serge échappe au transport qui se prépare.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Joseph Schneider est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46258 (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Joseph Schneider est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

À une date inconnue, il est admis au Revier de Birkenau (Block n° 8 – en brique – du secteur BIb). Le 24 novembre, alors qu’il se trouve dans la chambrée (Stube) n° 3 en même temps que Fressineau, il reçoit six gouttes d’anisine, un bactéricide. Le lendemain, on donne à chacun d’eux 15 grains de « Bol blanc » (bolus alba – du kaolin), une terre argileuse qui adoucit les acidités d’estomac. Même traitement le 27 et, enfin, deux tablettes de charbon (Kohle) le 28 ; le tout semblant indiquer qu’on le soigne pour dysenterie. Dans ce dispensaire, le SS-Rottenführer Franz Schulz exécute des détenus avec une injection mortelle dans le cœur…

Joseph Schneider meurt le 29 novembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp, qui indique pour cause de sa mort une « pneumonie » (« Lungenentzündung »).

Serge

Resté au camp de Royallieu, Serge Schneider a été pris en charge par les détenus de Meurthe-et-Moselle n’ayant pas été déportés le 6 juillet et qui le font venir dans leur bâtiment, le n° A4.

Après qu’une tante habitant près de Dijon soit venue déposer un paquet au camp à son nom, Serge apprend qu’il ne plus partie des effectifs par des camarades travaillant « aux colis ». Il se fait alors reconnaître en effectuant une démarche auprès du nouveau chef de camp, signant une déclaration sur l’honneur selon laquelle il y est bien interné.

Début décembre 1942, officiellement réintégré au camp, il est conduit à la Maison d’arrêt de Compiègne pour y purger sa peine de six semaines d’emprisonnement.

Le 24 janvier 1943, quelques jours après son retour au Frontstalag, Serge est déporté dans le convoi dirigé vers le KL Sachsenhausen, où il est enregistré sous le matricule n° 59374.

Après discussion parmi les nouveaux arrivants, un groupe décide de ne pas travailler en usine. Ils se déclarent travailleurs du bâtiment. À l’issue de la période de quarantaine (aux Blocks 37 et 38), ils sont affectés dans des Kommandos devant creuser des tranchées. Au cours des deux mois suivants, plusieurs d’entre eux meurent sous les coups.

Puis, les autorités du camp affectent tous les anciens ouvriers d’usine déportés depuis la France auKommando de l’usine d’aviation Heinkel, hall n° 3. Serge travaille à la colonne 5, un atelier de soudure (poste n° 54). Un de ses amis, Raymond Fétiveau, qui a travaillé à Bordeaux dans une usine d’aviation et connaît le métier, lui en apprend la technique. Toute la journée, en semaines alternées jour/nuit, Serge Schneider fixe quatre œillets sur des tubes entrant dans la fabrication des ailes d’avion. En septembre 1943, il est convoqué par le commandant SS qui l’accuse de sabotage. Bien qu’il ait expliqué sa maladresse du fait qu’il n’était pas soudeur de profession, la sanction tombe : deux semaines de Kommandodisciplinaire au cours desquelles, chaque soir après l’appel, il lui faut en plus marcher jusqu’à épuisement avec 15 kilos sur le dos. À cet effet, les SS ont fait aménager un parcours spécial autour de la place d’appel : 10 mètres de cailloux, 10 mètres de boue, 10 mètres de sable et ainsi de suite. Chaque jour, on lui donne une paire de chaussures différente destinée aux soldats allemands partant pour le front : il s’agit d’assouplir ces chaussures neuves, d’en “casser le cuir”, afin que les soldats n’aient pas les pieds blessés. Seule la solidarité de ses camarades permet à Serge de tenir le coup : régulièrement, il reçoit une ration de soupe ou un morceau de pain supplémentaire. Puis, il est de nouveau affecté à l’usine.

Fin janvier 1945, Charles Désirat, responsable du groupe français de la Résistance dans le camp, lui apprend la disparition de son père à Auschwitz, information probablement transmise par un des trente “45000” rescapés [1] transférés depuis d’Auschwitz le 29 août 1944 ?).

En janvier 1945, Serge Schneider est transféré au hall n° 8, affecté à la fabrication de cylindres pour « gazogènes » permettant de faire rouler des camions au charbon de bois. Le 17 janvier, cherchant un calibre au milieu des empilements de tôles, un de ceux-ci-ci tombe sur sa jambe droite. Il est emmené à l’infirmerie du Kommando, puis à l’hôpital du KL. Plusieurs jours après, le médecin détenu français qui le soigne, le Docteur Coudert, lui annonce qu’il a la rotule fracturée et que le traitement sera long. Serge se voit d’abord poser un plâtre sur toute la jambe, puis un second qui lui tient uniquement le genou. Le docteur essaye de faire durer sa convalescence le plus longtemps possible afin de lui permettre de se retaper, car le jeune homme ne pèse plus que 35 kilos.

Le 12 ou le 13 avril, Serge doit retourner travailler et il est intégré dans le Kommando de l’entreprise Klinker [2]. L’usine est bombardée par l’aviation anglaise (RAF) dès son arrivée : plus de mille détenus succombent.

Le camp est évacué le 21 avril 1945 : les SS encadrent les colonnes de détenus dans une marche forcée. Charles Désirat et un autre camarade soutiennent chacun par un bras le jeune garçon, qui boite fortement, lui permettant de tenir jusqu’au soir. Au cours de la nuit, une partie (?) de la colonne dort sur une place sous la pluie. Le lendemain, Serge est dans un groupe de cinq détenus dans l’incapacité de marcher. Les gardiens SS les font entrer dans une grange voisine. Ils y attendent dans l’inquiétude, sachant que la veille plusieurs camarades ne pouvant plus suivre avaient été assassinés d’une balle dans la tête. Après le départ de la colonne, un soldat allemand entre dans la grange. C’est Hans, un ancien détenu du camp qui a travaillé avec Serge à la colonne 5. Les deux anciens compagnons se serrent la main et le soldat annonce tout de suite : « Vous cinq pas fusillés ; prison ». Ils sont conduits à la Maison d’arrêt de Neuruppin, où le directeur leur déclare qu’ils seront bien nourris. Effectivement, ils auront suffisamment à manger dans les jours suivants.

Le 30 avril à midi, le directeur les libère en leur disant que la guerre est finie et leur indique plusieurs directions pour rejoindre les alliés. Lorsqu’ils arrivent au village suivant, la nuit est tombée, Ils se posent dans le premier coin abrité pour y dormir. Quand ils se réveillent le lendemain, ils sont étourdis, saouls d’alcool : ils viennent de dormir dans une distillerie. Des soldats soviétiques occupent effectivement le petit village. C’est le 1er mai 1945. Les Russes leur font comprendre qu’ils ne peuvent pas s’occuper d’eux et ils restent quelques jours dans un camp de prisonniers. Après le 8 mai, ils sont évacués en zone britannique. Il leur faut alors chercher de la nourriture dans les maisons détruites de Magdeburg. Pour leur rapatriement en France, ils refusent catégoriquement de monter dans des wagons à bestiaux, obtenant finalement de voyager dans des voitures de troisième classe. Ils passent par la Hollande et la Belgique, sont démobilisés à Hirson, puis Paris où Serge dort chez son camarade Pierre Gouffaut. Le lendemain, il prend le train à la Gare de l’Est, décidant de voyager en première classe. Mais il fait le voyage dans le couloir : bien qu’il porte encore sa tenue rayée de concentrationnaire et qu’il ne pèse guère plus de 40 kg, aucun passager ne songe à lui céder sa place. Arrivé à Briey, il achève son périple en marchant six kilomètres jusqu’à Auboué malgré son boitillement.

Après son retour, Serge Schneider passe dix-huit mois en sanatorium, pour une tuberculose contractée au camp. Il ne peut reprendre une vie professionnelle qu’en 1952.

Gisèle

Gisèle Schneider, épouse Dô, également engagée dans la Résistance, est déportée au KL Ravensbrück dans un convoi de 143 femmes qui part de Paris le 29 août 1943 et arrive à destination le 2 septembre (matricule n° 22360). Ces détenues sont ensuite transférées – surtout en octobre 1943 – au Kommando de Neubrandenbourg, situé dans le Mecklembourg, à une soixantaine de kilomètres de la Baltique, pour travailler dans une usine d’aviation. Le Kommando est abandonné à la fin du mois d’avril 1945 et Gisèle survit à cette évacuation.

Jean

Pendant cette période, Jean, le plus jeune des enfants Schneider, est pris en charge par Monsieur et Madame Dô, les parents de son beau-frère.

…Joseph

Joseph Schneider est déclaré Mort pour la France.

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Collection Denis Martin – ARMREL.

Serge Schneider, son fils, décède à son domicile, entouré de ses proches, le 10 novembre 2013, des suites d’une mauvaise chute et des séquelles de sa tuberculose contractée au camp de Sachsenhausen.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 74, 367 et 420. 
- Cl. Cardon-Hamet, Mille otages pour Auschwitz, Le convoi du 6 juillet 1942 dit des “45000”, éditions Graphein, Paris nov. 2000, page 117, liste page 529. 
- Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle, Nancy, cotes W1277/60 et WM 312 (recherches de Daniel Dusselier). 
- Jean-Claude et Yves Magrinelli, Antifascisme et parti communiste en Meurthe-et-Moselle, 1920-1945, Jarville, avril 1985, pages 101, 122, 242, 246, 345. 
- Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, site internet, archives en ligne, registre des naissance de Villerupt, année 1898, cote 2 Mi-EC 579/R2, acte n° 96, vue 672/916. 
- Serge Schneider (messages 09 et 10-2013) ; témoignages sur le site du collège Berty Albrecht de Sainte-Maxime (Var) et sur le site Civis memoria« Vous l’avez vécu : racontez-le ». Message de Guillaume Nicolas, petit-fils de Serge par sa fille Michelle (11-2013). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1086. 
- Acte de décès à Auschwitz (42136/1942) et registre de délivrance de médicaments de l’infirmerie de Birkenau, Archives du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau (Archiwum Państwowego Muzeum Auschwitz-Birkenau – APMAB), Oświęcim, Pologne ; Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach). 
- Irena Strzelecka, Les hôpitaux dans le camp de concentration d’Auschwitz, in Auschwitz 1940-1945, tome 2, Les détenus – La vie et le travail, chap. 9, p. 364-365, éditions du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, 2011. 
- Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004 : concernant Serge Schneider, son fils, I.74, tome 1, pages 202, 577 et 579, 645 ; concernant Gisèle Dô, sa fille, I.126, tome 2, pages 1033 et 1035.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 6-01-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous dispose (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Les trente d’Auschwitz vers Sachso : (ordre des matricules, noms de G à P) Georges Gourdon (45622), Henri Hannhart (45652), Germain Houard (45667), Louis Jouvin (45697), Jacques Jung (45699), Ben-Ali Lahousine (45715), Marceau Lannoy (45727), Louis Lecoq (45753), Guy Lecrux (45756), Maurice Legal (45767), Gabriel Lejard (45772), Charles Lelandais (45774), Pierre Lelogeais (45775), Charles Limousin (45796), Victor Louarn (45805), René Maquenhen (45826), Georges Marin (45834), Jean Henri Marti (45842), Maurice Martin (45845), Henri Mathiaud (45860), Lucien Matté (45863), Emmanuel Michel (45878), Auguste Monjauvis (45887), Louis Mougeot (45907), Daniel Nagliouk (45918), Émile Obel (45933), Maurice Ostorero (45941), Giobbe Pasini (45949), René Petijean (45976) et Germain Pierron (45985).

[2] Klinker : ce Kommando est créé le 28 avril 1941 juste à côté du KL Sachsenhausen pour y installer une briqueterie. Mais celle-ci n’occupe que le quart de l’immense rectangle de 850 mètres sur 500 tracé à l’origine. Par ailleurs, dès 1942, une moitié de l’usine est affectée à la fabrication des grenades dePanzerfaust. Le 10 avril 1945, un bombardement allié détruit entièrement l’usine et le Kommando. Source :Livre-Mémorial de la FMD.