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Collection Stéphanie Coutant. 
Droits réservés.

Jean-Marie Prugnot naît le 19 août 1888 à Dornes (Nièvre – 58), fils de François Prugnot, facteur, et de Marie Chamoux, son épouse.

À l’âge de 7 ans et demi, son père le loue comme domestique de ferme parce qu’il ne gagne « pas assezpour nourrir toute la nichée ».

Mobilisé au cours de la guerre 1914-1918, Jean-Marie Prugnot en revient décoré de la Croix de guerre.

Le 19 juillet 1919 à Simorre (Gers – 32), il épouse Anaïs, Francine, Laveran, née dans cette commune le 29 octobre 1890 (28 ans), infirmière, puis surveillante. Ils auront deux enfants : Emmanuel, né le 2 février 1924, et Éliane, née le 8 février 1928, tous les deux à la maternité de Port-Royal (Paris 14e).

En 1924, dès la première naissance, les parents sont domiciliés au 10bis, avenue de Bonneuil à Limeil-Brévannes [1] (Val-de-Marne – 94), dans un pavillon dont ils deviendront propriétaires.

Jean-Marie Prugnot fait carrière comme infirmier, employé de l’Assistance publique, notamment à l’hôpital Saint-Antoine à Paris 12e, puis à l’hôpital Émile-Roux de Limeil-Brévannes, où son épouse travaillera également et qui est un important foyer d’activité communiste. Jean Marie Prugnot est syndiqué à la CGT.

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Hôpital de Limeil-Brevannes. Les bâtiments construits en 1907. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Au moment de son arrestation, Jean-Marie Prugnot est retraité, après trente ans de carrière.

Militant communiste actif, membre du comité de section, secrétaire-adjoint de la cellule Maxime Gorkide la commune, membre de l’association France–URSS, Jean-Marie Prugnot est élu conseiller municipal de Limeil-Brévannes le 17 mai 1935, sur la liste dirigée par Marius Dantz [2].

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Limeil-Brévannes. La mairie et les écoles dans les années 1910. 
Carte postale. Collection Mémoire-Vive.

Il est certain que Jean-Marie et Francine-Anaïs Prugnot sont en contact militant avec Marie Le Naourès [3], infirmière à l’hôpital Émile-Roux, Henri Métais [4], agent hospitalier, Angèle Le Hen, infirmière, et son mari, Pierre Le Hen [5], dirigeant la section de Limeil du PCF.

Le 4 octobre 1939, le conseil municipal de Limeil-Brévannes est dissous (suspendu ?) et le préfet de Seine-et-Oise désigne une “délégation spéciale” pour le remplacer

Au début 1940, comme d’autres élus, Jean-Marie Prugnot est déchu de son mandat municipal pour appartenance au Parti communiste, en application de la loi votée le 20 janvier.

Le 2 janvier 1940, Jean-Marie Prugnot est signalé (?) au préfet, en même temps que François Malard, de Paray-Vieille-Poste.

Sous l’occupation, la police française considère que Jean-Marie Prugnot poursuit son activité dans la clandestinité, « signalé à plusieurs reprises au cours de ces derniers mois pour sa propagande en faveur du parti dissous ».

Le 20 octobre, il est convoqué au commissariat de circonscription de Villeneuve-Saint-Georges où lui est adressé un avertissement « lui enjoignant de s’abstenir de toute activité politique », précisant « qu’en cas de jet ou d’affichage de tracts sur le territoire de sa résidence, il sera immédiatement considéré comme responsable et appréhendé », conformément à l’arrêté préfectoral du 19 octobre 1940 [6]. Jean-Marie Prugnot signe le procès-verbal dactylographié qu’on lui présente.

Un mois plus tard, le 20 novembre, des tracts sont effectivement distribués et apposées à Limeil-Brévannes. Jean-Marie Prugnot est aussitôt arrêté et conduit au commissariat de Villeneuve-Saint-Georges, où une notice individuelle est remplie à son nom.

Le 26 novembre, le préfet de Seine-et-Oise signe un arrêté ordonnant son internement administratif au centre de séjour surveillé d’Aincourt (Val-d’Oise – 95).

Jean-Marie Prugnot est rapidement transféré dans ce camp, créé au début du mois d’octobre dans lesbâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt. Il y retrouve Henri Métais, partageant la même chambre en mars 1941.

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Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930. 
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Au verso d’une carte postale identique à celle reproduite ci-dessus, Jean-Marie Prugnot demande à sa fille Éliane si elle reconnaît le pavillon, « celui du milieu », où elle est venue avec sa mère à l’occasion d’une précédente visite.

Conçus à l’origine pour 150 malades, les locaux sont rapidement surpeuplés : en décembre 1940, on compte 524 présents, 600 en janvier 1941, et jusqu’à 667 au début de juin.

Dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940, quand le camp est bombardé par un avion, une bombe tombe juste à côté de la chambre de Jean-Marie Prugnot, sans dommage pour lui.

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Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte 
montrant les points d’impact après le bombardement 
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940. 
Arch. dép. des Yvelines, cote 1W71.

L’épouse de Jean-Marie Prugnot, Anaïs, lui écrit environ trois fois par semaine et lui adresse très régulièrement des colis constitués de nourriture, parfois même de plats préparés, ainsi que les quelques effets ou objets de la vie quotidienne qu’il lui demande.

Le 5 janvier 1941, les autorités françaises autorisent une première visite, mais le temps épouvantable (neige) empêche Anaïs de se rendre à Aincourt.

Anaïs Prugnot est également menacée d’internement. Dans la nuit du 8 au 9 janvier 1941, des militants communistes lancent dans les rue de Limeil-Brévannes des exemplaires de L’Humanité clandestine et des tracts intitulés « Victoire des jeunes d’Ivry ». Après enquête, il résulte que ce journal et ces tracts ont été lancés par des employés du sanatorium habitants Paris. En représailles, le commissaire de police de Villeneuve-Saint-Georges désigne Auguste Gouezo pour l’internement administratif (« L’internement n’a pas eu lieu en raison de difficultés routières – temps de neige »). De son côté, la brigade de gendarmerie du Raincy prend l’initiative de proposer au commissaire six personnes supplémentaires pour l’internement administratif, parmi lesquelles Mesdames Métais, Le Hen et Francine Prugnot, « militante communiste ». Lors de la remontée hiérarchique du procès-verbal, un cadre de la gendarmerie y ajoute : « La question de l’internement administratif des femmes professant des idées communistes serait à envisager ».

Le 2 février après qu’une seconde autorisation ait été accordée, épouse et enfants peuvent enfin rendre visite à Jean-Marie Prugnot, mais le trajet aller-retour depuis Limeil-Brévannes se révèle très compliqué.

Le 28 mars, Madame Prugnot écrit au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter une nouvelle autorisation de visite pour elle et ses enfants, qui pourraient alors profiter des vacances de Pâques ; dans ce courrier officiel, elle prénomme son mari « Jean ».

Le 10 avril, à 7 heures du matin, Emmanuel (« Manu »), son fils, 17 ans, étudiant, est arrêté chez lui pour distributions de tracts, affiches et journaux antinazis, et conduit à la prison Saint-Pierre de Versailles à la demande du tribunal militaire allemand de la Feldkommandantur 758 à Saint-Cloud qui le condamne à deux mois d’emprisonnement. À la mi-mai, Emmanuel est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes, probablement écroué au quartier des mineurs. Il sera libéré le 14 juin. Il trouve alors du travail comme employé de banque.

Le 10 juin, Anaïs et Éliane rendent une dernière visite à Jean-Marie à Aincourt. La famille est réunie quelques heures.

Le 27 juin 1941, Jean-Marie Prugnot fait partie d’un groupe de 88 internés communistes de Seine-et-Oise – dont 32 futurs “45000” – remis aux “autorités d’occupation” et conduits à l’Hôtel Matignon, à Paris, – alors siège de la Geheime Feldpolizei – où ils sont rejoints par d’autres détenus, arrêtés le même jour et les jours suivants dans le département de la Seine [7]. Tous sont ensuite menés au Fort de Romainville (sur la commune des Lilas – 93), élément du Frontstalag 122. Considérés comme étant en transit, ils ne sont pas enregistrés sur les registres du camp [8].

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L’enceinte du camp allemand était complétée d’un mirador 
surplombant la porte depuis l’intérieur de l’enceinte. 
Carte postale des années 1900. Coll. Mémoire Vive

Trois jours plus tard, les hommes rassemblés sont conduits à la gare du Bourget (Seine-Saint-Denis – 93) et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par laWehrmacht (Polizeihaftlager). Pendant la traversée de la ville, effectuée à pied entre la gare et le camp, la population les regarde passer « sans dire un mot, sans un geste. Tout à coup nous entonnons La Marseillaise et crions «  Des Français vendus par Pétain » [9]. Ils sont parmi les premiers détenus qui inaugurent ce camp créé pour les « ennemis actifs du Reich ». Jean-Marie Prugnot y est enregistré sous le matricule 864. Pendant un temps, il est assigné au bâtiment A6.

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Le quartier “A” de la caserne de Royallieu à Compiègne, 
futur “camp des communistes” du Frontstalag 122 ; 
à droite, sont visibles les bâtiments A4, A5, A6, A7 et A8. 
Carte postale des années 1930. Collection Mémoire Vive.

Dix mois plus tard, le 5 mai, le préfet de Seine-et-Oise transmet au Conseiller supérieur d’administration de guerre [sic] de la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud une liste d’anciens internés d’Aincourt à la libération desquels il oppose un avis défavorable – « renseignements et avis formulés tant par [ses]services de police que par le directeur du centre de séjour surveillé » ; liste accompagnée de « notes » individuelles avec copie traduite en allemand, dont celle concernant Jean-Marie Prugnot.

Entre fin avril et fin juin 1942, celui-ci est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

L’épouse et les enfants de Jean-Marie Prugnot prennent connaissance de son départ de Royallieu en se voyant retournées leurs lettres envoyées les 3 et 11 juillet.

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Collection Stéphanie Coutant. Droits réservés.

Le 8 juillet, Jean-Marie Prugnot est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46023 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [10]).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Jean-Marie Prugnot.

Il meurt à Auschwitz le 14 octobre 1942, selon l’acte de décès du camp (seul document retrouvé). Il a 54 ans.

Emmanuel, son fils, après avoir été libéré par les Allemands, a été convoqué le 18 juillet 1941 par le juge d’instruction du tribunal de Corbeil pour la même affaire de distribution de tracts. Le 22 juillet, le tribunal correctionnel l’a condamné à trois mois d’emprisonnement avec sursis et à 25 Francs d’amende. Par un arrêté du préfet de Seine-et-Oise signé le 4 août, il a été astreint à résidence à Limeil-Brévannes, sa commune de domicile.

Suite à un arrêté collectif signé le 24 septembre, Emmanuel Prugnot a été interné au camp de Pithiviers (Loiret) trois jours plus tard. Le 10 mai 1943, les renseignements généraux ont transmis au préfet de Seine-et-Oise un avis favorable à sa libération. Il a été libéré par un arrêté du 8 juin.

Refusant son envoi vers le Reich dans le cadre du Service de travail obligatoire (S.T.O.), Emmanuel Prugnot a ensuite rejoint le maquis, participant à la libération des départements de la Mayenne et de l’Ille-et-Vilaine au sein des Forces française de l’intérieur (FFI) avec le grade de lieutenant.

En 1944, après la Libération, Anaïs Prugnot est membre du conseil municipal provisoire de Limeil-Brévannes. Le 29 avril 1945, tête de liste, elle est élue conseillère municipale sur la liste d’Unité républicaine, antifasciste, sous l’étiquette de l’Union des femmes françaises (UFF). Réélue le 19 octobre 1947, elle siège jusqu’en 1953 au sein de la municipalité dirigée par Marius Dantz, maire.

Le 23 juillet 1946, le conseil municipal de Limeil-Brévannes, rendant simultanément hommage à plusieurs patriotes victimes de leur engagement, dénomme rue Jean-Marie Prugnot l’ancienne avenue de Bonneuil – perpendiculaire à l’hôpital -, où il demeurait.

Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de la ville et et sur celui du personnel de l’hôpital Émile-Roux

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Photographie Chantal Kroliczak.
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Photographie Chantal Kroliczak.
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(avant-dernier nom des morts 1939-1945 à droite) 
Photographie Chantal Kroliczak.

Enfin, dans le carré des « Morts pour la France » du cimetière communal, une plaque porte également le nom de Jean-Marie Prugnot, conseiller municipal.

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Photographie Chantal Kroliczak.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. n° 91 du 18 avril 1998).

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La nouvelle plaque de rue à Limeil-Brévannes, inaugurée 
le 15 septembre 2012, dans le cadre des Journées du Patrimoine. 
Photographie Étienne Égret. Droits réservés.

Sources :

- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières, CD-rom, version 3.61, 1990-1997, citant : Arch. Dép. Seine-et-Oise, 2 M 30/54, 1 W 72, 77, 148, 221 ; le Maitron en ligne/Université Paris-I pour Anaïs Prugnot et Henri Métais. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 388 et 418. 
- Sachso, Amicale d’Orianenburg-Sachsenhausen, Au cœur du système concentrationnaire nazi, Collection Terre Humaine, Minuit/Plon, réédition Pocket, mai 2005, page 36 (sur le transfert depuis Aincourt des 88 de Seine-et-Oise, fin juin 1941). 
- Gérard Bouaziz, La France torturée, collection L’enfer nazi, édité par la FNDIRP, avril 1979, page 262 (sur les arrestations du 27 juin 1941). 
- Chantal Kroliczak et Stéphanie Coutant, arrière-petite-fille de Jean-Marie Prugnot, archives administratives et familiales (messages 08/10-2012). 
- Limeil-Brévannes, son histoire, brochure éditée par la Ville de Limeil-Brévannes à |’occasion des Journées européennes du Patrimoine, septembre 2012, pages 20 et 21. 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W76, 1W80 (relations avec les autorités allemandes), 1W148 (dossier individuel). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 969 (35897/1942). 
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), carton “Association nationale des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes (7440).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 14-10-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Limeil-Brévannes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine-et-Oise (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Marius Dantz. Né le 17 décembre 1897 à Paris 1er. Arrêté par la police française le 17 septembre 1940, avec Henri Metais et Armand Fresnau, puis interné au camp d’Aincourt. Il retrouve son siège de maire à la Libération. Élu maire en 1945 et 1947, il est battu en mai 1953. Dantz – toujours membre du PCF – décède le 29 janvier 1963. (source : Le Maitron en ligne)

[3] Marie Le Naourès. Née en 1890 dans le Morbihan, Marie a exercé la profession d’infirmière à l’hôpital Émile Roux pendant 27 ans. Sympathisante du Parti Communiste Français, cette mère de deux enfants y milite très activement en vendant L’Humanité et en donnant des cours de syndicalisme à son domicile. Parallèlement, cette femme engagée avait adhéré en 1935 à la section brévannaise du Comité mondial des femmes contre la guerre, dissous en 1939. Arrêtée le 15 juillet 1942 pour détention de deux opuscules « en faveur du Bolchevisme », elle sera jugée et incarcérée pendant dix-huit mois à la prison pour femmes de Rennes (Ille-et-Vilaine). À la Libération, Marie revient à son domicile dans un grand état d’épuisement. Aussitôt hospitalisée dans l’établissement où elle avait travaillé, elle y décède le 13 juin 1945. Le 23 juillet 1946, le conseil municipal de Limeil-Brévannes rend hommage au courage de Marie Le Naourès en donnant son nom au rond-point situé devant l’entrée principale de l’hôpital. (notice de Chantal Kroliczak)

[4] Henri Métais. Né le 23 mai 1904 à Chailles (Loir-et-Cher). Élu conseiller municipal communiste puis 4e adjoint lors d’une élection complémentaire en 1938, déchu de son mandat en 1939, il est interné le 14 octobre 1940 à Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) puis transféré dans différents camps français jusqu’à la Libération. En 1945, il est réélu conseiller municipal de Limeil et premier adjoint, siégeant jusqu’en 1953. Resté communiste jusqu’à son décès, le 25 décembre 1986, il est un des animateurs de l’Amicale des anciens de Châteaubriant-Voves.

[5] Pierre Le Hen, né le 27 novembre 1894 à Inguiniel (Morbihan). Croix de Guerre 1914-1918, conseiller municipal de Limeil-Brévannes, est arrêté le 13 octobre 1940 par la police française. Après avoir été interné dans différents camps français pour aboutir au centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir), il est remis aux autorités d’occupation, interné au Frontstalag 122 de Royallieu à Compiègne et déporté le 21 mai 1944 au KL Neuengamme (matr. 31207), près de Hambourg, où il meurt moins d’un mois plus tard, le 19 juin.

Angèle Le Hen, née Rappeneau le 9 mars 1894 à Saint-André-en-Morvan (Nièvre). Après l’arrestation de son mari, elle s’engage dans la clandestinité au sein des FTPF (Francs-Tireurs Partisans Français) sous le pseudonyme de « Jeanne », affectée comme agent de liaison entre différents services de la Résistance, transportant notamment des armes. Arrêtée le 3 juillet 1943 et torturée, elle est déportée le 15 novembre suivant comme détenue NN (Nacht und Nebel – Nuit et Brouillard) vers les prisons d’Aix-la-Chapelle, de Prüm, transférée à la forteresse de Breslau, puis au KL Ravensbrück (camp de concentration pour femmes et enfants) en septembre 1944. Libérée par la Croix-Rouge le 10 avril 1945, elle meurt quelques jours plus tard à l’hôpital de de Munsterlingen, en Suisse, derrière la frontière.

Le 23 juillet 1946, le Conseil municipal de Limeil-Brévannes décide de donner le nom de Pierre et Angèle Le Hen à l’avenue des Acacias.

Sources : Mesdames Colette Guyomarch et Nicole Savine, filles des époux Le Hen ; Étienne Égret, secrétaire du Comité du souvenir du camp de Voves. Laurent Thiery, Livre-Mémorial de la FMD, t. 2, p. 1272, convoi I. 57 ; Thomas Fontaine, Gérard Fournier, Guillaume Quesnée, Livre-Mémorial de la FMD, t. 3, pp. 658, 704, convoi I. 214.

[6] L’arrêté préfectoral du 19 octobre 1940 :


CABINET du PRÉFET de SEINE-et-OISE

Versailles, le 19 octobre 1940

Le PRÉFET de SEINE-et-OISE, OFFICIER de la LÉGION d’HONNEUR,

Vu le décret-loi du 26 septembre 1939 ;

Vu la loi du 3 septembre 1940 ;

Considérant que la diffusion de tracts est interdite par les ordonnances des autorités d’occupation et par les lois françaises et qu’elle est, à ce double titre, illégale ;

Considérant que ces tracts sont d’inspiration communiste et que leur diffusion ne peut avoir lieu qu’avec la complicité de militants du parti, ainsi que l’ont prouvé de nombreuses perquisitions domiciliaires ;

ARRÊTE :

Article 1er. – Toute découverte de tracts à caractère communiste sur le territoire d’une commune du département de Seine-et-Oise entraînera l’internement administratif immédiat d’un ou de plusieurs militants communistes notoirement connus résidant sur le territoire de cette commune, sans préjudice des poursuites judiciaires dûment engagées.

Article 1er. – MM. le Secrétaire Général de la Préfecture pour la Police, les Sous-Préfets, le Directeur de la Police d’État, le Chef d’Escadron, Commandant la Compagnie de Gendarmerie de Seine-et-Oise, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté.

Fait à Versailles, le 19 octobre 1940.

Le PRÉFET de SEINE-et-OISE, signé : Marc CHEVALIER

Pour ampliation, Le Sous-Préfet, Directeur du Cabinet.


[7] Les 88 internés de Seine-et-Oise. Le 26 juin 1941, la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud transmet au préfet du département de Seine-et-Oise – « police d’État » -, cinq listes pour que celui-ci fasse procéder le lendemain à l’arrestation de ressortissants soviétiques ou de nationalité russe ancienne ou actuelle, dont 90 juifs, et de républicains espagnols en exil, soit 154 personnes. La sixième catégorie de personnes à arrêter doit être constituée de «  Différents communistes actifs que vous désignerez  » (aucune liste n’étant fournie). Tous doivent être remis à la Geheime Feldpolizei, à l’Hôtel Matignon, à Paris.

Si aucun autre document n’atteste du contraire, c’est donc bien la préfecture de Seine-et-Oise qui établit, de sa propre autorité, une liste de 88 militants communistes du département à extraire du camp d’Aincourt.

Le 27 juin, le commandant du camp écrit au préfet de Seine-Et-Oise pour lui « rendre compte que 70 internés[du département] ont été dirigés aujourd’hui dans la matinée sur le commissariat central de Versailles et que 18 autres internés ont été dirigés dans le courant de l’après-midi à l’Hôtel Matignon à la disposition des Autorités allemandes d’occupation. Le départ de ces internés s’est déroulé sans incident. » Les listes connues à ce jour ne distinguent pas les deux groupes et réunissent les 88 internés.

Le 29 juin, l’inspecteur de police nationale commandant l’escorte conduisant le contingent de 70 détenus à Versailles, rend compte que le commissaire divisionnaire lui a ordonné de poursuivre son convoyage « jusqu’à l’Hôtel Matignon, à Paris, siège de la Geheime Feldpolizei. En passant à Billancourt, quelques internés du premier car ont montré le poing et des ouvriers qui allaient prendre leur travail ont répondu par le même geste. J’ai immédiatement donné des ordres aux gardiens pour que les internés rentrent leurs bras.

À mon arrivée à Paris, je me suis trouvé en présence d’une quinzaine de cars remplis de prisonniers ayant la même destination que les internés d’Aincourt et j’ai dû prendre la suite.

Le formalités d’immatriculation étant assez longues, j’ai dû attendre mon tour ; l’opération a commencé à 18 heures et s’est terminée à 19h15 ; je n’ai pu faire la remise que de 38 internés sur 88 venus d’Aincourt. En raison de l’heure, le chef de bureau de la Feldpolizei m’a fait savoir qu’il recommencerait l’immatriculation le lendemain matin à 8h15, d’avoir à revenir à cette heure-là. J’ai rassemblé les 50 internés restant dans les deux cars et ai libéré les camionnettes et les gardiens disponibles.

Je me suis aussitôt mis en rapport avec la préfecture de Seine-et-Oise afin de savoir où je devais conduire, pour passer la nuit, les 50 internés. Une heure après, je recevais l’ordre de les conduire au Dépôt, 4 quai de l’Horloge, et de continuer ma mission le lendemain matin. Cette formalité étant remplie, j’ai renvoyé les cars et le personnel à Versailles.

Le 28 juin, à 7 heures, j’ai continué ma mission qui a pris fin à 11 heures. Cette escorte s’est déroulée sans autre incident. »

[8] Arrestations de la fin juin 1941 dans le département de la Seine, témoignage d’Henri Rollin : «  Le 27 juin 1941, vers 6 heures de matin, ma femme et moi nous sommes réveillés par un coup de sonnette. Trois inspecteurs de la police française viennent nous arrêter ; perquisition rapide sans résultat (nous avions la veille au soir distribué les derniers tracts que nous avions). Nous arrivons à l’hôtel Matignon où nous trouvons de nombreux cars et camions, résultat d’une rafle dans toute la région parisienne. Nous sommes remis par la police française aux autorités allemandes. Au moment de ma remise aux Allemands, j’ai aperçu qu’on leur donnait une petite fiche portant mon nom et la mention «  communiste  », soulignée à l’encre rouge. Nous subissons un court interrogatoire d’identité… Attente… Vers la fin de l’après-midi, départ en car. Arrivée au fort Romainville, fouille, identité. Départ de Romainville le 1er juillet, au matin, par train spécial et bondé au Bourget, arrivée l’après-midi à Compiègne. Le lendemain, même cérémonie, refouille et identité, ensuite la vie de camp… »

[9] De l’Hôtel Matignon au Frontstalag 122 : témoignage de Marcel Stiquel (déporté au KLSachsenhausen le 24 janvier 1943). Son récit fait état de 87 internés (la liste en comporte 88) et d’un départ d’Aincourt étalé sur deux jours : les 27 et 28 juin 1941 (voir note ci-dessus).

[10] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).