Henri Peiffer naît le 1er février 1910 à Russange (Moselle – 57).

Au moment de son arrestation, il est domicilié à Villerupt (Meurthe-et-Moselle – 54), ville-frontière avec le Luxembourg ; son adresse reste à préciser.

Sa profession reste à préciser.

Sous l’occupation, il facilite l’entrée en France de prisonniers de guerre évadés.

Les conditions de son arrestation et son trajet en détention restent à préciser.

Il est finalement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Henri Peiffer est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Tergnier, Laon, Reims… Châlons-sur-Marne : le train se dirige vers l’Allemagne. Ayant passé la nouvelle frontière, il s’arrête à Metz vers 17 heures, y stationne plusieurs heures, puis repart à la nuit tombée. Francfort-sur-le-Main (Frankfurt am Main), Iéna, Halle, Leipzig, Dresde, Gorlitz, Breslau… puis la Pologne occupée. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Henri Peiffer est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45956 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, au cours duquel ils déclarent leur profession, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Henri Peiffer est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).

Comme il parle couramment l’allemand, il est désigné comme secrétaire (Blockschreiber) du Block 10 : son rôle est de tenir à jour la liste des détenus.

Henri Peiffer contracte le typhus et est conduit au Block 12, une des baraques en bois servant d’hôpital (Revier, HKB) dans le secteur BI-b de Birkenau : le 17 novembre 1942, dans la chambre n° 5 – où se trouvent également René Pignet et Alexandre Varoteau -, il reçoit quarante gouttes de valériane.

Le 25 décembre, depuis une fenêtre de son Block, il est témoin d’un massacre de détenus. Sorti du Revierle lendemain, il assiste à l’incinération de leurs cadavres sur des foyers aménagés dans la sapinière de Birkenau.

Dans cette période, il est convoqué à la Politische Abteilung qui l’averti que sa mère demande de ses nouvelles et qu’il doit lui écrire afin de la rassurer (elle a obtenu ce “privilège” en tant que Lorraine mariée en secondes noces à un Autrichien).

Au début de 1943, la Gestapo du camp lui ordonne d’envoyer une lettre de condoléances à sa mère pour la mort de son beau-père à Stalingrad.

Enfin, quand sa femme lui demande pourquoi un de ses camarades n’a pas écrit chez lui, il répond après en avoir délibéré avec ses camarades : « Je ne savais pas que X était décédé. » ; espérant ainsi faire comprendre que l’absence de lettre signifiait la mort du détenu.

Le 17 ou 18 mars 1943, il fait partie des dix-sept “45000” rescapés de Birkenau conduits à Auschwitz-I (en tout, 24 survivants sur 600 !).

À la mi-août 1943, Henri Peiffer est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.

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Auschwitz-I. La cour séparant le Block 10 – où se pratiquaient 
les expérimentations “médicales” sur les femmes détenues – 
et le Block 11, à droite, la prison du camp, avec le 1er étage 
de la “quarantaine”. Au fond, le mur des fusillés. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite d’inspection du nouveau commandant du camp, le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Henri Peiffer est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine” en préalable à un transfert.

Le 28 août 1944, il est dans le petit groupe de trente-et-un détenus dont vingt-neuf “45000”) transférés au KL [1] Flossenbürg (Haut-Palatinat bavarois, proche de la frontière tchèque) et enregistrés dans ce camp le 31 août.

Le 29 octobre, Henri Peiffer est parmi les onze “45000” transféré à Wansleben (Kommando de Buchenwald), une usine de potasse. Là, il est chef de la chambrée des Français.

Le 12 avril 1945, il est dans une des colonnes de détenus évacués de ce camp à marche forcée vers le Nordde Halle. Henri Peiffer est libéré le 14 ou 15 avril 1945 entre les villages de Quellendorf et Hinsdorf, avec neuf autres “45000”.

Le 3 juillet 1945, il écrit à Flora Pignet pour lui dire le peu qu’il sait du sort de son mari, Ernest, et de son fils René, morts à Auschwitz.

Henri Peiffer décède le 30 août 1993.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 251, 346 et 347, 359, 369 et 416.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 14-04-2009)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] KL  : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”.