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Auschwitz-I, Block 26, le 3 février 1943.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Une famille de tradition socialiste et laïque

Hélène Pellault est née le 23 décembre 1904 à Cussay (Indre-et-Loire – 37), où son père était maréchal-ferrant.

Son père est un socialiste, libre-penseur, il a une grande influence sur sa fille : probe, intransigeant, pur, il était de toutes les batailles laïques.

Il a stipulé par testament d’être enterré civilement et avoir son cercueil recouvert d’un drap rouge.

À une date restant à préciser, Hélène se marie avec Monsieur Fournier. Il tiennent ensemble un commerce d’épicerie. Ils sont estimés.

La Résistance

Pendant l’occupation, Hélène Fournier n’appartient à aucun parti, mais veut agir et cherche à s’agréger à un groupe de résistance.

Elle en parle à des amis, des socialistes, qui constituent le réseau Libé-Nord à Tours et l’y engagent.

Ils profitent des possibilités qu’offre leur boutique pour propager les mots d’ordre de la résistance et dresser l’opinion contre l’occupant. Ils recueillent des fonds et des vivres pour aider les familles de fusillés, les emprisonnés. Ils donnent asile à des prisonniers évadés.

L’arrestation

Le 29 octobre 1942, Hélène Fournier est arrêtée par deux agents de la Gestapo en civil. Son mari n’étant pas à la boutique, il n’est pas été arrêté.

Elle a été dénoncée par la fille d’une cliente qui s’approvisionnait chez elle pour faire des colis à son fils prisonnier de guerre [1]

Pendant le trajet en voiture, de chez elle à la prison de Tours, elle a été battue.

Emprisonnée à Tours jusqu’au 7 novembre 1942, Hélène Fournier est arrivée à Romainville le même jour (matricule 1183), avec tout le groupe des Tourangelles.

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Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises
et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Birkenau : les champs, les marais, les démolitions, les wagonnets, les briques, l’abattage des arbres, elle a tenu dans les kommandos du dehors jusqu’en juin 1943.

Elle a été atteinte du typhus.

Depuis mai 1943, elle était seule Française dans ces kommandos. Les autres femmes du convoi étaient soit à Raïsko, soit malades, soit infirmières au Revier. Elle était à bout de forces.

Enfin, en juin 1943, grâce à l’appui de Marie-Claude Vaillant-Couturier, elle peut rentrer au Revier comme nettoyeuse. Au Revier, il n’y avait pas l’appel.

Mais s’il n’y avait pas eu la quarantaine, le 3 août 1943, elle n’aurait pas tenu.

Ravensbrück et Mauthausen

Elle a suivi le sort de la majorité des survivante : transfert au KL Ravensbrück le 2 août 1944, de là au KL Mauthausen le 2 mars 1945.

Seule survivante parmi les Tourangelles

Elle rentre à Tours le 1er mai 1945.

Son mari, et sa fille qu’elle avait laissée à quinze ans, l’attendent. Elle reprend son commerce après s’être reposée quelque temps.

Seule survivante des vingt Tourangelles (dix-sept parties de Tours en même temps qu’elle, deux autres déjà à Romainville), elle a eu la tâche d’annoncer leur mort aux familles, de raconter leur fin, de raconter Birkenau : « C’est mon devoir. J’ai eu tellement de chance de revenir. »

Puis à la retraite, entourée de l’affection des siens, elle servit jusqu’au bout la mémoire de ses camarades.

Homologuée caporal dans la R.I.F., elle a reçu la Légion d’honneur en mars 1966.

Hélène Fournier est décédée le 29 mars 1994.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 116-118.

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 6-11-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] La dénonciatrice a été arrêtée par les F.F.I. à la libération, condamnée à dix ans de travaux forcés et libérée au bout de cinq pour bonne conduite