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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Édouard Dufour naît le 19 février 1899 à Choisy-le-Roi [1] (Val-de-Marne – 94), au domicile de ses parents, 11 rue des Gondoles [2] ; et où ’il habitera lui-même jusqu’au moment de son arrestation.

Son père, ouvrier mouleur, meurt au cours de la guerre de 1914-1918. Aîné des cinq enfants, Édouard devient soutient de famille.

Le 27 octobre 1927 à Choisy-le-Roi, il épouse une cousine germaine, Marie Soumy, née le 20 janvier 1898 à Paris 14e, remailleuse. Ils n’ont pas d’enfant, mais adoptent une nièce d’Édouard, Jacqueline, née en 1934, orpheline de ses père et mère.

Au moment de son mariage (?), Édouard Dufour est cimentier (métier déclaré après son arrestation). À partir de 1929, il se déclare comme chauffeur (peut-être celui qui “alimente” une chaudière !). Mais, « issu d’une famille de tuberculeux » et de santé fragile, il ne travaille que par intermittence.

À partir de 1935, il reste sans emploi, sans bénéficier du « secours de chômage en raison de la situation de sa femme, gérante d’une laiterie Hauser, avenue de Paris à Thiais » depuis le début des années 1930.

Sympathisant communiste, il fréquente « certains militants notoires de la région », selon la police.

Du 13 avril au 2 septembre 1939, il est manœuvre à la Société ouvrière française de Travaux publics, à Cachan.

Mobilisé à la suite de la déclaration de guerre, il est réformé au mois de novembre suivant à la suite d’une congestion pulmonaire.

Sous l’occupation, la police française le considère comme un « meneur communiste actif ».

Le 14 novembre 1940, à 22 h 15, Édouard Dufour est arrêté « par des gardiens de la paix en flagrant délitde distribution de tracts communistes. » ; il vient « de glisser un tract sous la porte du poste de police situé rue Chevreul, à Choisy-le-Roi. Fouillé, il [est] trouvé porteur d’une dizaine de tracts ronéotypés clandestinement et invitant à adhérer aux Jeunesses communistes. La perquisition effectuée le lendemain à son domicile [permet] la découverte de 3 ou 4 brochures anciennes de propagande ».

À une date restant à préciser, il est jugé et condamné à six mois de prison pour infraction au décret du 26-9-1939, effectués à la Maison centrale de Fresnes (94).

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La maison d’arrêt de Fresnes après guerre. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À l’expiration de sa peine, il n’est pas libéré. En effet, le 31 mars 1941, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939. Édouard Dufour est conduit au dépôt de la préfecture de police (la Conciergerie, sous le Palais de Justice, sur l’île de la Cité) à Paris 1er.

Le 3 avril, son épouse écrit au préfet de police de Paris pour solliciter à la fois la libération de son mari et une autorisation de visite.

Le 7 avril, Édouard Dufour est fait partie des six détenus – dont cinq futurs “45000” – conduits au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

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Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan, 
le pavillon qui fut transformé en camp d’internement. 
Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

La requête de Marie Dufour suit son cours : le 20 mai, le préfet de police écrit au délégué général dugouvernement français dans les territoires occupés pour l’informer qu’il ne s’oppose pas « à ce qu’à titre exceptionnel une mesure de libération soit prise en sa faveur ». Le 23 juin, le délégué du ministère de l’Intérieur transmet la proposition de libération au préfet de Seine-et-Oise, sous réserve qu’il partage « cette manière de voir en raison de la conduite de l’intéressé depuis son internement ». Le 31 juillet, le préfet de Seine-et-Oise demande l’avis personnel du chef du centre de séjour surveillé d’Aincourt sur une éventuelle libération. Le 6 août, celui-ci répond à propos d’Édouard Dufour « Son attitude au centre a toujours été correcte. Toutefois, il n’a jamais participé volontairement à des corvées. Une lettre récente, qui lui a été adressée par un de ses parents [!], a été censurée. Elle contient, en outre, la phrase suivante : “la fin des brimades approche, il n’est que temps d’ailleurs”. Dufour est un élément communiste certain et je donne, à l’égard de sa libération, un avis défavorable ».

Le 6 septembre, Édouard Dufour est parmi les 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés aucamp français (CSS) de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne – 86), pour l’ouverture de celui-ci.

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, Édouard Dufour fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduit au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre la fin avril et la fin juin, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet, Édouard Dufour est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45497 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Édouard Dufour se déclare sans religion (Glaubenslos) -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Édouard Dufour.

Il meurt à Auschwitz le 9 août 1942, d’après les registres du camp, un mois après l’arrivée de son convoi.

Son acte de décès en France porte les mentions « Mort pour la France » et « Mort en déportation » (1989).

Sources :

- Son nom et son matricule figurent sur la « Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne » éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, Éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 387 et 402. 
- Cl. Cardon-Hamet, Biographies des déportés du convoi du 6 juillet 1942 de Choisy-le-Roi, fichier informatique, décembre 2006. 
- Archives municipales de Choisy-le-Roi : registre d’état civil, listes électorales 1929-1935-1939, carton 4H2G “Victimes militaires et civiles 1939-1945”. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cote 1W110 (dossier individuel). 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 73. 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 244 (19090/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 11-10-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Choisy-le-Roi : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] La rue des Gondoles deviendra la rue des Fusillés le 29 décembre 1944