Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.     Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande.     Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943, selon les trois vues anthropométriques de la police allemande. Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne. Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Denise, Valérie, Cacaly naît le 5 février 1919 à Peyrat-le-Château (Haute-Vienne), fille d’un menuisier qui a en tout huit enfants. Denise va à l’école jusqu’au certificat d’études.

Peyrat-le-Château. Le lac et la tour. Carte postale éditée après guerre. Collection Mémoire Vive.

Peyrat-le-Château. Le lac et la tour. Carte postale éditée après guerre. Collection Mémoire Vive.

Elle se marie à dix-neuf ans avec Monsieur Moret, comptable.

Ils habitent rue Gustave-Rouanet, à Paris 18e. Employée dans un établissement de bains-douches, Denise cesse de travailler en 1939, après la naissance de leur fille, Yvette.

En mai-juin 1940, au cours de la Bataille de France, son mari est fait prisonnier de guerre puis interné en Allemagne.

À l’automne 1942, Denise Moret se rend au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, où elle a été convoquée, sans que l’on sache pour quel motif. Personne des siens n’a plus eu de ses nouvelles.

Sa fille Yvette, âgée de trois ans est recueillie par une grand-mère.
Le 19 décembre 1942, Denise Moret est transférée – seule du convoi – au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas [1] (Seine-Saint-Denis – 93), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122, où elle est enregistrée sous le matricule n°1305.

L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122), surplombée par un mirador. © Musée de la résistance nationale (MRN), Champigny-sur-Marne (94).

L’unique entrée du Fort de Romainville (Haftlager 122), surplombée par un mirador.
© Musée de la résistance nationale (MRN), Champigny-sur-Marne (94).

Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »).

Le lendemain, Denise Moret fait partie du deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur “C” du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne, installés sur une voie de la gare de marchandise d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

Les deux wagons à bestiaux du Mémorial de Margny-les-Compiègne,
installés sur une voie de la gare de marchandise
d’où sont partis les convois de déportation. © Cliché M.V.

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…). © Gilbert Lazaroo, février 2005.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000” (accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Denise Moret y est enregistrée sous le matricule 31820. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Le 24 mai 1943, Denise Moret meurt au camp de femmes de Birkenau, selon l’acte de décès du camp ; sans témoin.

Son frère, Robert Cacaly est déporté à Dachau où il meurt.

Ses deux frères, Louis et Jérémie Cacaly, sont des combattants du maquis où ils sont tués par la milice.

Son mari, prisonnier de guerre, apprend la mort de sa femme à son retour par les rescapées de son convoi.

Source :
- Charlotte Delbo Le convoi du 24 janvier, pages 206-207.