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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Cyrus, Maxime, Amédée, Genou naît le 3 mars 1899 à Neuville-aux-Bois (Loiret), au domicile de ses parents, Adelmard Genou, 38 ans, journalier, et d’Eugénie Legrand, 38 ans, son épouse. Cyrus a six frères et sœurs : Jacques, né le 27 février 1881 à Baigneaux (Eure-et-Loir – 28), Eugène, né le 6 avril 1883, à Bazoches-les-Hautes (28) – tous deux hors mariage, portant à la naissance le nom de leur mère et reconnus par l’union de leurs parents, le 27 janvier 1886, dans cette commune -, Rose, née le 16 août 1886 à Bazoches-les-Hautes (28), Jeanne, née le 8 mai 1890 – après Cyrus -, Jules, né 4 juillet 1893, Aldemard, Oscar, né le 30 mars 1896, tous trois à Neuville-aux-Bois. Leur père décède prématurément ; les enfants deviennent pupilles de la Nation.

Pendant un temps, Cyrus Genou  travaille comme cultivateur.

Le 22 septembre 1917, à la mairie d’Orléans, il s’engage volontairement pour quatre ans au titre du 4e groupe cycliste. Il arrive au corps deux jours plus tard comme chasseur de 2e classe. Le 23 juin 1918, il passe au 1er groupe cycliste et, dès le lendemain, au 26e bataillon de chasseurs à pied. Le 23 octobre 1919 est promulgué le décret fixant la fin des hostilités. Dès le lendemain, 24 octobre, Cyrus Genou fait partie des troupes d’occupation des pays rhénans. Le 19 février 1920, il est transféré au 17e BCP. En septembre, toujours en pays rhénans, il est emprisonné quelques jours et condamné à plusieurs mois de prison avec sursis par la justice militaire pour refus d’obéissance (peine qui sera amnistiée à sa demande dans le cadre de la loi du 29 avril 1921 portée par la Ligue des Droits de l’Homme). Le 4 octobre, il passe au 28e BCP. Le 4 février 1921, il est affecté en Haute-Silésie (Pologne). Le 7 août, il est de nouveau affecté à l’occupation des pays rhénans. Le 22 septembre, il est renvoyé dans ses foyers, se voyant refuser un certificat de bonne conduite.

Deux de ses frères ont été tués à l’ennemi – dont Aldemard Oscar, soldat au 131e RI, mort en forêt d’Argonne le 13 juin 1915 – et un troisième succombera « par suite de la guerre ».

Pendant un temps, Cyrus Genou, travaillant comme cimentier, habite au 13, rue de Mainvilliers à Chartres (Eure-et-Loir).

Le 11 octobre 1924, à Chartres, Cyrus Genou se marie avec Paulette Lucas, 18 ans, née le 30 octobre 1906 à Bazoches-les-Gallerandes (Loiret) et domiciliée à Pithiviers, ville voisine où demeure alors Rose, épouse Duchon, sœur de Cyrus, et leur père veuf. Son beau-frère, Georges Duchon, est témoin au mariage. Mais Paulette décède brutalement trois mois plus tard, le 23 janvier 1925,  à leur domicile, 30 rue de la Porte-Morard à Chartres.

En juin 1926, Cyrus Genou habite au 110, rue de Silly, à Boulogne-Billancourt (Seine / Hauts-de-Seine).

Le 27 novembre 1928, à Paris 20e, Cyrus se remarie avec (Mathilde) Léonie Mignon, née le 6 février 1901 à la Chapelle-d’Angillon (Cher), domestique (décédée le 8-05-1963). Ils auront trois enfants, dont Simone, née le 28 août 1929, et Louis, né le 29 août 1932.

Pendant un temps, Cyrus Genou habite au 20, rue des Rigoles à Paris 20e.

En août 1929 et jusqu’à l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domicilié au 70, rue Édouard-Vaillant à Athis-Mons [1] (Essonne).

Le 11 février 1935, Cyrus Genou assiste comme témoin au mariage de sa nièce, Raymonde Duchon, fille de sa sœur Rose, et de Bernard Courrioux.

Militant communiste, il est élu conseiller municipal d’Athis-Mons le 14 juin 1936. Lors de la deuxième séance du conseil, 27 juin, il est désigné aux commissions des travaux et de la voirie et de l’hygiène.

En juin 1940, lors de l’exode, il reste dans sa commune et se met au service de la population. Dans la clandestinité [?], il se tient tous les dimanches matins au marché des Gravilliers à Athis-Mons « pour maintenir le contact avec les camarades du Parti et distribuer des tracts ». Selon le formulaire de “notice individuelle à remplir au moment de l’arrestation” complété par le commissaire de police de la circonscription d’Athis-Mons le 24 octobre 1940, Cyrus Genou a reconnu devant lui, trois semaines plus tôt environ, avoir distribué « 180 tracts ronéotypés intitulés L’Humanité » [sic].
Le 19 octobre, Cyrus Genou est une nouvelle fois interrogé par le commissaire d’Athis-Mons, puis laissé en liberté.
Le 26 octobre au soir, en rentrant de son travail, il est arrêté en présence de sa femme et de ses enfants par la police française sur décision du préfet de Seine-et-Oise et est interné administrativement au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et-Oise / Val-d’Oise), créé au début du mois d’octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt afin d’y enfermer des hommes connus de la police pour avoir été militants communistes avant-guerre.

Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan,  le pavillon qui fut transformé en camp d’internement.  Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan, le pavillon qui fut transformé en camp d’internement.
Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

Selon une note ultérieure établie par la direction du camp, la correspondance de Cyrus Genou est censurée à plusieurs reprises. Ayant « participé à toutes les manifestations collectives organisées par le Parti au Centre », il est « considéré comme un des militants les plus dangereux ayant séjourné au camp ».

Le 21 mai 1941, son épouse adresse au préfet de Seine-et-Oise une demande de libération.

Le 12 juin, sur instruction du préfet en date du 31 mai, le commissaire de police de la circonscription d’Athis-Mons convoque Léonie Genou afin de lui notifier par procès verbal que « le maintien au Centre [de son mari] a été maintenu par arrêté de Monsieur le préfet de Seine-et-Oise ».

Le 27 juin, Cyrus Genou fait partie d’un groupe de 88 internés communistes de Seine-et-Oise – dont 32 futurs “45000” – remis aux “autorités d’occupation” et conduits à l’Hôtel Matignon, à Paris, – alors siège de la Geheime Feldpolizei – où ils rejoignent des hommes appréhendés le jour même dans les départements de la Seine-et-Oise et de la Seine par la police française en application d’arrêtés d’internement administratifs [2]. Tous sont ensuite menés au Fort de Romainville (sur la commune des Lilas, Seine / Seine-Saint-Denis – 93), alors camp allemand, élément du Frontstalag 122. Considérés comme étant en transit, ils ne sont pas enregistrés sur les registres du camp [3].

Trois jours plus tard, les hommes rassemblés sont conduits à la gare du Bourget (93) et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Polizeihaftlager). Pendant la traversée de la ville, effectuée à pied entre la gare et le camp, la population les regarde passer « sans dire un mot, sans un geste. Tout à coup nous entonnons La Marseillaise et crions “Des Français vendus par Pétain” » [4]. Ils sont parmi les premiers détenus qui inaugurent ce camp créé pour les « ennemis actifs du Reich ».

Neuf mois plus tard, le 25 mars 1942, le préfet de Seine-et-Oise transmet au Conseiller supérieur d’administration de guerre [sic] de la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud une liste d’anciens internés d’Aincourt à la libération desquels il oppose un avis défavorable – « renseignements et avis formulés tant par [ses] services de police que par le directeur du centre de séjour surveillé » ; liste accompagnée de « notes » individuelles avec copie traduite en allemand, dont celle concernant Cyrus Genou.

Entre fin avril et fin juin 1942, celui-ci est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Cyrus Genou est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45587, selon l’identification en juillet 2014 de sa photo d’immatriculation par son neveu Gaston Duchon (né en 1923), en correspondance avec les listes reconstituées du convoi.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Cyrus Genou.

Il meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.

Après la guerre, sa famille emménage au 5, rue des Plantes, à Athis-Mons.

Son nom est inscrit près du monument aux morts, dans le cimetière communal, sur une stèle « à la mémoire de nos morts qui ne peuvent reposer en terre française ».

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 380 et 405.
- Archives départementales du Loiret, Orléans, site internet, archives en ligne ; registre des naissances de Neuville-aux-Bois 1893-1902 (7 E 224/1), année 1899, acte n° 19 (vue 110/192) ; concernant Adelmard Genou, registre des naissances année 1896, acte n° 22 (vue 67/192) ; registres matricules du bureau de recrutement d’Orléans, classe 1918 (1 R 103835), matricule 609 (vues 103-104/413).
- Ministère de la Défense, site internet Mémoire des hommes, morts pour la France de la première guerre mondiale ; concernant Adelmard Genou (acte transcrit le 27 octobre 1916 à Pithiviers, n° registre d’état civil 143/474).
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94), carton “Association nationale de des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes (2228).
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w73, 1w76, 1w80 (relations avec les autorités allemandes), 1w117 (dossier individuel), 1w277 (Liste des 88 internés d’Aincourt remis les 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 343 (31167/1942).
- Site Mémorial GenWeb, 91-Athis-Mons, relevé de Bernard Tisserand (2004)
- Jean-Claude Courrioux, fils de la nièce de Cyrus Genou par la sœur de celui-ci (courrier postal : recherches auprès de services d’archives et copies de documents d’état civil, 10, 11 et 12-2015).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 13-12-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Athis-Mons : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine-et-Oise (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Les 88 internés de Seine-et-Oise. Le 26 juin 1941, la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud transmet au préfet du département de Seine-et-Oise – « police d’État » -, cinq listes pour que celui-ci fasse procéder dès le lendemain à l’arrestation de ressortissants soviétiques ou de nationalité russe ancienne ou actuelle, dont 90 juifs, et de républicains espagnols en exil, soit 154 personnes. La sixième catégorie de personnes à arrêter doit être constituée de «  Différents communistes actifs que vous désignerez  » (aucune liste n’étant fournie). Tous doivent être remis à la Geheime Feldpolizei, à l’Hôtel Matignon, à Paris.

Si aucun autre document n’atteste du contraire, c’est donc bien la préfecture de Seine-et-Oise qui établit, de sa propre autorité, une liste de 88 militants communistes du département à extraire du camp d’Aincourt.

Le 27 juin, le commandant du camp écrit au préfet de Seine-Et-Oise pour lui « rendre compte que 70 internés [du département] ont été dirigés aujourd’hui dans la matinée sur le commissariat central de Versailles et que 18 autres internés ont été dirigés dans le courant de l’après-midi à l’Hôtel Matignon à la disposition des Autorités allemandes d’occupation. Le départ de ces internés s’est déroulé sans incident. » Les listes connues à ce jour ne distinguent pas les deux groupes et réunissent les 88 internés.

Le 29 juin, l’inspecteur de police nationale commandant l’escorte conduisant le contingent de 70 détenus à Versailles, rend compte que le commissaire divisionnaire lui a ordonné de poursuivre son convoyage « jusqu’à l’Hôtel Matignon, à Paris, siège de la Geheime Feldpolizei. En passant à Billancourt, quelques internés du premier car ont montré le poing et des ouvriers qui allaient prendre leur travail ont répondu par le même geste. J’ai immédiatement donné des ordres aux gardiens pour que les internés rentrent leurs bras.

À mon arrivée à Paris, je me suis trouvé en présence d’une quinzaine de cars remplis de prisonniers ayant la même destination que les internés d’Aincourt et j’ai dû prendre la suite.

Le formalités d’immatriculation étant assez longues, j’ai dû attendre mon tour ; l’opération a commencé à 18 heures et s’est terminée à 19h15 ; je n’ai pu faire la remise que de 38 internés sur 88 venus d’Aincourt. En raison de l’heure, le chef de bureau de la Feldpolizei m’a fait savoir qu’il recommencerait l’immatriculation le lendemain matin à 8h15, d’avoir à revenir à cette heure-là. J’ai rassemblé les 50 internés restant dans les deux cars et ai libéré les camionnettes et les gardiens disponibles.

Je me suis aussitôt mis en rapport avec la préfecture de Seine-et-Oise afin de savoir où je devais conduire, pour passer la nuit, les 50 internés. Une heure après, je recevais l’ordre de les conduire au Dépôt, 4 quai de l’Horloge, et de continuer ma mission le lendemain matin. Cette formalité étant remplie, j’ai renvoyé les cars et le personnel à Versailles.

Le 28 juin, à 7 heures, j’ai continué ma mission qui a pris fin à 11 heures. Cette escorte s’est déroulée sans autre incident. »

[3] Arrestations de la fin juin 1941 dans le département de la Seine, témoignage d’Henri Rollin : «  Le 27 juin 1941, vers 6 heures de matin, ma femme et moi nous sommes réveillés par un coup de sonnette. Trois inspecteurs de la police française viennent nous arrêter ; perquisition rapide sans résultat (nous avions la veille au soir distribué les derniers tracts que nous avions). Nous arrivons à l’hôtel Matignon où nous trouvons de nombreux cars et camions, résultat d’une rafle dans toute la région parisienne. Nous sommes remis par la police française aux autorités allemandes. Au moment de ma remise aux Allemands, j’ai aperçu qu’on leur donnait une petite fiche portant mon nom et la mention «  communiste  », soulignée à l’encre rouge. Nous subissons un court interrogatoire d’identité… Attente… Vers la fin de l’après-midi, départ en car. Arrivée au fort Romainville, fouille, identité. Départ de Romainville le 1er juillet, au matin, par train spécial et bondé au Bourget, arrivée l’après-midi à Compiègne. Le lendemain, même cérémonie, refouille et identité, ensuite la vie de camp… »

[4] De l’Hôtel Matignon au Frontstalag 122 : témoignage de Marcel Stiquel (déporté au KL Sachsenhausen le 24 janvier 1943). Son récit fait état de 87 internés (la liste en comporte 88) et d’un départ d’Aincourt étalé sur deux jours : les 27 et 28 juin 1941 (voir note ci-dessus).