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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Cyrille, Alphonse, De Foor (parfois orthographié “Defoor”) naît le 1er juillet 1911 à Montataire, près de Creil (Oise – 60), fils d’Émile De Foor, ouvrier métallurgiste, et de Marie Van Hoecke son épouse. Cette année-là, la famille habite au 50, rue des Nations. Elle est composée de Théophile Vespoel, né en 1881 à Sevencken (Belgique), manœuvre aux Ponts (?), de Maria (ou Irma) De Foor, née en 1881 à Lootenkulle (Belgique), “amie”, et de ses enfants : Emérance, née en 1904 à Montataire, et Robert, né en 1909 à Creil.

En 1921, la famille habite au 48, rue des Nations. Théophile Vespoel est alors chauffeur chez Brissonneau, Irma (?) De Foor est désignée comme “alliée”, Emérance est ouvrière à Creil. D’autres enfants sont nés : Augusta, née en 1913, Albert, né en 1915, Gabrielle, née en 1918, et Gisèle, née en 1920.

Cyrille De Foor travaille dans les différentes usines métallurgiques de sa commune natale (Wallut, les Forges), son acte de décès le mentionne comme lamineur.

En août 1935 à Montataire, il se marie avec Lucile Dewerdt, née en 1908 à Montataire.

Lors du recensement de 1936, et jusqu’au moment de son arrestation, De Foor est domicilié au 2, rue Lesiour à Montataire. Cyrille est manœuvre aux Forges de Montataire. Lucille est plieuse à l’usine de la S.A. des « 100 000 chemises » à Creil. À cette date, ils n’ont pas d’enfant.

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Les Forges de Montataires, sur les bords de l’Oise. 
Carte postale des années 1900. Coll. Mémoire Vive.

Cyrille De Foor est un militant communiste.

Le 1er décembre 1940, il est convoqué à la gendarmerie, où il déclare « ne pas renier ses idées » [1].

Le 17 juillet 1941, De Foor est arrêté et rapidement interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Il y est enregistré sous le matricule n° 1310.

Le 18 septembre, le commissaire spécial de la Sûreté nationale de Beauvais écrit au préfet de l’Oise pour l’informer que le « Kreiskommandant de Senlis a demandé de lui transmettre une liste de quinze individus, choisis parmi les communistes les plus militants de la région creilloise, destinés, le cas échéant, à être pris en qualité d’otages. En accord avec le commissaire de police de Creil, [une liste] a été établie » sur laquelle « DEFOOR » Cyrille est inscrit en quatorzième position. Considérant le ton de la lettre, on peut penser que la liste a été effectivement transmise à l’occupant.

Le 20 février 1942, le chef de la Feldkommandantur 580 à Amiens (Somme – 80) – ayant autorité sur lesdépartements de la Somme et de l’Oise – insiste auprès du préfet de l’Oise, Paul Vacquier [2], afin que la fiche de chaque interné du Frontstalag 122 pour activité communiste demandée à l’administration préfectorale indique « son activité politique antérieure (très détaillée si possible), ainsi que les raisons qui militent pour ou contre sa prompte libération du camp d’internement ».

Le 10 mars, le préfet de l’Oise écrit au Ministre secrétaire d’État à l’Intérieur pour lui transmettre ses inquiétudes quant à cette demande : « Étant donné que parmi les internés du camp de Compiègne une vingtaine déjà ont été fusillés en représailles d’attentats commis contre les membres de l’armée d’occupation, il est à craindre que ces autorités aient l’intention de se servir de mon avis pour désigner de nouveaux otages parmi ceux pour lesquels j’aurais émis un avis défavorable à la libération. Me référant au procès-verbal de la conférence des préfets régionaux du 4 février 1942, qui précise “qu’en aucun cas les autorités françaises ne doivent, à la demande des autorités allemandes, procéder à des désignations d’otages”, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien me donner vos directives sur la suite qu’il convient de réserver à la demande dont je suis saisi… »

Le 13 avril, le commissaire principal aux renseignements généraux de Beauvais transmet au préfet de l’Oise soixante-six notices individuelles concernant des individus internés au Frontstalag 122 à Compiègne, dont dix-neuf futurs “45000”. Sur la notice qui le concerne – à la rubrique « Renseignements divers » -, Cyrille De Foor est qualifié de « Militant actif et dangereux du Parti communiste dissous. N’a jamais renié les théories moscoutaires qu’il a déclaré reprendre le cas échéant ».

Le 24 avril, Paul Vacquier transmet à la Feldkommandantur 580 les notices individuelles des « personnes internées au camp de Compiègne, figurant sur la liste [qui lui a été] communiquée et domiciliées dans le département de l’Oise », qui mentionnent uniquement « des renseignements concernant l’état civil, la parenté et la situation matérielle ».

Enfin, le 29 juin, Paul Vacquier écrit à la Feldkommandantur 580 pour essayer d’obtenir la sortie duFrontstalag 122 de soixante-quatre ressortissants de son département – dont Cyrille Defoor – au motif « qu’aucun fait matériel d’activité communiste n’a été relevé à leur encontre depuis l’arrivée des forces allemandes dans la région », envisageant la possibilité d’interner certains d’entre eux « dans un camp de concentration français ». Sa démarche ne reçoit pas de réponse.

Le mal est probablement déjà fait : quand elles ont procédé à des arrestations dans l’Oise entre juillet et septembre 1941, les forces d’occupation ne disposaient-elles pas déjà d’informations et d’appréciations transmises par certains services de la police française ? N’en ont-elles pas obtenu d’autres par la suite ? Le préfet craignait la fusillade. Ce sera la déportation.

Entre fin avril et fin juin 1942, Cyrille De Foor est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Cyrille De Foor est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45431 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Il meurt à Auschwitz le 21 mars 1943, d’après les registres du camp.

Son nom est inscrit sur la plaque dédiée par la commune de Montataire « à la mémoire de ses déportés morts en Allemagne », apposée dans la rue des Déportés, et sur la stèle des déportés et résistants.

Le 30 juin 1971, le Conseil municipal de Montataire donne son nom à une voie nouvelle créée dans une zone pavillonnaire.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 10-03-1988).

Joseph, Augustin, Defoor, né le 21 avril 1910 à Sarron (Oise), décédé le 6 avril 1945 à Dachau (Allemagne) est-il un parent ?

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, listes pages 369 et 4400 ; correction sur l’orthographe du nom à partir de l’acte de décès enregistré à la mairie de Montataire (message à Fernand Devaux, 3-04-2012). 
- Jean-Pierre Besse, notice pour le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (DBMOF), site du Maitron en Ligne, Université Paris 1. 
- Archives départementales de l’Oise, site internet, recensement de 1911 à Montataire, 6Mp482, page 209 (vue 110), de 1921 à Montataire, 6Mp482 (vue 119), de 1936 à Montataire, 6Mp843 (vue 22/128). 
- Archives départementales de l’Oise, Beauvais ; cote 33W 8253/1, exécutions d’internés, camp de Royallieu, mesures contre les communistes ; cote 141w 1162, Internement administratif. 
- Site Inventaire du Patrimoine Culturel de Picardie ; Creil, 150 à 154, rue Jean-Jaurès, Ancienne usine de confection des 100 000 chemises, puis usine de construction mécanique Montataire-Fûts, puis magasin de commerce. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 300 (16407/1943), « Foor de ». 
- Site Mémorial GenWeb, 60-Montataire, relevé de Cédric Hoock (2003).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-04-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’avertissement aux communistes :

Vichy, le 16 août 1940

Le Ministre, secrétaire d’État à l’Intérieur, à Messieurs les préfets en zone libre.

Les opérations de démobilisation vont rendre à la vie civile, au fur et à mesure qu’elles se poursuivront, un certain nombre d’individus connus de vos services pour s’être fait les instruments de la propagande communiste.

Vous inviterez vos services de renseignements à vous tenir exactement informés du retour de ces individus à leur domicile.

Ces derniers devront aussitôt être convoqués au commissariat le plus proche, avertis, dans les termes les plus nets, qu’ils feront l’objet d’une surveillance sérieuse et qu’à la moindre tentative d’agitation de leur part ils seront internés en application des disposition du décret du 18 novembre 1939.

J’attire votre attention sur ces milieux où la propagande communiste pourrait tenter de reprendre, et je vous prie de me tenir informé très exactement de tous faits se rapportant à cet ordre de préoccupations.

A. Marquet (AD60 – 33W 8254/2)

[2] Paul Vacquier, nommé préfet de l’Oise le 22 mai 1940, au début de l’offensive allemande, cherche ensuite à maintenir un semblant de souveraineté française à l’échelon local, ce qui lui vaut son départ le 30 octobre 1942.