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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Cyprien Depardieu naît le 9 novembre 1889 à Aubigny-sur-Nère (Cher – 18).

Cyprien Depardieu travaille d’abord dans un moulin à Amilly (Loiret – 45), puis, dans les années 1920, il entre comme ouvrier typographe à l’imprimerie Léger de Montargis, ville qui alors est un des points forts du communisme dans le Loiret.

Ayant adhéré au Parti communiste, Cyprien Depardieu y est candidat aux élections législatives du 11 mai 1924 (3,5 % des électeurs inscrits).

En 1926, il s’installe vraisemblablement à Orléans, car un rapport de police le signale comme contradicteur lors d’une réunion publique socialiste d’Orléans le 27 février 1926.

Vers octobre 1926, il part pour Chartres (Eure-et-Loir – 28)) où il dirige l’imprimerie coopérative « La Prolétarienne » qui réalise le journal communiste régional Le Travailleur (Eure-et-Loir, Loiret, Loir-et-Cher). Depardieu assure bientôt le secrétariat du rayon communiste d’Eure-et-Loir et se présente aux élections législatives des 22 et 29 avril 1928 dans la première circonscription de Chartres (4,5 % des inscrits au premier tour – 1,3 % au second).

Ses fonctions d’imprimeur-gérant du Travailleur lui valent d’être condamné à une amende pour injure à l’Armée, par un tribunal du Loir-et-Cher. La Cour d’appel d’Orléans prononce le jugement définitif : 100 F d’amende et 1 000 F de dommages et intérêts pour diffamation à un adjudant de la garnison de Blois. Conformément aux consignes du Parti communiste, Depardieu refuse de payer. La saisie doit avoir lieu le 29 juin 1929, mais le produit de la vente risquant d’être presque nul, le directeur de la sûreté générale demande au ministre des Finances, par lettre du 20 juin, de ne pas mettre à exécution la saisie projetée (Arch. Nat. F7/13115).

En 1931, « La Prolétarienne » est transférée à Orléans et Depardieu emménage au 35, rue de l’Empereur. Il siège au bureau de la Région communiste orléanaise comme archiviste. Le PC le présente aux élections législatives du 1er mai 1932 dans la circonscription de Pithiviers (3 % des électeurs inscrits).

Il est également candidat au conseil général en octobre 1934 dans le canton de Pithiviers et aux élections législatives partielles du 24 mars 1935 dans la première circonscription du Loir-et-Cher (Blois) : 3,3 % des suffrages exprimés au premier tour). Lors des élections municipales de mai 1935 à Orléans, Depardieu est présentée en 5e position sur la liste du Bloc ouvrier et paysan.

En juin 1941 (ou le 19 octobre 1941, selon les sources), Cyprien Depardieu est arrêté par la policeallemande puis interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par laWehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Cyprien Depardieu est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45470 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Cyprien Depardieu est dans la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Là, il est assigné au Block 4.

Le 30 juillet, il est admis à l’ “hôpital d’Auschwitz” [1].

Il meurt à Auschwitz le 14 août 1942, d’après les registres du camp.

Après la guerre, une plaque à son nom a été apposée sur l’immeuble où il habitait, au 33, rue de |’Empereur à Orléans, « mort pour la France à Birkenau-Auschwitz ».

Sources :

- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Editions de l’Atelier/Editions Ouvrières, CD-rom, 1990-1997, Morts pendant la Seconde Guerre mondiale en raison de leur action militante, citant : Arch. Nat. F7/13082, F7/13106, F7/13115, F7/13129 – Arch. Dép. Loiret, 2 M 110 – Arch. Dép. Loir-et-Cher, série M, élections – Le Travailleur, 1926-1935, 1945 – Le Progrès de Loir-et-Cher. 
- Son nom (orthographié « DEPARDIEV ») et son matricule (avec une erreur : « 45400 ») figurent sur la « Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne » éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 365 et 401. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 221 (20468/1942). 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; registre du Block 4. 
- Site Les plaques commémoratives, sources de mémoire (aujourd’hui désactivé – nov. 2013), photographie de Véronique Bury.

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 11-12-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] L’ “hôpital d’Auschwitz” : en allemand Krakenbau (KB) ou Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus. Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”. Mais les “31000” et Charlotte Delbo ont connu et utilisé le terme « Revier » : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. », Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24.