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Auschwitz-I, le 3 février 1943
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Angèle, dite « Danièle », Denonne vient au monde le 28 avril 1891, à Roubaix (Nord – 59), de père belge et de mère hollandaise.

Au cours de la Première Guerre mondiale, Angèle Denonne passe des renseignements en franchissant les lignes allemandes. Dénoncée, elle est arrêtée et conduite pour interrogatoire devant un lieutenant allemand qui lui dit : « Nous savons que vous passez des informations : collaborez ou, sinon, nous allons vous fouillez. » Angèle nie, enlève ses gants et les jette au visage dde l’officier : « Vous ne me croyez pas et bien fouillez-moi ». Ce qui fut fait. Mais les Allemands ne trouvèrent rien, et pour cause : les renseignements étaient écrit à l’intérieur des gants.

Le 2 mars 1920, à Paris 11e, elle se marie avec Louis Leduc, boucher, et tient une boutique avec lui à Paris.

En 1942, les Leduc, qui ont quitté Paris à l’exode, habitent à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor – 22).

Une conviction et des actions de Résistance

Danièle Leduc écoute Radio-Londres et ne s’en cache pas, au contraire elle répand les nouvelles dans le voisinage.

Un prétendu Anglais arrive un soir, demande asile. On l’héberge, on le réconforte, on lui prodigue en encouragement les derniers communiqués de Londres.

L’arrestation par la Gestapo

Le lendemain matin, 11 décembre, quand Danièle Leduc s’est réveillée, l’Anglais avait disparu et la Gestapo arrivait. Le mari absent au moment de l’arrestation retrouve la maison sans sa femme.

Après quelques jours à la prison de Rennes, Danièle Leduc a été envoyée à Romainville – vers la mi-décembre 1942.

Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »). Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Mais Betty Jégouzo confirme ce départ en deux convois séparés, partis un jour après l’autre du Fort de Romainville. Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise. Angèle Leduc y est enregistrée sous le matricule 31841. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rangs de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie de la police allemande : vues de trois-quart, de face et de profil (la photo d’immatriculation d’Angèle Leduc a été retrouvée, puis identifiée par des rescapées à l’été 1947).

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où sont enfermées leurs compagnes prises à la “course” du 10 février (une sélection punitive). Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

Angèle Leduc meurt à Birkenau le 7 mars 1943, selon l’acte de décès du camp, au Revier où elle avait été admise à cause d’un œdème : elle avait les jambes si enflées qu’elle ne pouvait plus du tout marcher.

Son mari et sa nièce – qu’elle avait élevée et qu’elle considérait comme sa fille – apprennent sa mort au retour des rescapées.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 175-176.
- Pascal Trécourt, fils de la nièce d’Angèle Leduc, message (09-2015).
- Archives départementales du Nord (AD 59), site internet, archives en ligne, registre des naissances de Roubaix, année 1891 (cote 1 Mi EC 512 R 060), acte n° 1330 (vue 358/553).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 703 (14029/1943).

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 21-09-2015)

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