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André Duret en 1939. Droits réservés.

André Duret naît le 5 novembre 1916 à Paris 8e, fils de Louis Duret, 30 ans, et de Charlotte Lhardy, 27 ans, son épouse.

Au moment de son arrestation, il est domicilié au 13, rue Voltaire à Levallois-Perret [1] (Seine / Hauts-de-Seine – 92). Il est célibataire.

Au moment de son arrestation, André Duret, célibataire, est toujours domicilié chez ses parents.

Il est (chef-)comptable, peut-être à la Compagnie des Messageries Maritimes Vairon (?) sise au 7 rue Mayran, en face du square de Montholon, à Paris 9e.

Il est membre de l’Étoile Rouge Sportive de Levallois, peut-être comme dirigeant.

Il est probablement mobilisé à partir de la fin août 1939 (réformé, il sera pensionné de guerre à 25 % pour une atteinte aux poumons).

En septembre 1939, son club sportif fait partie des nombreuses associations dissoutes pour n’avoir pas consenti à renier clairement le pacte germano-soviétique. Il ramène alors chez lui une machine à écrire appartenant au club, mais qui ne sera pas utilisée pour dactylographier des tracts clandestins. Il participe ensuite à la création du Club Athlétique de Levallois, dont il est président, dissout à son tour le 26 avril 1940, puis à la création de l’Association Sportive de Levallois, affiliée à la FSGT. Un rapport du P.C. clandestin daté de mars 1941, et découvert par la police, signalera pour cette commune : « La FSGT fonctionne, la direction nous appartient. La liaison est établie. […] SPORTS – 1 club existe qui est dirigé par nos camarades du Parti. »

Entre temps, le 20 janvier 1941, vers 18 h 30, le commissaire de police de la circonscription de Levallois-Perret (92) effectue une perquisition dans sa chambre, chez ses parents, en son absence. Les policiers découvrent quelques exemplaires de L’Avant-Garde clandestine de novembre 1940 sur une étagère et dans un pardessus. Fouillé en rentrant chez lui, André Duret est trouvé porteur d’une dizaine des mêmes imprimés. Interrogé par l’officier de police, il déclare que les tracts lui ont été remis la veille, dimanche, sur le terrain de sport du 151 rue Danton, mais se refuse à donner le nom de son contact. Le commissaire l’envoie au dépôt de la préfecture de police.

Inculpé d’infraction aux articles 1 et 4 du décret-loi du 26 septembre 1939, par le procureur de la République, André Duret est conduit sous mandat de dépôt à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée.
(montage photographique)

Il est appelé à comparaître, seul, devant la 12e chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Le 23 janvier, celle-ci le condamne à six mois d’emprisonnement (il se pourvoit en appel le 15 février). Il est ramené à la Santé pour commencer à y subir sa peine. Le 27 février, André Duret est transféré à l’établissement pénitentiaire de Fresnes [1] (Seine / Val-de-Marne). Le 21 avril, la 10e chambre de la cour d’appel de Paris confirme le jugement initial.

Le 4 juin, sa mère, sachant que sa peine expire deux jours plus tard, écrit au préfet de police pour solliciter sa libération (c’est dire qu’elle n’en est pas certaine que celle-ci soit effective…).

Le 6 juin, à l’expiration de sa peine, André Duret est ramené à la préfecture de police et libéré, non sans avoir dû écrire et signer une déclaration par laquelle il « déclare désapprouver formellement l’action communiste clandestine sous toutes ses formes », et prend « librement l’engagement d’honneur de ne pas [se] livrer dans l’avenir, directement par personne interposée, à aucune activité communiste ».

À la suite de sa peine de prison, son taux d’invalidité est passé à 40 % (« déclaré bacillaire à la suite d’examens radiologiques »).

Le 27 décembre suivant, une note de la brigade spéciale des Renseignements généraux indique qu‘il aurait « repris son activité en tant  que propagandiste communiste. Mais, cette fois, pour donner le change, il a abandonné l’Association sportive de Levallois […] pour entrer à l’association sportive colombienne. Il a entraîné dans la dissidence la 1re équipe masculine et la 1re équipe féminine de basket-ball, qui étaient en grande partie composées d’éléments communisants. C’est donc au sein de l’E.S. Colombes que Duret exerce à nouveau son activité, mais en s’entourant de grandes précautions pour ne pas attirer l’attention. »

En mars 1942, une « information anonyme » relance une enquête policière sur une possible activité clandestine d’André Duret au sein du club sportif de Colombes, mais, à la suite des surveillances effectuées, « il n’a pas été possible d’établir qu’il se livrait avec ses camarades au sein de cette association à une propagande communiste active. Il est vraisemblable que Duret ait conservé ses opinions et qu‘il s’entretienne parfois avec ses coéquipiers de questions politiques relatives aux événements internationaux. Une visite domiciliaire effectuée le 18 mars 1942 est restée sans résultat. Bien que le nommé Duret pourrait faire éventuellement l’objet d’une mesure d’internement, il y a lieu cependant de tenir compte de son état de santé plutôt précaire qui ne lui permet pas une activité réelle et efficace ». André Duret est alors comptable aux Confitures Ménagères, 18, rue de l’Atlas, à Paris 19e.

Le 28 avril 1942, André Duret est arrêté à son domicile, comme otage, lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine – avec le concours de la police française – et visant majoritairement des militants du Parti communiste. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Le 7 mai, une note allemande adressée à la préfecture de police ordonne : « Si les personnes suivantes sont encore en liberté, prière de les interner. Vous me désignerez le camp où elles auront été menées afin que l’on puisse prendre des décisions par la suite. » Parmi les onze hommes désignés figure André Duret, ainsi que Valentin Garreau, de Bagnolet, Roland Pannetrat, de Paris 12e, et Raymond Rivoal, d’Aubervilliers, arrêtés en même temps et déportés avec lui. Le 13 mai, deux inspecteurs de la 1re section des R.G. se rendent au domicile d’André Duret en vue de procéder à son arrestation et ne l’y trouvent pas. Les policiers rapportent que les « autorités allemandes » ont procédé à une perquisition lorsqu’elles sont venues le chercher.

Entre fin avril et fin juin 1942, André Duret est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, André Duret est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45515 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée [2]).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau,
Oświęcim, Pologne.
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet, après l’appel du soir – l’ensemble des “45000” ayant passé cinq jours à Birkenau -, une moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I). Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a alors été affecté André Duret.

On ne connaît pas la date exacte de sa mort à Auschwitz ; probablement avant la mi-mars 1943 [3].

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 26-05-1989).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 383 et 403.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine nord (2002), citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central).
- Archives de Paris ; registre du greffe du tribunal correctionnel de la Seine.
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94) ; carton “Association nationale de des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes (4133).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; cartons “occupation allemande” (BA ?) ; cartons  activité communiste pendant l’occupation (“PC” VII), chemise “réponse des commissariats”, rapport du 6 mars 1941 ; dossiers individuels des RG, dossier d’André Duret (77 W 1575-54890) ; cabinet du préfet, dossier d’André Duret (1w522-15847).
- Archives Départementales du Val-de-Marne (AD 94), Créteil ; prison de Fresnes, détenus libérés le 6-6-41 (511W 16).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 24-12-2017)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Levallois-Perret et Fresnes : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Le portrait d’Auschwitz a été identifié en janvier 2006 par comparaison avec une photographie conservée par son neveu Claude Duret.

[3] Différence de date avec celle inscrite sur les actes d’état civil en France : Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Concernant André Duret, c’est la fin décembre 1942 qui a été retenue pour certifier son décès. Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.