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Probablement au camp de Rouillé… 
Collection Isabelle Vorger-Levant. 
Droits réservés.

Albert, Auguste, Vorger-Levant naît le 19 mai 1905 à Bagnolet [1] (Seine-Saint-Denis – 93), fils de Victor Emmanuel Vorger-Levant et Marie Laforce.

Le 29 octobre 1927, Albert Vorger-Levant épouse Marcelle Belin, blanchisseuse. Ils ont deux enfants : Robert, né le 27 janvier 1930, et Micheline, née en décembre 1933.

Au moment de son arrestation, la famille est domiciliée au 102, rue Marceau à Montreuil-sous-Bois [1] (93).

Ouvrier métallurgiste, Albert Vorger-Levant travaille comme affûteur-outilleur aux usines Citroën, quai de Javel à Paris 15e. Il est membre de la cellule d’entreprise du Parti communiste et adhérant de la CGT.

Le 10 mai 1941, il est arrêté à son domicile par la police française. Au cours de la perquisition, celle-ci trouve « 40 carnets de 10 tickets chacun de l’Union des Comités populaires d’anciens combattants de la banlieue-Est ».

Le 12 mai, inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (« distribution de tracts »), il est écroué au dépôt de la préfecture de police (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité). Conduit à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), il est enfermé dans la même cellule que Léon Pêcheux et Pierre Demerlé, à la 13e division. Dans la deuxième quinzaine de mai, ils sollicitent ensemble leur « mise au régime politique ».

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du rez-de-chaussée. 
(montage photographique)

Le 21 mai, Albert Vorger-Levant comparaît – seul – devant la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine qui le condamne à dix mois d’emprisonnement. Il se pourvoit en appel auprès du procureur de la République.

Le 3 juin, il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne – 94) ; n° d’écrou “ correction homme” 8345.

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La maison d’arrêt de Fresnes après guerre. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 9 août, la Cour d’appel de Paris confirme la condamnation et son pourvoi en cassation est rejeté le 18 décembre.

À l’expiration de sa peine, le 27 décembre 1941, Albert Vorger-Levant n’est pas libéré : le préfet de policede Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

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Le directeur de la prison de Fresnes met A. Vorger-Levant 
à la disposition du préfet de police. Il ajoute : « Je crois 
devoir vous signaler (…) que (… le MBF) a ordonné 
que la libération des Français de sexe masculin arrêtés 
pour activité communiste ou anarchiste ne pourra 
être possible sans son accord. » 
Archives dép. du Val-de-Marne. Prison de Fresnes.

Albert Vorger-Levant est conduit au dépôt de la préfecture de police (au sous-sol de la Conciergerie, île de la Cité).

Le 3 janvier 1942, il fait partie d’un groupe de 38 internés politiques (parmi lesquels 16 futurs “45000”) et 12 “indésirables” (droit commun) extraits du dépôt et transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé (Vienne – 86). Ils sont conduits en car, sous escorte, jusqu’à la gare d’Austerlitz où les attend un wagon de voyageurs réservé (10 compartiments ; départ 7h55 – arrivée 18h51).

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”, 
vu du haut d’un mirador. Date inconnue. 
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village. 
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne), 
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 22 mai 1942, Albert Vorger-Levant fait partie d’un groupe de 156 internés – dont 125 seront déportés avec lui – remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désigné comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. La famille d’Albert Vorger-Levant ne recevra aucun message.

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Le trajet dure au total une cinquantaine d’heures. Non ravitaillés en eau, les déportés souffrent particulièrement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Albert Vorger-Levant est enregistré à Auschwitz sous le numéro 46202 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Albert Vorger-Levant meurt à Auschwitz le 14 août 1942, selon les registres du camp ; cinq semaines après l’arrivée de son convoi.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 9-12-2001).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 385 et 423. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice in 60e anniversaire du départ du convoi des 45000, brochure répertoriant les “45000” de Seine-Saint-Denis, éditée par la Ville de Montreuil et le Musée d’Histoire vivante, 2002, page 32, citant : Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen. 
- Isabelle Vorger-Levant, questionnaire (10-2006), photographie. 
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 28 mars au 5 juin 1941, cote D1u6-5855. 
- Archives Départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, registre d’écrou n° 151, “correction hommes” du 20 avril au 7 juillet 1941, cote 2742w18. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, carton “occupation allemande” : BA 2374 (camps d’internement…). 
- Mémorial de la Shoah, Paris, archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ; liste XLI-42, n° 182. 
- Archives départementales de la Vienne, cote 109W75 (camp de Rouillé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1280 (20869/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 14-07-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Bagnolet et Montreuil-sous-Bois : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).