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Collection Nelly Mathieu. 
Droits réservés.

Adrien, Pierre, Marius, Raynal naît le 6 mars 1897 à Cransac (Aveyron – 12), près de Decazeville, il est fils d’Adrien Raynal, mineur, et de Valérie Arnaud, son épouse. Il grandit dans le quartier de la Plantade. Il est l’aîné de six enfants, avec trois sœurs : Eléonore, dite Laure (plus tard épouse Cathala), Madeleine (plus tard épouse Falguières, vivant un temps à Orly) et Fernande (plus tard épouse Ecroulant, vivant un temps à Ivry-sur-Seine), et deux frères : Paul et René.

Le 11 janvier 1916, Adrien Raynal est appelé au service armé. Selon son livret militaire, il mesure 1m60, a les cheveux châtains, les yeux gris et un visage ovale. Il se déclare alors comme domestique à Marseille, probablement employé par sa tante Jeanne Eléonore Arnaud qui tient un hôtel dans cette ville. Le 16 février 1917, au lieu dit « la ferme du Choléra » dans l’Aisne, combattant dans la 7e compagnie du 131e régiment d’infanterie, il est légèrement blessé aux deux pieds et à la main droite par éclats de grenade. Il est soigné dans un hôpital provisoire à Château-Thierry.

Le 23 mars 1918, il est fait prisonnier par les Allemands, jusqu’en janvier 1919 (ne conservant pas un souvenir trop douloureux de cette épreuve, il ne craindra pas pour sa vie devant la perspective d’un transfert en Allemagne en 1942, pensant y travailler comme lors de sa première captivité).

Le 12 juillet 1921, à Paris 11e, Adrien Raynal épouse Cornélie Hidoux, née le 24 décembre 1886 à Cauchy-à-la-Tour (Pas-de-Calais – 62). À cette époque, il est planeur de tôles, probablement pour les chemins de fer. Ils ont un fils, Serge, né le 24 mai 1923.

En novembre 1925, le couple quitte le 15, rue Voltaire à Paris 11e pour s’installer définitivement au 1, rue du Docteur-Lecène à Orly [1] (Val-de-Marne – 94) où ils ont fait bâtir un petit pavillon « deux pièces-cuisine » qu’Adrien agrandira par la suite. Au moment de son arrestation, Adrien Raynal demeure toujours à cette adresse, et le pavillon restera la résidence de sa veuve.

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Extension du “deux-pièces/cuisine”. 
Derrière le maçon agenouillé, Cornélie et Adrien… Droits réservés.
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Adrien et Cornélie, dans leur jardin. 
Date inconnue, probablement peu de temps avant la guerre.

En 1927, la sœur de Cornélie, Stella, emménage avec sa famille à une centaine de mètres des Raynal, également dans un « deux pièces-cuisine ».

Adrien Raynal est un militant communiste.

En mai 1929, il est candidat aux élections municipales à Orly. On ignore les raisons de son absence sur la liste des municipales de 1935. En avril 1939, il est trésorier de la section d’Orly du Secours populaire de France [2].

Mobilisé pendant la drôle de guerre, Adrien Raynal est renvoyé dans ses foyers le 4 juillet 1940.

Au moment de son arrestation, il travaille comme chauffeur (ouvrier chargé de la surveillance d’une chaudière) aux « Quatre cheminées », la grande centrale électrique de Vitry-Sur-Seine (94), quai Jules-Guesde, appartenant à l’Union d’Électricité et dans laquelle travaille également Roger Mauger, de Vitry.

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À partir d’août 1940, responsable de la propagande clandestine, Adrien Raynal rédige et imprime des tracts qu’il diffuse à Orly et dans son usine. La police française le considère comme un « propagandiste très actif ».

Il est inscrit sur la liste de la grande vague d’arrestations du 5 octobre 1940, mais son nom est rayé (?).

Le 26 octobre 1940, à l’aube, il est arrêté à son domicile par deux inspecteurs et conduit au commissariat de secteur, très probablement à Fresnes : « en application des décrets des 18-11-1939 et 3-09-1940 », le préfet de police de Paris a signé un arrêté ordonnant son internement administratif, parmi 38 personnes visées simultanément dans le département de la Seine (dont 12 futurs “45000”) et transférées aussitôt au centre de séjour surveillé d’Aincourt (Val-d’Oise – 95). Ce camp avait été créé trois semaines plus tôt dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt, pour y interner administrativement des hommes connus pour être communistes ou syndicalistes CGT avant guerre.

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Aincourt. Le sanatorium de la Bucaille. Au premier plan, 
le pavillon qui fut transformé en camp d’internement. 
Carte postale oblitérée en 1958. Coll. Mémoire Vive.

Conçus à l’origine pour 150 malades, les locaux sont rapidement surpeuplés : en décembre 1940, on compte 524 présents, 600 en janvier 1941, et jusqu’à 667 au début de juin.

Enregistré sous le matricule n° 718, Adrien Raynal est assigné à la chambre 40. Faisant partie des détenus qui se sont vu affecter une activité, il travaillerait à la buanderie. Il fabrique au moins un objet-souvenir qui parvient à sa famille : une étiquette en bois avec une représentation peinte du long bâtiment où sont logés les internés.

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Sa femme Cornélie reçoit plusieurs courriers (perdus depuis), ainsi que sa famille, comme l’indiquent les courriers retrouvés de son père, de sa sœur Laure et de son frère Paul. Elle lui rend également plusieurs visites ; au cours de deux ou trois d’entre elles (au moins), elle est accompagnée de leur fils Serge. Quand la santé de celui-ci se détériore, Adrien Raynal obtient des autorités du camp la permission de se rendre, encadré par la gendarmerie, à son chevet au domicile familial (date inconnue).

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Adrien et Serge dans le jardin.

Le 12 février 1941, la mère d’Adrien, Valérie Arnaud, décède à Cransac. Au tout début de son internement, Adrien Raynal reçoit des propositions d’aide pour s’évader. Il refuse en disant : « Je n’abandonnerai jamais les copains ». Par fidélité au parti communiste et à ses convictions, il refuse également de signer l’acte de reniement politique qui l’aurait fait libérer.

Le 9 mai 1942, Adrien Raynal est parmi les quinze internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), Frontstalag122 – Polizeihaftlager, gardé par la Wehrmacht.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (suivant un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part à 9 h 30, une fois les portes verrouillées. Sur la partie française du trajet, Louis Chevalier, également d’Orly, laisse tomber du train un message à destination de son épouse dans lequel il précise qu’il part avec Émile Bourset, Adrien Raynal et Albert Beauré (ce dernier étant de Choisy-le-Roi [1]).

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Le 8 juillet 1942, Adrien Raynal est enregistré au camp-souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46036 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied à Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire sur leur profession, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Adrien Raynal est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Pendant un temps, il est assigné au Block 16, avec d’autres “45000”.

Atteint par l’épidémie de typhus qui ravage le camp, il est admis à l’ “hôpital” et n’en ressort pas, selon le témoignage de Raymond Saint-Lary.

Adrien Raynal meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, selon les registres du camp alors qu’a lieu une grande sélection des « inaptes au travail » au cours de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés [3] Sur l’acte de décès du camp, la cause mensongère pour justifier son décès est une « insuffisance cardiaque ».

L’officier d’état civil du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre (Paris, 14-11-1946) reprend l’heure de sa mort indiquée par l’administration SS – « à 7 h 35 » ! : une copie de l’acte de décès établi au camp est donc parvenue au ministère, mais par quelle voie ?

Le 23 septembre 1942 – quatre jours après – Serge, son fils unique, meurt d’une grave maladie pulmonaire, probablement la tuberculose, au domicile familial ; il était célibataire (19 ans !) et exerçait la profession de mécanicien.

En août 1946, Cornélie, son épouse, reçoit une attestation du décès d’Adrien établie par l’Amicale d’Auschwitz sur le témoignage de Raymond Saint-Lary (fils), rescapé domicilié à Fresnes (94). Pierre Fazincani, le neveu de Cornélie, rend aussitôt visite à celui-ci et en obtient confirmation.

La mention “Mort pour la France” est portée sur les registres d’état civil (31-03-1947). Adrien Raynal est homologué avec le grade fictif de sergent dans la Résistance intérieure française au titre du Front national de lutte pour la Libération… (arrêté du 7-12-1949). Après refus du statut de Déporté Résistant par la commission ad hoc, il est homologué comme Déporté Politique (20-11-1953). En 1961, le conseil municipal d’Orly donne le nom d’Adrien Raynal à une avenue de la ville (D. 64).

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la ville d’Orly, place du général Leclerc, et sur le monument dédié aux employés de l’ancienne centrale électrique Arrighi « soldats, déportés, civils, morts pour la France » entre 1939 et 1945.

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Le monument aux morts de la centrale électrique 
…probablement le jour de l’inauguration (nombreuses fleurs) 
(collection particulière – droits réservés)

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 8-03-1997).

Son épouse, Cornélie, porte le deuil de son mari et de son fils sans se remarier, et reste très proche du PCF. Quand elle entend parler de l’indemnisation des victimes de la déportation par l’Allemagne, sa première réaction est de déclarer : « Je ne prendrai jamais l’argent des assassins ! Ah, ils sont bien ceux-là : ils tuent, et après ils payent. »

Entrée à l’hospice d’Ivry-sur-Seine en 1968, après un accident vasculaire cérébral, elle décède le 4 avril 1970.

Sources :

- Claude Pennetier et Nathalie Viet-Depaule, Itinéraires Orlysiens, Les militants de l’entre-deux-guerres, Les Éditions Ouvrières, Paris (citant, à partir du DBMOF “Maitron” : Le Travailleur de la banlieue sud, 21 avril 1939 ; Histoire d’Orly, p. 241). 
- Pierre Fazincani (neveu de Cornélie Raynal), prisonnier de guerre en 1940, corrections adressées aux rédacteurs de l’ouvrage précédent en mai 1994. 
- Nelly Mathieu, fille de Pierre Fazincani, témoignage et archives privées (portraits, actes d’état civil, livret militaire, correspondance familiale, documents BAVCC de Caen), septembre-octobre 2006, avril-mai 2009. 
- Joëlle Wakerhauser, dont l’arrière-grand-mère, Jeanne Éléonore Arnaud, est la sœur de Valéry Louise Arnaud, mère d’Adrien : photographie, recherches sur les familles Arnaud et Raynal, avril 2009. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 150 et 153, 389 et 418. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Archives départementales des Yvelines, cote 1W80, camp d’Aincourt ; cite 1w74 (révision trimestrielle ; recherches parallèles de Claude Delesque. 
- Bureau d’information sur les prisonniers, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau ; registre de détenus duBlock 16 (sans date). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 988 (31873/1942).

Nelly Mathieu et MÉMOIRE VIVE

(dernière modification le 14-04-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] OrlyVitry-sur-Seine et Choisy-le-Roi : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces commune font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Issu du Secours rouge (international) créé en 1926, le Secours populaire de France et des Coloniesvoit le jour en 1936, et le Secours Populaire Français, tel qu’il existe encore, est créé en 1945.

[3] Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la « Solution finale », mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme « inaptes au travail » (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code « 14 f 13 »). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.).