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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Adrien Lamboley naît le 10 février 1902 à Belfort (90), chez ses parents, Aristide Lamboley, 22 ans, frappeur, et Marie Still, son épouse, 20 ans, domiciliés au 164, faubourg des Vosges ; les deux témoins sont des forgerons (collègues du père ?). La famille semble avoir déménagé avant le recensement de 1906.

Plus tard, Adrien Lamboley se fait appeler Marcel.

Il est agent hospitalier (garçon de service) de l’Assistance publique à l’hôpital Laënnec, au 42, rue de Sèvres, à Paris 7e, où il habite un logement de fonction ( c’est l’adresse de son domicile au moment de son arrestation).

Il est marié et a deux enfants.

Selon le témoignage de Georges Dudal, rescapé, il est connu comme boxeur sous le nom de “Kid Marcel” ; mais il se peut qu’il ne s’agisse que d’un sobriquet en allusion à un sportif connu à l’époque [1]. Lui même déclarera n’avoir « jamais appartenu à aucun parti politique quel qu’il soit » et s’intéresser « uniquement aux sports ».

D’après le certificat établissant ses activités de résistance, Marcel Lamboley entre dans le réseau “Armée des Volontaires” en octobre 1940.

En mars ou avril 1941, il fréquente un café situé à l’angle des rues de Rennes et du Vieux Colombier. Un jour, au cours d’une partie de carte, discutant de la situation générale avec un consommateur, il tombe d’accord avec celui-ci au point de vue politique. Lui montrant un tract intitulé Pantagruel, l’individu ajoute : « Si tu veux, je t’en passerai quatre ou cinq de temps en temps ». Sans chercher à le connaître davantage, Marcel Lamboley accepte et diffuse ces quelques tracts à des camarades, soit à l’hôpital, soit à l’extérieur. Il met cet « approvisionneur » anonyme en relation avec une collègue de l’hôpital, Denise G., qui se rend également au café. L’inconnu confie alors à celle-ci quinze photographies du général de Gaulle, vendues 10 francs pièce, et dont elle remet le produit  à Marcel Lamboley, qui le remet à son tour à son contact anonyme. Denise G. est arrêtée vers le 13 septembre suivant, en même temps que Lucien R., tous deux inculpés d’infraction au décret du 24 juin 1939 « relatif à la répression de la distribution et de la circulation de tracts d’origine ou d’inspiration étrangère ».

Le 24 septembre 1941, Marcel Lamboley est arrêté à son domicile par deux inspecteurs de la brigade spéciale 1. Après son interrogatoire dans les locaux des Renseignements généraux à la préfecture de police – au cours duquel il admet les faits -, il est inculpé pour le même motif que les deux autres personnes arrêtées et conduit au Dépôt (Conciergerie, sous-sol du Palais de Justice, île de la Cité), où il les rejoint, tous étant mis à la disposition du procureur de la République.

Le 13 novembre, les trois prévenus comparaissent devant la 12e chambre du tribunal correctionnel de la Seine qui condamne Marcel Lamboley à six mois d’emprisonnement. Il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), puis à la Maison centrale de Poissy (Yvelines – 78) jusqu’au 5 mars 1942.

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Au deuxième plan, la Maison centrale de Poissy vers 1916. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

À l’expiration de sa peine, il n’est probablement pas libéré. Le 26 mars 1942, le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif.

Pendant un temps, Marcel Lamboley est détenu au Dépôt. Le 16 avril, il fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28), où il est enregistré sous le matricule n° 73.

Le 10 mai 1942, il fait partie des 81 internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Marcel Lamboley est enregistré – avec ce prénom – au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45720, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Marcel Lamboley.

Il meurt à Auschwitz le 19 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp ; tué pour avoir refusé de devenir Vorarbeiter (kapo sur les chantiers de travail), toujours selon le témoignage de Georges Dudal.

Marcel Lamboley est homologué comme “Déporté Résistant” et porte le grade de capitaine dans la Résistance Intérieure Française (R.I.F.).

Sources :

- Roger Arnould, article paru dans le journal de la FNDIRP, Le Patriote Résistant, n° 511, mai 1982. 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 90, 143, 371 et 409. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002).
- Archives départementales du territoire de Belfort (AD90), site internet du conseil général, archives en ligne, état civil de Belfort, registre des naissances 1902-1903 (cote 1 E 10 N 113-114), année 1902, acte n° 91 (vue 32/415).
- Archives de la préfecture de police (Paris) site du Pré-Saint-Gervais ; dossiers de la BS1 (GB 59), n° XX, « affaire Lamboley », 24–09-1941.
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 3 septembre au 16 décembre 1941, cote D1u6-5858. 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 687 (36530/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 5-12-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Kid Marcel, de son vrai nom Marcel Bouazziz, né le 24 décembre 1916, boxeur dans la catégorie poids welter, battu aux points par Marcel Cerdan à Oran en 1937.