Pierre, Maurice, DENIS naît le 3 avril 1909 au village du Château à Gournay-le-Guérin (Eure), fils de Narcisse Denis, 38 ans, jardinier, et de Georgette Mahéo, 23 ans, son épouse (mariés le 14 janvier 1908).

Au moment de son arrestation, il est domicilié à Aube, à 6 km de L’Aigle (Orne – 61). Il est célibataire.

Maurice Denis est ouvrier électricien à la centrale SDEO (Société de Distribution Électrique de l’Ouest) de L’Aigle.

 L’Aigle, usine de la Société de distribution d’électricité de l’Ouest.     Carte postale envoyée fin décembre 1939 par un militaire (gendarme ?) chargé de surveiller l’usine : garde en journée, patrouille de nuit, pointage des cartes des ouvriers…     Collection Mémoire Vive.

L’Aigle, usine de la Société de distribution d’électricité de l’Ouest.
Carte postale envoyée fin décembre 1939 par un militaire (gendarme ?) chargé de surveiller l’usine :
garde en journée, patrouille de nuit, pointage des cartes des ouvriers…
Collection Mémoire Vive.

« Militant communiste connu et estimé », Maurice Denis est secrétaire de la section communiste de L’Aigle en 1936. Il est candidat communiste aux élections cantonales en octobre 1937. Il devient secrétaire du “rayon” de Mortagne (61) en 1938, et secrétaire du comité Paix et Liberté de Mortagne à la même date.

Il poursuit ses activités militantes sous l’occupation.

Le 18 octobre 1941, Maurice Denis est arrêté à L’Aigle, selon Eugène Garnier, de Flers, arrêté le même jour, et – dans le cadre de la vague d’arrestations qui a touché le département – il est probablement interné dès le lendemain au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Le camp militaire de Royallieu en 1956. Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments du secteur A : « le camp des communistes ». En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

Le camp militaire de Royallieu en 1956.
Au premier plan, en partant de la droite, les huit bâtiments du secteur A : « le camp des communistes ».
En arrière-plan, la ville de Compiègne. Carte postale, coll. Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne, sur la commune de Margny, et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

TransportAquarelle

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Maurice Denis est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45456 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après les premières procédures (tonte, désinfection, attribution d’un uniforme rayé et photographie anthropométrique), les 1170 arrivants sont entassés pour la plupart dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau ; alors choisi pour mettre en œuvre la « solution finale » – le génocide des Juifs européens -, ce site en construction présente un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires. À leur arrivée, les “45000” sont répartis dans les Blocks 19 et 20 du secteur B-Ib, le premier créé.

Le 10 juillet, après l’appel général, ils subissent un bref interrogatoire d’identité qui parachève leur enregistrement et au cours duquel ils déclarent une profession (celle qu’ils exerçaient en dernier lieu ou une autre, supposée être plus “protectrice” dans le contexte du camp). Puis ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos. L’ensemble des “45000” passent ainsi cinq jours à Birkenau.

Le 13 juillet, après l’appel du soir, Maurice Denis est dans la moitié des déportés du convoi ramenée au camp principal (Auschwitz-I), auprès duquel fonctionnent des ateliers où sont affectés des ouvriers ayant des qualifications utiles au camp.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le “camp souche” : « Arbeit macht frei » (le travail rend libre).  Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le “camp souche” : « Arbeit macht frei » (le travail rend libre).
Carte postale. Collection mémoire Vive. Photo : Stanislas Mucha.

À une date restant à préciser, il est admis au Block 20 de l’hôpital d’Auschwitz.

Il meurt à Auschwitz le 12 septembre 1942, d’après la copie d’un des registres de la morgue réalisée par la résistance intérieure du camp.

Le 7 novembre 1952, le tribunal civil de Mortagne prononce son décès « en novembre 1942 » selon un jugement déclaratif.

Après la guerre, le Conseil municipal de L’Aigle a donné le nom de Maurice Denis à une rue de la ville. Celui-ci est également inscrit sur le monument aux morts, dans le jardin de l’Hôtel de Ville.

Sources :

- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’associationMémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, notice par Claudine Cardon-Hamet pages 131 et 132.
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 396 et 401.
- Archives départementales de l’Eure : registre d’état civil de Gournay, naissances, mariages, décès, années 1903-1910 (2 E 6136), 1909, acte n° 2 (vue 55/63).
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué).
- Site Mémorial GenWeb, 61-Argentan, relevé de Laurent Corbin (2004-2006).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 17-01-2023)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.