Marie-Louise Méchain naît le 12 avril 1920 à La Courtine (Creuse), fille de François Mathurin Méchain, 26 ans, marchand fruitier, et de Joséphine, Alexandrine Malpertu, 21 ans, ménagère.
Le 24 mai 1922, sa sœur Odette naît à l’hôpital Tenon (4 rue de la Chine) à Paris 20e, alors que leurs parents sont domiciliés au 43 rue Vilin. Le père est alors mécanicien et la mère employée au Métropolitain.
Entre la mi-avril 1925 et le printemps 1927, les Méchain habitent au 21 rue de Meaux à Paris 19e ; le père étant devenu employé (facteur) des Postes, télégraphes et téléphones (PTT). Lors du recensement de 1926, les filles, Marie-Louise (5 ans) et Odette (3 ans), sont absentes (?) ; lors du recensement de 1931, elles ne sont pas inscrites au registre (?) : un cousin de 26 ans est hébergé à leur place.
En 1936, la famille habite au 1 rue des Platanes dans le village agricole de Fontenay-en-Parisis (Seine-et-Oise / Val-d’Oise) ; le père est alors facteur à Goussainville, bourg voisin.
Après avoir obtenu le Certificat d’études primaire, Marie-Louise quitte l’école communale et apprend le métier de couturière.
En 1938, Marie-Louise adhère la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), liée au syndicat CGT, et à l’Union des Jeune Filles de France, crée fin 1936 par Danielle Casanova, en liaison avec la Fédération des Jeunesses communistes.
Le 20 août 1938 à Fontenay-en-Parisis, Marie-Louise, âgée de 18 ans, épouse Henri Maurice Colombain, 32 ans, né le 6 février 1906 à Paris 20e, divorcé en décembre 1937 d’un précédent mariage, employé de magasin (emballeur aux Papeteries de France ?), habitant alors au 24 rue du Buisson-Saint-Louis (Paris 10e) ; elle emménage avec lui.
Avant-guerre, Henri est – pendant un temps – adhérent au Parti communiste français et « responsable des Sports et Loisirs au sein du Comité local de propagande et d’action syndical du 19e arrondissement » (?) dirigé par le conseiller municipal communiste Clément Magnaval, secrétaire du rayon du PCF.
En juin 1939, les parents Méchain déclarent habiter au 5 rue des Chênes à Goussainville.
En août 1939, lorsque la répression s’abat sur le Parti communiste et les organisations proches, Henri Colombain transporte à son domicile, rue du Buisson-Saint-Louis, le matériel d’impression du Centre Syndical du 19e arrondissement (122 boulevard de la Villette).
Du recrutement militaire de la Seine, 1er bureau, classe 1926, Henri est mobilisé dès le début des hostilités. Décoré de la Croix de guerre, il est fait prisonnier.
Le 2 septembre 1939, Henri Méchain, le père de Marie-Louise, est également “rappelé à l’activité militaire”, mais reste sans affectation puis est « rayé des contrôles” le 8 novembre suivant.
Le 14 novembre suivant, la mère de Marie-Louise, Joséphine Malpertu, « épouse Méchain”, âgée de 40 ans, décède au domicile parental, 24 rue de Meaux Paris (19e).
Le 25 juin 1940 à Aurillac (Cantal) – au cours de l’Exode ? – Marie-Louise donne naissance à leur enfant : Jean, Maurice.
Le 2 juillet suivant, le père de Marie-Louise, âgé de 46 ans, se remarie à Paris 10e avec Marie Mélanie Mayot, veuve âgée de 59 ans, concierge domiciliée au 126 boulevard de Magenta à Paris 10e.
En septembre, Marie-Louise est de retour à Paris.
Fin 1940, elle obtient un emploi – 15 jours par mois – au service des cartes d’alimentation de la mairie du 2e arrondissement, centre de distribution n° 7, 46 rue Dussoubs (Paris 2e). Pendant l’absence forcée d’Henri, elle poursuit son activité au sein du Parti communiste clandestin. À son travail, elle subtilise des cartes et tickets d’alimentation afin de les mettre « à la disposition des militants communistes vivant dans l’illégalité et, de ce fait, dans l’impossibilité de s’en procurer de manière licite », ainsi qu’un tampon en caoutchouc de la mairie du 2e arrondissement. À son domicile, elle dactylographie des documents clandestins sur une machine à écrire portative fournie par l’organisation.
Fin janvier 1941, après avoir été déclaré en “réforme” militaire, Henri Colombain est libéré de son Stalag et rentre en France. Il trouve alors un emploi de demi-commissionnaire (acheteur) aux Halles centrales de Paris.
Le 1er avril suivant, le couple emménage au 106 rue Lecourbe à Paris 15e, dans un « immeuble en briques roses, entre la villa Poirier et le café Dupont » ; au 5e étage droite, leur logement est composé d’une cuisine, d’une salle à manger, d’une salle de bain et de trois cabinets de débarras. Henri Colombain déménage également le matériel d’imprimerie à cette nouvelle adresse, installant des étagères dans un débarras.
Leur ancien logement de la rue du Buisson-Saint-Louis est mis à la disposition de la sœur de Marie-Louise : Odette, Albertine, 19 ans, mariée le 6 septembre 1941 à Paris 10e avec Louis Piperot, 20 ans.
Une jeune militante clandestine, Henriette Schmidt, “épouse Heussler”, dite “Rosette”, se rend chez eux deux fois par semaine pour le ravitaillement, et en repart avec des cartes et tickets d’alimentation à répartir auprès des clandestins.
Le 6 octobre 1941 une « information » parvient à la 1re brigade spéciale des Renseignements généraux de la préfecture de police selon laquelle un couple habitant dans un immeuble de la rue Lecourbe « recevrait de temps à autre la visite d’une femme qui militerait clandestinement en faveur du Parti communiste ». Trois jours plus tard, un inspecteur a identifié les Colombain. Une surveillance est aussitôt mise en place. Cependant, la femme signalée comme leur rendant visite n’apparaît plus entre le 9 et le 17 octobre.
Le 24 octobre, à 10 heures, les inspecteurs du service du commissaire Fernand David se présentent au domicile du couple, Marilou étant partie à son travail. Henri reconnaît rapidement qu’il détient « un important matériel destiné à la confection de tracts clandestins » : lors de la perquisition sont découverts dans les cabinets de débarras une tonne de papier blanc pouvant servir pour l’impression de tracts, deux appareils à ronéotyper avec l’encre grasse nécessaire, la machine à écrire utilisée par Marie-Louise… Henri remet également aux inspecteurs le lot de cartes et de tickets d’alimentation et le tampon de la mairie du 2e arrondissement.
Prévenue à temps par un voisin (?), Marie-Louise ne rentre pas chez elle et ne rejoint pas son lieu de travail en début d’après-midi. Avant de disparaître dans la clandestinité, elle dépose leur enfant de quatorze mois chez sa sœur Odette Piperot, alors enceinte, toujours domiciliée rue du Buisson-Saint-Louis.
Marie-Louise trouve une première “planque” au 30 rue Piat (Paris 20e – logement n° 50), qu’elle loue sous le pseudonyme de “Laure Mignon”, et obtient du travail à domicile auprès d’une fabrique de lingerie, sise 8 rue Étienne-Marcel, s’y déclarant sous le nom de “Bourgeois”.
Les inspecteurs vont vainement chercher Marie-Louise chez sa sœur Odette, alors provisoirement hébergée par sa belle-mère au 85 rue Albert à Paris 13e, ainsi que chez son père, François Méchain, au 126 boulevard de Magenta, et chez deux de ses tantes, respectivement domiciliées à Paris 10e et à Goussainville (Seine-et-Oise).
Parallèlement, l’appartement des Colombain restera un certain temps sous surveillance.
Le 30 octobre, Henri sera conduit au dépôt, à la disposition du procureur de la République pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (propagande communiste interdite). Une fois inculpé, il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).
Le même jour – 30 octobre -, une belle-sœur de Marie-Louise, elle aussi “épouse Colombain”, domiciliée 57 rue d’Avron, reçoit une visite : « un homme inconnu correspondant au signalement suivant : 30 ans, taille 1m70, corpulence moyenne, très blond, vêtu d’un pantalon de golf marron et d’une veste de même teinte, coiffé d’un béret basque. Cet homme m’a remis un papier contenant l’adresse de la sœur de la femme à mon beau-frère, ainsi que l’heure et le lieu auxquels devait être remis le petit Jean Colombain. Il m’avait expliqué que mon beau-frère avait été arrêté et que la femme de ce dernier – que je connais à peine – me demandait de faire cette commission. Ne lui ayant pas donné une réponse affirmative, je fus appelée au téléphone le lendemain matin chez le marchand de vin demeurant dans l’immeuble [disposant d’une ligne téléphonique]. Étant absente, la tenancière prit la communication. Elle émanait d’une femme disant se nommer Marie-Louise – prénom de la femme de mon beau-frère – et qui insistait sur la commission qui m’avait été faite la veille au soir. Je suis allée rue Albert dans l’après-midi et ai transmis les instructions que j’avais reçues à Madame Odette Piperot. »
La consigne est donnée à Odette de se rendre le lendemain matin – 1er novembre – à 7 h 30 sur le quai de la station de métro Pont-Marie afin de confier Jean à une jeune femme inconnue au signalement suivant : « 30 ans environ, taille 1m60, corpulence moyenne, visage allongé, cheveux châtains […] vêtue d’un manteau droit couleur bordeaux et coiffée d’un chapeau marron en forme de béret. […] À signaler que l’enfant, d’un caractère peu sociable avec des inconnus n’aurait manifesté aucune crainte envers cette personne. » La femme reprend le métro en direction de la Porte de la Villette…
Ayant déposé une “réquisition postale” sur les correspondances du couple Piperot, les inspecteurs sont informés qu’un “pneumatique” signé « Andrée Brunfant » et adressé à Odette lui fixe rendez-vous plus tard dans la même (?) matinée à l’Opéra (« sans autre indication »). Préalablement à la rencontre prévue, Odette se rend avec son époux et la mère de celui-ci à l’ancienne adresse des Colombain (afin d’y prendre des affaires, pour l’enfant et sa mère ?).
Ce 1er novembre, de 10h15 à 10h50, les inspecteurs exercent aux abords et à l’intérieur de la station de métro Opéra une surveillance qui ne leur permet pas d’identifier l’expéditrice du “pneumatique ; simultanément, « diverses personnes [sont] interpellées sans résultat ».
Le 6 novembre suivant, Marie-Louise Colombain fait l’objet d’un mandat d’arrêt du Tribunal de la Seine pour infraction au décret du 26 septembre 1939. « Tenue en observation », elle sera également inscrite par la police au « carnet des illégaux recherchés ».
Fin décembre, le préfet de la Creuse transmet un rapport de police constatant que Marie-Louise ne s’est pas réfugiée à La Courtine, chez une de ses tantes qui y habite encore.
Le 28 janvier 1942, Jean, son enfant, âgé de 18 mois, domicilié (?) au lieu-dit le Moulin de Lozère à Palaiseau (Seine-et-Oise / Essonne), meurt de diphtérie (angine infectieuse) à l’Hôpital de Versailles (Seine-et-Oise / Yvelines), faute de traitement médical ; tout le sérum antidiphtérique disponible ayant été réquisitionné par l’Occupant en raison d’une épidémie frappant l’Allemagne (et/ou les soldats du front de l’Est ?).
Le 18 février suivant, la Section spéciale auprès de la Cour d’appel de Paris condamne Henri Colombain à cinq ans de travaux forcés.
À partir de la mi-mai 1942, Marie Louise loue un logement au 118 rue Monge (Paris 5e) sous le nom de “Louise Bourgeois”, dans lequel elle propose à Fanny Ladsky, 38 ans – une camarade connue avant-guerre et récemment relaxée d’une année à la prison pour femmes de Rennes (Ille-et-Vilaine) – de l’héberger.
Le 15 octobre, Marilou rencontre Maurice Descluzeaux, un camarade connu lui aussi « avant les hostilités ». Celui-ci la présente à un responsable des “cadres” qui la met en rapport avec un certain “Robert”, responsable technique de la section des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) de la région P4. Elle devient agent de liaison et de renseignements, transportant aussi des armes et des explosifs.
En décembre suivant, c’est Fanny qui loue, sous le nom de “Françoise Deschamps”, un logement au 126 rue Émile-Zola à Noisy-le-Sec (Seine / Seine-Saint-Denis), où toutes deux continuent à cohabiter.
Le 14 décembre 1942, leur camarade Suzanne Lasne, dite “Josette”, est interpellée en se présentant, en compagnie de Raymond Lambert, dit “Leclerc”, dans un local atelier au 22 rue de Loos (Jean-Moinon) dans le 10e arrondissement, où est entreposé du matériel devant servir lors d’attentats (“Affaire Pinçon”).
Interrogée par des policiers de la brigade spéciale antiterroriste (BS 2), Suzanne Lasne déclare avoir un rendez-vous, le 16 décembre à 9 h 30 rue Armand Carrel (Paris 19e) avec une personne dont elle ignore l’identité.
S’étant rendus à ce rendez-vous, les inspecteurs remarquent, « après plusieurs minutes d’observation, le va et vient […] de deux femmes qui paraissent attendre quelqu’un. » À l’angle des rues de Meaux et Armand Carrel, ils appréhendent “la femme Colombain” et Paulette Baylac, née Brétel, 18 ans – pressentie pour un recrutement, – qui l’accompagne.
Fouillée, Marilou est trouvée en possession d’une lettre ayant trait à plusieurs attentats en préparation. La perquisition opérée dans sa “planque” partagée amène la découverte d’un corps de bombe avec bouchon à vis et d’un bouchon supplémentaire, de dix balles de fusil de guerre, d’un paquet de tracts intitulés « Pas un homme en Allemagne », d’exemplaires de L’Humanité et de La Vie Ouvrière.
L’appartement étant aussitôt mis sous surveillance, Fanny Ladsky y est appréhendée en rentrant à 18 heures.
Détenue pendant un mois dans le secteur allemand de la maison d’arrêt pour femmes de l’établissement pénitentiaire de Fresnes (Seine / Val-de-Marne), Marie-Louise est transférée avec six autres détenues au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), à la veille du départ du convoi.
Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites en camions à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).
En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit.
Le lendemain matin, après avoir été brutalement descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.
Marie-Louise Colombain y est enregistrée sous le matricule 31853, se déclarant probablement comme couturière. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.
Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail dans les Kommandos, mais pas de corvée.
Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rang de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie allemande : vues de trois quarts avec un couvre-chef (foulard), de face et de profil (le négatif de la photo d’immatriculation de Marie-Louise Colombain est le seul document du camp retrouvé).
Le 25 mars 1943, elle est extraite de Birkenau et conduite par la jeune interprète et coursière (Läuferin) Mala Zimetbaum au Stabsgebaude [4], un immeuble de cinq étages utiles (avec combles et sous-sol), extérieur à l’enceinte d’Auschwitz-I, où elle est affectée dans un atelier de couture dirigé par la Kapo Marta Fuchs ; un “salon de mode, maison de haute couture” taillant des uniformes ou des vêtements civils pour des femmes SS et des épouses d’officiers. Marie-Louise Colombain y est affectée avec Alida Delasalle (31659). On y travaille de 6 heures du matin à 6 heures du soir, l’appel dure quelques minutes, dans le couloir ou les chambrées (à l’abri des intempéries), il y a des toilettes et des douches (hygiène oblige, afin de ne pas contaminer les SS). Les couturières portent des robes grises, avec blouses marron et tablier blanc. « On peut espérer survivre », écrira Charlotte Delbo…
Mais, début avril, étant atteinte de dysenterie, Marie-Louise Colombain est renvoyée au Revier de Birkenau. Elle n’en sort qu’en juin, y ayant ensuite contracté le typhus exanthématique, transmis par les poux.
Le 3 août 1943, elle est parmi les survivantes – exceptées celles du Kommando agricole de Raïsko – placées en quarantaine, dans une baraque en bois située en face de l’entrée du camp des femmes ; le Block 31a (?). Concernant Marilou Colombain, Charlotte Delbo écrit : « Il était temps. » L’auteure précise pour l’ensemble des rescapées : « La quarantaine, c’était le salut. Plus d’appel, plus de travail, plus de marche, un quart de litre de lait par jour, la possibilité de se laver, d’écrire une fois par mois, de recevoir des colis et des lettres. » Néanmoins, cinq Françaises, trop épuisées, y succombent encore. Pour les “31000”, cette période dure dix mois.
Début juin 1944, les “31000” de la quarantaine sont renvoyées au travail, mais affectées dans un atelier de couture, abrité et moins épuisant, où elles ravaudent les vêtements laissés par les Juifs « à l’entrée de la douche » (Ch. Delbo). Des fenêtres de cet atelier, elles assistent à l’arrivée des convois de Juifs de Hongrie, débarqués sur une dérivation de la voie de chemin de fer qui se prolonge désormais à l’intérieur du camp.
Le 2 août 1944, Marilou Colombain fait partie des trente-cinq “31000” transférées au KL Ravensbrück où elle arrivent deux jours plus tard ; la plupart étant enregistrées comme détenues “NN” (pas de travail hors du camp, pas de transfert dans un Kommando).
Le 2 mars 1945, Marilou Colombain est parmi les trente-trois “31000” transférées au KL Mauthausen (matricule 1508) dans un convoi où se trouvent 579 Françaises et Belges et un nombre inconnu de Tziganes et leurs enfants. Elles y arrivent le 5 mars après un voyage très pénible.
En les transportant de nuit, on envoie la plupart d’entre elles à la gare de triage d’Amstetten pour boucher les trous d’obus et déblayer les voies quotidiennement bombardées par l’aviation américaine (trois “31000” seront tuées sous les bombes un mois avant la libération du camp).
Le 22 avril 1945, Marilou Colombain fait partie des femmes prises en charge par la Croix-Rouge internationale et acheminées en camion à Saint-Gall en Suisse. De là, les trente gagnent Paris par le train où elles arrivent le 30 avril. C’est le groupe le plus important de “31000” libérées ensemble, c’est le “parcours” le plus partagé.
Marilou Colombain, Alida Delassalle et leurs compagnes sont conduites au centre d’accueil (et de contrôle) des déporté·es installé dans l’hôtel Lutetia (Paris 6e) – qui fut réquisitionné par l’Abwehr et la Geheime Polizei durant l’occupation. Elles ont la possibilité d’y dormir dans de vrais lits aux draps blancs et propres. Après cette ultime étape, le groupe se disperse rapidement.
Au retour, Marilou ne retrouve pas Henri, son mari, mort à Gusen, l’un des Kommandos les plus meurtriers de Mauthausen (il n’y a presque pas de survivants). Selon Charlotte Delbo, elle ignore la date de sa mort (à vérifier…) [5].
Peu après, elle habite au 18 rue Jolivet (Paris 14e), puis (?) au 10 chaussée Dupont à Boulogne-Billancourt, et enfin au 192 rue de Paris au Lilas (Seine / Seine-Saint-Denis).
En novembre 1948, Marie Temmerman, sœur d’Henri Colombain, demande la restitution du corps de son frère aux frais de l’État.
Le 23 décembre 1950 aux Lilas, Marie-Louise Colombain se remarie avec Henri Rosé. Ils ont trois enfants, nés en 1946, en 1951, en 1955.
En 1965, Marie-Louise témoigne auprès de Charlotte Delbo : « Je ne crois pas m’être bien réadaptée. Je trouve très heureux d’avoir des enfants. Ils m’empêchent de trop penser et ils m’obligent à une certaine activité. »
Le couple divorce en mai 1980.
Marie-Louise Colombain décède le 17 septembre 1998, âgée de 78 ans.
Notes :
[1] Fanny Ladsky naît le 31 août 1914 à Paris 10e chez sa mère, Levina Mecka, 25 ans, couturière domiciliée au 15 rue de Meaux, reconnue par le mariage de celle-ci avec Berk Ladsky le 18 septembre 1925 à Paris 10e. En 1934, Fanny devient responsable des Jeunesses communistes à Paris. Vers la fin de l’année 1935, elle participe à la constitution de la première direction parisienne de l’Union des jeunes filles de France, puis en devient secrétaire. Déléguée au premier congrès de l’UJFF, tenu à Paris le 26 décembre 1936, elle entre à la direction nationale.Le 15 mai 1941, lors de l’arrestation de Mounette Dutilleul, alias “Jeanne Dessart” (affaire Gabriel Péri), les policiers saisissent dans le cabas de celle-ci l’autobiographie de Fanny Ladsky parmi plusieurs autres. Le 24 mai suivant à 7 heures 30 du matin, trois inspecteurs de la BS1 l’interpellent à son domicile. Le 21 septembre 1941, le Tribunal d’État la condamne à un an de prison.
Après sa deuxième arrestation, le 16 décembre 1942, et un interrogatoire violent à la préfecture de police, Fanny Ladsky est détenue dans le secteur allemand de la maison d’arrêt pour femmes de l’établissement pénitentiaire de Fresnes (Seine / Val-de-Marne), puis transférée au camp de Drancy (Seine / Hauts-de-Seine), réservé aux Juifs. Le 25 mars 1943, elle est prise dans le transport n° 53 de 1008 déporté·es à destination du camp d’extermination de Sobibor. Dirigée ensuite sur le camp de Maïdanek (Pologne), elle y meurt le 30 mars suivant, très probablement gazée. Source : Le Maitron en ligne [2] KL : abréviation de Konzentrationslager (camp de concentration). Certains historiens utilisent l’abréviation “KZ”. [3] Revier, selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24. Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemand Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus, ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”. [4] Stabsgebäude (bâtiment du quartier général) : Confisqué au Monopole des tabacs polonais pour intégrer le complexe concentrationnaire d’Auschwitz à sa création : les SS y avaient provisoirement placé les premiers groupes de prisonniers politiques polonais du 14 juin au 6 juillet 1940. Le Stabsgebäude abritait certains bureaux de la SS, la cuisine et la cantine des SS (1940-1942), une armurerie, les quartiers d’habitation des surveillantes SS, une buanderie – blanchisserie (Wäscherei), repassage (Bügelstube) – et un atelier de reprisage pour les vêtements et le linge de la SS, et – à l’entresol – les quartiers d’habitation des prisonnières. En 2010, le bâtiment, situé rue Maksymiliana Kolbego, abrite une école supérieure professionnelle. [5] Henri Colombain fait probablement partie des ces hommes d’abord écroués dans les Maisons centrales de Fontevrault et Clairvaux, puis passés par la Centrale de Blois dont une partie des détenus a été transférée à Compiègne en février 1944. Henri Colombain a été déporté dans le transport de 1218 hommes parti de Compiègne le 22 mars 1944, et arrivé au KL Mauthausen trois jours plus tard. Enregistré sous le matricule 59761, il est parmi les quelques 480 hommes de ce transport transférés ensuite vers le Kommando de Gusen, soit 40 % de l’effectif total. Parmi eux, 258 décèdent au camp – soit plus de la moitié et 21,2 % de l’effectif total du transport – dont Henri Colombain, le 20 avril 1945. L’acte de décès est transcrit à la mairie du 15e arrondissement le 5 novembre 1946.
Sources :
Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 71-72.
Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), Service de la mémoire et des affaires culturelles (SMAC), Le Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) : archives des Renseignements généraux de la préfecture de police (consultation sur écran), Affaire Colombain (G B 60) ; BS2, “Affaire Pinçon et tous autres” (G B 114), “Pinçon et autres, annexe” (G B 115) ; dossier individuel de Marie-Louise Colombain (1 W 34-24352).
Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne ; fichier du commissariat de circonscription d’Ivry-sur-Seine sur les militants communistes du secteur, fiches de recherche imprimées accompagnant un courrier du 8 avril 1943.
Thomas Fontaine, Les oubliés de Romainville, un camp allemand en France (1940-1944), avec le concours du Conseil général de Seine-Saint-Denis, éditions Tallandier, 2005, pages 74 à 8.
Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004, I.191. pages 268 et 269, 281.
Le Maitron en ligne, article de Daniel Grason, Gérard Larue : https://maitron.fr/colombain-marie-louise-nee-mechain-dite-louisette/.
Lucy Adlington, Les couturières d’Auschwitz, éditions Payot & Rivages, Paris 2023, collection Histoire, traduit de l’anglais par Julie Printzac avec Mario Pasa (The Dressmakers of Auschwitz, The True Story of the Women Who Sewed to Survive, 2021) ; pages 111, 115-116, 135, 141, 154-155, 214-215, 219, 224, 287 ; citation 239, 240-241, 253, 304 : notes : 340 (16), 341 (37) ; Lore Shelley, juive allemande, née Weinberg, conduite au Stabsgebäude par Mala Zimetbaum en même temps que Marilou Colombain, y est affectée comme secrétaire. Elle se marie au USA avec un horloger. En 1981, elle distribue un questionnaire (1900 au total) à un rassemblement mondial des survivants de la Shoah, décédée en 2012, pages 305-311, bibliographie en anglais 1986-1997, page 354 ; correspondance conservée à la Tauber Holocaust Library, à San Francisco.
MÉMOIRE VIVE
(dernière modification, le 21-03-2026)
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