Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Marie Jeanne Dupont naît le 11 mars 1921 à Douai (Nord), 8 place du Docteur Maugin (?), fille de Charles Adolphe Dupont, 27 ans, foreur de puits comme son propre père, et de Germaine Germain, son épouse, domiciliés au n° 45 rue d’Esquerchin avec leurs sept enfants.

Le père de famille, Charles, alors domicilié au baraquement n° 23 de la cité des Fonderies, décède le 12 septembre 1925, place Maugin. La mère a alors 31 ans, Marie Jeanne en a 4.

Ainsi, privée de père très tôt, Marie Jeanne est élevée chez les Sœurs de la Miséricorde (?) à Douai, où elle n’apprend guère, n’obtenant pas le Certificat d’études primaires.

Le 2 août 1941, âgée de 20 ans, elle est arrêtée à Douai sous le pseudonyme de “Nelly Nelson”, prétendant être anglaise. Elle aurait pu prétendre n’importe quoi, puisqu’elle n’avait pas de papiers d’identité, et c’est justement pour ce motif que la “Gestapo” l’interpelle (?).

Le lendemain, 3 août, elle est écrouée à la Maison d’arrêt de La Santé (Paris 14e). Dans sa cellule, elle tente de se suicider en avalant les débris de l’ampoule électrique après l’avoir cassée.

Le 8 octobre 1942, elle est transférée au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas (Seine / Seine-Saint-Denis), premier élément d’infrastructure du Frontstalag 122, parmi douze futures “31000” prises pour divers motifs ; elle y est enregistrée sous le matricule n° 875 (son pseudonyme est noté entre parenthèses sur le registre).

Le fort de Romainville, vue du côté nord.
À l’intérieur de l’enceinte, on distingue le haut du bâtiment de caserne.
Carte postale oblitérée en 1915. Collection Mémoire Vive.

Le 22 janvier 1943, Marianne Dupont fait partie des cent premières femmes otages transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne ; leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquant « 22,1 Nach Compiègne uberstellt » (transférée à Compiègne le 22.1 ). Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites en camions à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit.

Le lendemain matin, après avoir été brutalement descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II) par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Marianne Dupont y est enregistrée sous le matricule 31703. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail dans les Kommandos, mais pas de corvée.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rang de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie allemande : vues de trois quarts avec un couvre-chef (foulard), de face et de profil (la photo d’immatriculation de Marianne Dupont a été retrouvée, puis identifiée par des rescapées à l’été 1947)

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où sont enfermées leurs compagnes prises à la “course” du 10 février (une sélection punitive). Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

Au cours de l’été suivant – une fois que la présence de détenu·es politiques français·es d’Auschwitz et Birkenau a “fuité” après que quelques avis de décès soient parvenus en France (acte anonyme de résistance et/ou manque de contrôle contrevenant au statut “NN” ?) -, les survivant·es sont placé.es en retrait des Kommandos les plus mortifères.

Le 3 août, Marianne Dupont est parmi les “31000” placées en quarantaine dans une baraque en bois située en face de l’entrée du camp des femmes (celles qui ont été envoyées travailler au Kommando agricole de Raïsko étant considérées comme bénéficiant déjà d’une situation protégée). Charlotte Delbo précise : « La quarantaine, c’était le salut. Plus d’appel, plus de travail, plus de marche, un quart de litre de lait par jour, la possibilité de se laver, d’écrire une fois par mois, de recevoir des colis et des lettres. » Néanmoins, cinq Françaises, trop épuisées, y succombent encore. Pour les “31000”, cette période dure dix mois.

Afin de faire connaître qu’ils et elles sont toujours vivant·es, les ”45000” et “31000” rescapé.es jusque à cette date reçoivent le droit d’écrire à leurs proches (en allemand, sous visa de la censure du camp…).

En juin 1944, les “31000” de la quarantaine sont renvoyées au travail, mais affectées dans un atelier de couture moins épuisant où elles ravaudent les vêtements laissés par les Juifs « à l’entrée de la douche ». Des fenêtres de cet atelier, elles assistent à l’arrivée des convois de Juifs de Hongrie, débarqués sur une dérivation de la voie de chemin de fer qui se prolonge désormais à l’intérieur du camp.

Après le débarquement allié en France, un nouveau front s’est créé que le courrier ne franchit plus.

Le 2 août 1944, Marianne Dupont fait partie des trente-cinq “31000” transférées au camp pour femmes du KL Ravensbrück où elles arrivent deux jours après ; la plupart étant enregistrée comme détenues “NN” (pas de travail hors du camp, pas de transfert dans un Kommando) et assignées à un Block réservé.

Le 2 mars 1945, Marianne Dupont est parmi les trente-trois “31000” transférées au KL Mauthausen, en Haute-Autriche (annexée au IIIe Reich) à environ 22 km de Linz, où elles arrivent le 5 mars après un voyage très pénible.

Mauthausen. Carte postale non datée. Collection Mémoire Vive.

Ensuite, en les transportant de nuit, on conduit la plupart d’entre elles à la gare de triage d’Amstetten pour boucher les trous d’obus et déblayer les voies quotidiennement bombardées par l’aviation américaine (trois “31000” seront tuées sous les bombes).

Le 22 avril 1945, Marianne Dupont fait partie des trente “31000” prises en charge par la Croix-Rouge internationale et acheminées en camion à Saint-Gall (Sankt Gallen), au sud du lac de Constance, en Suisse alémanique.

Saint-Gall, avec, incrusté au fond par photomontage, la barrière calcaire du Säntis (2502 m). On distingue la voie ferrée qui traverse la ville.
Carte postale des années 1940, collection Mémoire Vive.

De là, elles gagnent Paris par le train où elles arrivent le 30 avril. C’est le groupe le plus important de “31000” libérées ensemble, c’est le “parcours” le plus partagé.

Marianne Dupont et ses compagnes sont conduites au centre d’accueil (et de contrôle) des déportés installé dans l’hôtel Lutetia (Paris 6e) – qui fut réquisitionné par l’Abwehr et la Geheime Polizei durant l’occupation – où elles ont la possibilité de dormir dans de vrais lits aux draps blancs et propres.

L’hôtel Lutetia, à Paris 6e. Siège de l’Abwehr (service de renseignements de l’état-major allemand) sous l’occupation.
Centre d’accueil des déportés au printemps-été 1945.
Carte postale, années 1940-1950. Collection Mémoire Vive.

Après être passé par le Lutetia, le groupe se disperse rapidement.

Le 15 juillet 1947 à Douai, Marianne Dupont – alors âgée de 26 ans et domiciliée au 29 rue des Vierges – se marie avec Maurice Jean Georges, 29 ans, mécanicien ; le couple a deux enfants.

Rédigeant la notice concernant sa compagne de déportation pour sa monographie de leur convoi publiée en 1967, Charlotte Delbo relate que celle-ci « n’est pas du tout en bonne santé et ne semble pas très heureuse. »

Marie Jeanne Georges décède le 26 septembre 1986

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), page 103-104.
– Marion Queny, Un cas d’exception : (…) le convoi du 24 janvier, mémoire de maîtrise d’Histoire, Université Lille 3-Charles de Gaulle, juin 2004, notamment une liste réalisée à partir du registre de Romainville (copie transmise par Thomas Fontaine), pp. 197-204, et p. 114.
- Thomas Fontaine, Les oubliés de Romainville, un camp allemand en France (1940-1944), avec le concours du Conseil général de Seine-Saint-Denis, éditions Tallandier, 2005, pages 74 à 86.
- Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression…, 1940-1945, éditions Tirésias, Paris 2004, I.74. Les femmes parties le 24 janvier 1943 de Compiègne et enregistrées le 27 janvier au KL Auschwitz.
- Par le moteur de recherche du site internet du Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau à Oswiecim, Pologne, on obtient seulement sa photo d’immatriculation en saisissant son numéro d’enregistrement (en l’occurrence, un positif “contact” d’après le négatif retrouvé) ; aucun document d’archive ne porte son nom…

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 25-08-2026)

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