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Photographie anthropométrique prise le 16 septembre 1942
par le service de l’identité judiciaire.
© Archives de la Préfecture de Police (APP), Paris. 

Yvonne, Renée, Lucie, Gallois naît le 25 avril 1921 à Sorel-Moussel [1], petit village sur les bords de l’Eure, 13 km au Nord de Dreux (Eure-et-Loir), dans une famille de quatre enfants. Le père est journalier agricole, la mère femme de service au sanatorium de Dreux.

La Résistance

En 1942, Yvonne Gallois est cuisinière à Paris, dans le 20e arrondissement Elle a pour ami un jeune homme, Marc (ou Marcel) Lainé, qui est dans un groupe de combat des Francs-tireurs et partisans (FTP).

Début septembre 1942, il prend part à un coup de main à la porte d’Orléans. Un homme est tué. Le journal Paris-Soir relate le fait comme s’il s’agissait d’un crime.

Yvonne Gallois écrit à sa mère : « Ce n’est pas une affaire comme les autres. Je t’expliquerai. »

L’arrestation

Marc Lainé n’est pas pris sur-le-champ, il réussit à fuir ; mais la Gestapo vient l’arrêter chez lui le 16 septembre.

Le 24 novembre 1942, il est fusillé par l’armée allemande au Fort du Mont-Valérien, à Suresnes (Hauts-de-Seine), avec quatre autres détenus, peut-être pris dans la même affaire (à vérifier…) : Jean et Maurice Cadet, Eugène Dion, et Gaston Père.

Arrêtée en même temps, Yvonne Gallois est écrouée au dépôt.

Le 23 janvier 1943, remise aux autorités d’occupation à leur demande, elle est directement transférée au camp allemand de Royallieu… pour prendre à Compiègne le train du lendemain.

Le lendemain matin, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille.

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Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit.

Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

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Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises
et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Yvonne Gallois y est enregistrée sous le matricule n° 31849. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rangs de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie de la police allemande : vues de trois-quart avec un couvre-chef (foulard), de face et de profil (la photo d’Yvonne Gallois a été retrouvée).

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Photographiée à Auschwitz-I, le 3 février 1943,
selon les trois vues anthropométriques de la police allemande.
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne.
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Le 12 février, elles sont assignées au Block 26, entassées à mille avec des détenus polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes.

Aucune rescapée n’a pu apporter de témoignage sur la mort d’Yvonne Gallois (elles ne l’ont pas connue en détention, avant la déportation…).

Yvonne Gallois meurt le 25 mai 1943, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (date connue du ministère des anciens combattants lorsqu’il informe sa famille de son décès, après la guerre). Elle a 22 ans.

Cette date de décès “tardive” a surpris les rescapées, étonnées de ne pas l’avoir connue au cours des quatre mois de leur présence simultanée à Birkenau… Elle pourrait avoir été rapidement soustraite du groupe soit pour être dirigée vers un Kommando, soit pour entrer au Revier.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), page 121.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 331 (20997/1943).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 9-01-2012)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] Sorel-Moussel : Firmin Didot (1764-1836), membre le plus célèbre d’une dynastie d’imprimeurs, éditeurs et typographes, créateur d’une forme de caractères portant son nom, y avait installé une importante imprimerie (aujourd’hui Espace Didot).