Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz lors de l’évacuation du camp en janvier 1945. Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz
lors de l’évacuation du camp en janvier 1945.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Victor, Albert, André, Martin naît le 6 mai 1918 à Paris 9e (75), fils d’Émile martin et d’Angèle Decaestekker.

C’est un militant communiste. Il est membre des Jeunesses communistes de 1936 à 1938.

À partir du 20 septembre 1937, il est cycliste au service photographique du journal Ce Soir, rue du 4-septembre.

En octobre 1938, il est incorporé au 8e Zouaves à Mourmelon-le-Grand pour accomplir son service militaire et reste mobilisé au cours de la drôle de guerre.

Le 11 novembre 1939, à Paris 9e, Victor Martin – alors déclaré comme plombier – se marie avec Andrée Nère, née le 4 décembre 1921 à Fontenay-aux-Roses (Seine), vendeuse.

Victor Martin est réformé temporairement le 4 janvier 1940, « pour maladie de cœur et lésion pulmonaire ».

Pendant un temps, il habite au 39, rue de Châteaudun (Paris 9e). Du 15 février au 27 août, il trouve un emploi de chauffeur-livreur chez Lévy-Février, 19 rue de l’Entrepôt (Paris 10e). Après ou avant cette période, il est aussi employé chez Bulard, 61 rue de la Pointe (Paris 13e), chez Lesage, 13 rue Grange-Batelière (9e) et chez De Fontaine, 60 rue Saint-André-des-Arts (6e).

À partir d’avril et jusqu’au moment de son arrestation, il est domicilié chez ses beaux-parents, au 21, rue Turgot à Paris 9e.

À partir de septembre, il est inscrit au fonds de chômage de l’arrondissement.

Selon la police, il continue « la propagande clandestine dans le 9e arrondissement, servant d’agent de liaison et distribuant à d’autres militants des tracts ronéotypés et des papillons gommés ».

Le 8 novembre 1940, les services de la préfecture de police (« trois hommes en civil ») effectuent une perquisition à son domicile au cours de laquelle est seulement trouvé un livre de Jacques Duclos, Les droits de l’intelligence. Le lendemain, Victor Martin est placé sous mandat de dépôt : avec cinq autres jeunes militants parisiens, il est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939.

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage.
(montage photographique)

Le 16 janvier 1941, ils comparaissent devant la chambre des mineurs (15e) du Tribunal correctionnel de la Seine ; trois pères ont été convoqués à l’audience comme civilement responsables. Victor Martin est condamné à six mois de prison avec sursis. Tous se pourvoient en appel auprès du procureur de la République. Ils doivent passer devant la Cour d’appel de Paris le 17 février 1941 (date repoussée, voir plus loin…).

Victor Martin n’est pas libéré : le préfet de police de Paris signe un arrêté ordonnant son internement administratif. Dès le lendemain, 17 janvier, il est conduit avec 26 autres militants au camp français d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), “centre de séjour surveillé” (CSS) créé en octobre 1940 dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt. Selon une autre source, il est écroué provisoirement à la Santé et ne serait transféré à Aincourt que le 25 janvier.

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Aincourt
Tel qu’il est photographié, le pavillon Adrien Bonnefoy Sibour ne laisse pas entrevoir la grande forêt qui l’entoure et l’isole de la campagne environnante

Le 18 janvier, son épouse écrit au préfet de police pour lui demander où se trouve son mari et combien de temps celui-ci sera-t-il encore incarcéré.

En février, alors que les autorités françaises envisagent le transfert de 400 détenus d’Aincourt vers « uncamp stationné en Afrique du Nord », le docteur du centre dresse trois listes d’internés inaptes. Victor Martin figure sur celle des internés « non susceptibles absolus » en raison de son état général et de l’état de son cœur.

Le 4 février 1941, Andrée Martin donne naissance à leur fils Daniel.

Le 4 mars, elle écrit au préfet de Seine-et-Oise pour solliciter une permission exceptionnelle de sortie de son mari afin que celui-ci puisse voir leur enfant. Le haut fonctionnaire départemental renvoie la décision au préfet de police de Paris, direction des services des renseignements généraux (la suite donnée est inconnue…).

Le 14 mars, Victor Martin est extrait du camp (avec André Bouchevereau) et conduit au Dépôt pour comparaître devant la Cour d’Appel qui confirme le premier jugement. Le 18, il est transféré à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e).

Le 23 mars, son épouse écrit au préfet de la Seine, à l’Hôtel de Ville de Paris, pour solliciter sa libération.
Le 25 mars, Victor Martin est ramené à Aincourt.

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Le sanatorium de la Bucaille à Aincourt dans les années 1930.
Le centre de séjour surveillé a été installé dans la longue bâtisse située au premier plan à gauche. Afin de pouvoir y entasser les détenus, il a fallu y transporter le mobilier des autres bâtiments.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 25 février 1942, la Feldkommandantur 758 de Saint-Cloud adresse au préfet de Seine-et-Oise un courrier intitulé : « Communistes du camp d’Aincourt susceptibles de travailler ». Trois listes sont exigées pour le 10 mars.

Dans le courrier de réponse du préfet de Seine-et-Oise – porté par moto le 12 mars – Victor Martin est inscrit parmi douze noms sur un « état des jeunes gens âgés de 21 à 27 ans, condamnés pour propagande communiste et qui ont été internés au centre d’Aincourt ».

Le 9 mai 1942, Victor Martin est parmi les quinze internés remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Victor Martin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45846 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Victor Martin.

Il meurt à Auschwitz le 25 août 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp (Sterbebücher).

Avant le 13 février 1947 (copie certifiée conforme), Madeleine Dechavassine, secrétaire générale de l’Amicale d’Auschwitz, rédige un certificat selon lequel Victor Martin est décédé à Auschwitz fin 1942, selon le témoignage de Maurice Martin, de Gentilly (Seine / Val-de-Marne – 94), et de Raymond Boudou, de l’Hay-les-Roses (94).

Le 22 janvier 1962, sa veuve, remariée, dépose au nom de son fils une demande d’attribution du titre de “déporté politique” à Victor Martin à titre posthume. Le ministère des Anciens combattants et victimes de guerre lui envoie la carte n° 1175 15971 le 25 juin 1964.

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 371 et 413 ; notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et “31000” de Paris (2002).
- Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier individuel  de Victor Martin (21 P 513 425).
- Archives de la préfecture de police (Seine / Paris), site du Pré-Saint-Gervais ; cabinet du préfet (1W0683), dossier individuel (15517).
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 2 décembre 1940 au 25 février 1941, cote D1u6-5852 ; jugement du jeudi 16 janvier, cote D1u6-3705.
- Archives départementales des Yvelines et de l’ancien département de Seine-et-Oise (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt (1W76, 1W77, 1W80), dossier individuel (1W138) ; recherches parallèles de Claude Delesque.
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 784 (28983/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 2-06-2016)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.