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IDENTIFICATION INCERTAINE…
Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oświęcim, Pologne. 
Coll. Mémoire Vive. Droits réservés.

Thomas (Chanas) Sanchez naît le 7 mars 1921 à La Plaine-Saint-Denis [1] (Seine-Saint-Denis – 93), fils de Marcelino (Marcel) Sanchez, 36 ans, manœuvre, et Celedonia Ramos, 33 ans, son épouse, née et mariée à Saucedilla (Estremadure, Espagne). Thomas a deux frères et une sœur nés en Espagne – Claude, Paulette et Florencio (mai 1917) – et il aura encore un frère plus jeune, né à Saint-Denis le 12 juin 1927. Tous, sauf le premier enfant, seront naturalisés français par la loi du 10 août 1927.

Thomas Sanchez est manœuvre. Pendant un temps, il demeure chez ses parents, au 93, avenue des Érables à Morsang-sur-Orge [2] (Essonne – 91).

Selon la police, militant communiste convaincu, il est alors secrétaire adjoint de la cellule du Centre dans cette commune où il est considéré comme « dangereux pour l’ordre public ». Plus tard, lui même déclarera n’avoir jamais appartenu qu’à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).

En 1939 et jusqu’à son arrestation, Thomas Sanchez habite au 61, rue de l’Union à Aubervilliers [1] (93).

Dans cette période, il entre en relation avec la très jeune Rose Maillot, née le 1er novembre 1924 à Paris 6e, et habitant chez sa mère au 15, rue Magenta à Pantin (Seine /Seine-Saint-Denis).

Au début janvier 1940, Thomas Sanchez est mobilisé à la première Compagnie spéciale au dépôt de guerre 213 de Saint-Benoît (Seine-et-Oise). Puis il est « interné au Centre de Fort Barraux (Isère), sur ordre de l’autorité militaire, en raison de son activité politique ». Il en est probablement libéré à la suite de la Débâcle.

De retour chez lui, il trouve (réintègre ?) un emploi à l’usine de la société Auguste Pellerin (fabriquant la margarine le « TIP »), au 110, avenue Jean-Jaurès, à Pantin.

Le 19 août 1940, Thomas Sanchez est arrêté sur son lieu de travail par la gendarmerie pour distribution de tracts, probablement sur dénonciation. Le lendemain, il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e. L’armée allemande, qui investit en partie les lieux, s’apprête à le libérer, mais les autorités françaises le retiennent au niveau du greffe de la prison.

Le 22 octobre, Thomas Sanchez est placé sous mandat de dépôt ou d’écrou.

Le 24 octobre, à Paris 6e, Rose met au monde leur fils Claude. Le 27 décembre, alors que Thomas est considéré comme « domicilié à Paris, rue de la Santé, 42 » [sic], il régularise la situation en épousant Rose à la mairie de Pantin, en présence de ses parents et de la mère de la mariée (le père de celle-ci est décédé). Par la suite et pendant un temps, Rose sera hébergée par ses beaux-parents, à Morsang-sur-Orge.

 
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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er. 
Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage. 
(montage photographique)

Le 8 février 1941, lors d’une audience au cours de laquelle sont jugés 48 militants et militantes communistes (dit « procès des cinquante »), dont dix-sept futurs “45000”, la chambre des mineurs (15e) du tribunal correctionnel de la Seine condamne Thomas Sanchez à six mois d’emprisonnement pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (dans son cas « pour propagande communiste »). Comme les autres condamnés, son pourvoi en appel sera déposé le 28 février. Bien que la détention préventive qu’il a effectuée soit équivalente à sa peine, il n’est pas libéré : dès le lendemain, – sur instruction des Renseignements généraux – le préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant son internement administratif, en application du décret du 18 novembre 1939.

Le 27 février suivant, il fait partie d’un groupe de 48 internés administratifs – dont Guy Môquet, Maurice Ténine et seize futurs “45000” – transférés à la Maison centrale de Clairvaux (Aube – 10) où ils en rejoignent d’autres : 187 détenus politiques s’y trouvent alors rassemblés.

Là, Thomas Sanchez (registre 4A.6974) ferait plusieurs « crises cardiaques » constatées par le médecin de la prison.

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Clairvaux. La Maison centrale. Carte postale. Collection M. Vive.

Le 31 mars, avec Robert Massiquat, Francis Née, Eugène Omphalius et Albert Rosse, Thomas Sanchez est un des six internés de Clairvaux conduits à la Maison d’arrêt de la Santé (Paris 14e), en préalable à leur passage devant la cour d’Appel. Le 9 avril, celle-ci confirme le jugement de la première instance. Il est prévu que Thomas Sanchez soit ramené à Clairvaux, mais, le quartier de la centrale utilisé comme centre d’internement étant « complet », il reste interné à la Santé (14e division, cellule 15).

Le 4 mai 1941, Rose Sanchez écrit simultanément au préfet de Seine-et-Oise, à Versailles, et au préfet de police, à Paris, pour solliciter la libération de son jeune mari (elle insiste sur son âge : 20 ans). Le 3 juin, elle écrit de nouveau au préfet de Seine-et-Oise, ajoutant comme argument : « Je suis à la charge de mes parents qui attendent leur 6e enfant » (?). Elle sait que son mari peut être transféré à Clairvaux ou dans un autre camp.

Le 8 juin, Thomas Sanchez écrit lui-même au préfet de Seine-et-Oise, pour solliciter sa libération ; peut-être agit-il de concert avec son épouse.

Le 9 septembre suivant, remis à la police judiciaire, il est ramené à Clairvaux.

Le 26 septembre 1941, Thomas Sanchez fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre d’internement administratif” (CIA) de Gaillon (Eure – 27), un château Renaissance isolé sur un promontoire surplombant la Seine et transformé en centre de détention au 19e siècle, puis en caserne. Il est assigné au bâtiment F, 2e étage, chambre 6, lit n° 70.

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Le camp de Gaillon, ancien château de l’évêque de Rouen. 
Carte postale d’après-guerre. Collection Mémoire Vive.

Le 29 octobre, il est puni de six jours de cellule pour s’être introduit dans un bâtiment dont l’accès lui est interdit.

Le 3 janvier 1942, Thomas Sanchez écrit au préfet de l’Eure pour solliciter une permission de sortie afin d’aller voir son père, dont un certificat médical précise que « ce malade présente de l’asthénie cardiaque occasionnant fréquemment des crises syncopales mettant ses jours en danger ». Le préfet de l’Eure transmet la demande au préfet de police, à Paris (à cause de l’adresse d’Aubervilliers), qui la transmet au préfet de Seine-et-Oise, à Versailles (à cause de l’adresse de Morsang-sur-Orge). Le 27 février, le préfet de l’Eure écrit au commandant du camp de Gaillon que, suite à l’avis défavorable émis par le préfet de Seine-et-Oise – « en raison des circonstances actuelles et en particulier des difficultés de surveillance » -, il lui est impossible d’accorder la permission demandée.

Selon une note de la police (RG ?) datée du 18 février 1942, Thomas Sanchez figure sur une liste de 43 « militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion », et qui sont pour la plupart internés au camp de Gaillon.

Le 4 mai 1942, Thomas Sanchez fait partie d’un groupe de détenus transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28). Enregistré sous le matricule n° 316, il n’y reste que deux semaines.

Le 20 mai, remis aux “autorités d’occupation” à leur demande, il fait partie d’un groupe de 28 internés conduits par des gendarmes français au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager).

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La caserne de Royallieu après-guerre. Les huit premiers 
bâtiments alignés à gauche sont ceux du quartier “A”, 
désigné pendant un temps comme le “camp des communistes”. 
À l’arrière plan, sur l’autre rive de l’Oise, 
l’usine qui fut la cible de plusieurs bombardements 
avec “dégâts collatéraux” sur le camp. 
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Entre fin avril et fin juin 1942, Thomas Sanchez est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Les deux wagons à bestiaux 
du Mémorial de Margny-les-Compiègne, 
installés sur une voie de la gare de marchandise 
d’où sont partis les convois de déportation. Cliché M.V.

Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Thomas Sanchez est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46095, selon les listes reconstituées (la photo d’immatriculation correspondant à ce matricule a été retrouvée, mais n’a pu être identifiée à ce jour).

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire – au cours duquel Thomas Sanchez se déclare comme ouvrier agricole (« Landarbeiter ») -, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Thomas Sanchez.

Il meurt à Auschwitz le 21 septembre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp, qui indique pour cause mensongère de sa mort « pneumonie ». Il a 21 ans.

Son nom est inscrit sur le monuments aux morts de Morsang-sur-Orge, situé dans le cimetière communal, sur la plaque “1939-1945”.

Le 26 mars 1946, Rose Sanchez, alors domiciliée au 26 bis, rue de l’Argonne, à Paris 19e, dépose une demande de certificat au bureau des déportés et statuts divers, direction interdépartementale de Paris, du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre (ACVG).

Le 25 novembre 1946, à la mairie de Morsang-sur-Orge, le père de Thomas Sanchez, Marcelino, dépose une demande de régularisation de l’état civil d’un « non-rentré ». Le 31 décembre suivant, la veuve de Thomas Sanchez, Rose, dépose exactement la même demande à la mairie de Pantin.

Entre temps, le 24 décembre 1946, après qu’une copie de l’acte de décès allemand du camp d’Auschwitz lui soit parvenue, le service d’état civil interne des ACVG établit un acte de décès officiel, transcrit cinq jours plus tard sur les registres de la mairie de Morsang.

Le 16 mai 1949, la mère de Thomas Sanchez, Célédonia, veuve depuis le 6 janvier 1947, obtient du ministère des ACVG une attestation officielle selon laquelle son fils « n’est pas rentré à ce jour »,

Le 27 mai suivant, la veuve de Thomas, Rose, alors domiciliée au 11, avenue Corentin Cariou, à Paris 19e, dépose une demande d’inscription de la mention « mort pour la France » sur l’acte de décès « d’un déporté politique ». Le 2 septembre suivant, la commission départementale de contrôle de la Seine classe Thomas Sanchez dans la catégorie « déporté politique ». Le 3 octobre, le ministère des ACVG décide de faire ajouter la mention « mort pour la France » sur son acte de décès.

Le 6 juillet 1949, le secrétariat aux forces armées délivre un certificat d’appartenance de Thomas Sanchez à la Résistance intérieure française, au grade fictif de soldat de 2e classe, comme membre de l’organisation Front national.

Le 3 février 1951 à Paris 19e, Rose Sanchez se remarie avec Aimé, Georges, H., 26 ans (né le 1er octobre 1924 à Paris 19e), emballeur, divorcé. Ensemble, ils auront trois enfants.

Le 26 décembre suivant, un conseil de famille se réunit au cabinet du juge de Paix du 9e arrondissement pour confirmer la tutelle naturelle et légale de Rose sur son enfant mineur, Claude, relativement à la succession et alors qu’elle s’est remariée. Participent à la décision pour la ligne paternelle une tante, Obidia Sanchez, et deux amies, désignées par la mère de l’enfant. La grand-mère paternelle de celui-ci n’est pas présente. Aimé, Georges, H., le mari de Rose, est désigné comme co-tuteur.

Le 4 août 1955, à Morsang-sur-Orge, Célédonia Sanchez dépose une demande d’attribution du titre de déporté politique au titre d’ascendant du disparu. Le 31 décembre suivant, le bureau de l’état civil et des recherches lui demande de lui « faire connaître ce que sont devenus l’épouse et le fils du déporté et, le cas échéant, leur adresse actuelle ». Le 11 mars 1956, la mère de Thomas Sanchez, alors veuve, répond avoir « rompu toute relation » avec sa belle-fille et ignorer son lieu de résidence (elle ne voit donc plus son petit-fils). Le 7 décembre 1956, le formulaire de demande est corrigé au nom de Rose H., tutrice de Claude Sanchez, déjà inscrit comme touchant l’allocation militaire. Le 14 janvier 1957, le ministère des Anciens combattants et victimes de guerre attribue à Thomas Sanchez le titre de déporté politique. La carte n° 1175-10865 est remise à Rose H., veuve Sanchez, au titre de mère et tutrice de l’enfant mineur du déporté.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur l’acte de décès de Thomas Sanchez (J.O. du 19-05-1998).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 380 et 420. 
- Archives nationales, correspondance de la Chancellerie sur des procès pour propagande et activité communistes, BB18 7042. 
- Archives de Paris, archives judiciaires, registre du greffe du tribunal correctionnel de la Seine, 14 janvier-12 février 1941 ; jugement du samedi 8 février 1941, cote D1u6-3719. 
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “Occupation allemande” : BA 2373 (camps d’internement…) ; BA 2397 (liste des internés communistes, 1939-1941). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1W71, 1W152 (dossier individuel]. 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Témoignage de Dominique Ghelfi (daté 1946), Contre l’oubli, brochure éditée par la mairie de Villejuif en février 1996. D. Ghelfi, n’ayant pas été sélectionné pour le convoi du 6 juillet, a assisté au départ de ses camarades. Lui-même a été déporté à Buchenwald en janvier 1944 (rescapé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1064 (32168/1942). 
- Site Mémorial GenWeb, 91-Morsang-sur-Orge, relevé de Stéphane Protois (2006).
- Archives départementales de l’Eure (AD 27) ; camp de Gaillon, dossier individuel de Thomas Sanchez, cote 89 w 6, recherches de Ginette Petiot (message 10-2014)
- Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier de Thomas Sanchez, cote 21 P 535 507, recherches de Ginette Petiot (message 10-2014).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 12–10-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] La Plaine-Saint-Denis et Aubervilliers : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, ces communes font partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Morsang-sur-Orge : jusqu’à la loi de juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine-et-Oise (transfert effectif en janvier 1968).