Samuel, Léon, Frémont naît le 25 janvier 1901 à Condé-sur-Noireau (Calvados – 14), chez ses parents, Alfred Frémont, 33 ans, tisserand, et Zélie Morel, 28 ans, son épouse, domiciliés au hameau de la Conterie. Samuel Léon a une sœur, Édith, et deux frères, Alfred et Marcel.

Le 7 avril 1921, Samuel Frémont est incorporé au 503e régiment de chars légers pour accomplir son service militaire. Le 30 mai 1923, il est renvoyé dans ses foyers, titulaire d’un certificat de bonne conduite.

Le 31 janvier 1925, à Condé-sur-Noireau, Samuel Frémont se marie avec Andréa C. Ils n’ont pas d’enfant. Le 26 octobre 1929, le Tribunal civil de Caen dissous leur mariage par jugement de divorce.

Au moment de son arrestation, Samuel Frémont est domicilié rue de la Cavée à Condé-sur-Noireau.

Il va souvent rendre visite à sa famille à Échauffour, dans l’Orne (61). Il aide volontiers son frère Marcel, boulanger, au fournil, à la maison ou au jardin. Sous l’occupation, en regagnant Condé, il repart toujours avec un pain (le pain noir de la guerre), dissimulé au fond des sacoches de son vieux vélo…

Il aime pêcher la truite et l’écrevisse. Sportif, il a été gardien de but dans l’équipe de football de Condé-sur-Noireau avant d’en devenir dirigeant.

Son neveu, Jean Frémont, le décrit comme « rigoureux et très humain ».

Avant la guerre, Samuel Frémont travaille aux Établissements Jeanson, tissages, à Condé-sur-Noireau.

Syndicaliste CGT, délégué du personnel, représentant aux Prud’Hommes, sympathisant du Parti communiste, Samuel Frémont a participé activement aux événements du Front Populaire.

Lors des élections cantonales d’octobre 1937, le Parti communiste le présente comme candidat au Conseil d’arrondissement dans la circonscription de Vire.

Au moment de son arrestation, Samuel Frémont se déclare comme terrassier.

Le 27 août 1939, Samuel Frémont est rappelé à l’activité militaire. Deux jours plus tard, il est affecté au 36e régiment régional, 3e compagnie

Sous l’occupation, membre du Parti communiste clandestin, il diffuse des tracts anti-allemands. Il subit une perquisition à son domicile, le 1er juillet 1941.

Le dimanche 3 mai 1942 dans l’après-midi, des Feldgendarmes viennent le chercher à son domicile d’où il s’était absenté pour une partie de pêche. Craignant des représailles pour sa famille, il rentre finalement chez lui où il est arrêté vers 22 heures. Le sous-préfet de Vire, qui a refusé le recours de la gendarmerie française, précise dans une lettre datée du 6 mai : « La Feldgendarmerie a procédé par ses propres moyens aux arrestations suivantes : à Vire : M. Poirier ; à Condé : M. Frémont ». Ces hommes sont pris comme otages communistes à la suite du déraillement d’un train de permissionnaires allemands à Moult-Argences (Airan) [1].

Quelques jours plus tard, Samuel Frémont est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager). Enregistré sous le matricule 5267, il est assigné au bâtiment C5, chambre 7.

Inquiète sur son sort, toute sa famille se mobilise pour obtenir de ses nouvelles. Le 21 mai, son frère Marcel est à l’initiative d’une intervention écrite auprès de la mairie de Condé-sur-Noireau. Le 29 mai, un courrier du maire indique qu’il transmet cette demande à la préfecture du Calvados. De son coté, le 6 juin, Samuel Frémont, qui vient de recevoir à Compiègne un colis de son frère, peut lui écrire en retour.

Entre le début mai et la fin juin 1942, Samuel Frémont est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Ce jour-là, Samuel Frémont envoie un dernier message à son frère Marcel, précisant qu’il a reçu en tout quatre colis à Compiègne : « La réclame dans les journaux pour aller travailler en Allemagne ne rend pas, sûrement. Alors l’on part de force dans des wagons à bestiaux ce matin à 1200. (…) Dans l’espoir que tu lises ma lettre un de ces jours, si je tombe sur un bon garçon obligeant. »

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Samuel Frémont est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45557 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée [2]).

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Auschwitz-I, le 8 juillet 1942. 
Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 
Oswiecim, Pologne. 
Collection Mémoire Vive. Droits réservés.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Samuel Frémont est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Samuel Frémont meurt à Auschwitz le 8 août 1942, selon les registres du camp ; après s’être « porté volontaire pour une soi-disant séance de douche » selon Eugène Garnier, de Flers ; un mois après l’arrivée de son convoi.

Son frère Alfred a reçu l’avis imprimé envoyé à certaines familles par l’administration militaire de Royallieu le 16 juillet 1942 pour les informer que leur proche n’est plus à Compiègne : « Par décision de nos services, le détenu susnommé a été transféré dans un camp pour y travailler. Sa destination étant inconnue, il vous faudra attendre pour avoir de ses nouvelles. »

Le 18 septembre, suite à la demande de son frère Marcel, la préfecture du Calvados fait savoir que, selon les services de la sûreté allemande basés à Rouen, « la libération de M. Samuel Frémont ne pouvait être actuellement envisagée. »

À une date qui n’est pas précisée, la famille de Samuel Frémont reçoit un avis de décès émanant de l’administration d’Auschwitz et indiquant : « Décédé d’une embolie pulmonaire ».

À son retour de déportation (parmi les derniers !), Eugène Gamier fourni quelques informations à sa famille, démentant cette cause officielle de décès.

Après la libération, le Conseil municipal de Condé-sur-Noireau donne son nom à une rue de la ville ; sur la plaque, il est mentionné : « Déporté mort pour la France ».

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. n° 198 du 28-09-2009).

Une autre initiative pour libérer Samuel Frémont avait été envisagée par son frère Marcel, boulanger qui fournissait en pain le groupe de résistants de Touquettes, près d’Échauffour, commandé par M. Boudon, cultivateur. Avec ce dernier et l’aide d’un employé des chemins de fer, il s’agissait d’intervenir sur le convoi en partance pour l’Allemagne… Cette idée fut abandonnée par crainte d’échec et surtout de représailles. Plus tard, le groupe de M. Boudon devait être démantelé et lui-même tué en combattant l’occupant à Touquettes, le 8 juillet 1944.

Sources :

- Son nom (orthographié « GREMONT ») et son matricule figurent sur la Liste officielle n°3 des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée le 26 septembre 1946 par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre, page 60. 
- De Caen à Auschwitz, par le collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’associationMémoire Vive, éditions Cahiers du Temps, Cabourg (14390), juin 2001, notice par Claudine Cardon-Hamet pages 27-28 ; pages 46, 54, 55, 63 et 65, 89. 
- Documents transmis à M.-V. par sa nièce, Madeleine Bunel, fille de son frère Marcel. 
- Cl. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 74 et 75, 362 et 404. 
- Jean Quellien (1992), sur le site non officiel de Beaucoudray, peut-être extrait de son livre Résistance et sabotages en Normandie, paru aux éditions Corlet. 
- Site Gallica, Bibliothèque Nationale de France, L’Humanité n° 14171 du mercredi 6 octobre 1937, page 4, “vingt-deuxième liste…”. 
- Archives départementales du Calvados, archives en ligne ; état civil de Condé-sur-Noireau N.M.D. 1901-1902 (cote 4 E 12187), registre des naissances de l’année 1901, acte n° 8 (vue 4/236) ; registre matricule du recrutement militaire pour l’année 1921, bureau de Falaise, n° 501-843, matricule 797 (vue 376/435). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 2, page 310 (18898/1942).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 4-04-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Le double déraillement d’Airan et les otages du Calvados : Dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, le train quotidien Maastricht-Cherbourg transportant des permissionnaires de la Wehrmacht déraille à 17 kilomètres de Caen, à l’est de la gare de Moult-Argence, à la hauteur du village d’Airan, suite au déboulonnement d’un rail par un groupe de résistance. On compte 28 morts et 19 blessés allemands.

La locomotive du premier train ayant déraillé le 16 avril 1942. 
Collection R. Commault-Mémorial de Caen. 
In De Caen à Auschwitz, éditions Cahiers du Temps, juin 2001, page 11.

L’armée d’occupation met en œuvre des mesures de représailles importantes, prévoyant des exécutions massives d’otages et des déportations. Le préfet du Calvados obtient un sursis en attendant les conclusions de l’enquête de police. Mais, faute de résultats, 24 otages choisis comme Juifs et/ou communistes sont fusillés le 30 avril, dont deux à Caen.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un deuxième déraillement a lieu, au même endroit et par le même procédé. Un rapport allemand signale 10 morts et 22 blessés parmi les soldats. Ces deux déraillements sont au nombre des actions les plus meurtrières commises en France contre l’armée d’occupation.

Au soir du deuxième attentat – à partir de listes de communistes et de juifs (130 noms sur le département) transmises au préfet par le Feldkommandant – commence une vague d’arrestations, opérées par la police et la gendarmerie françaises avec quelques Feldgendarmes. Dans la nuit du 1er au 2 mai et le jour suivant, 84 hommes au moins sont arrêtés dans le Calvados et conduits en différents lieux de détention. Pour le commandement militaire allemand, ceux qui sont maintenu en détention ont le statut d’otage.

Tous les hommes désignés n’ayant pu être arrêtés, une autre vague d’arrestations, moins importante, a lieu les 7 et 8 mai. Le préfet du Calvados ayant cette fois-ci refusé son concours, ces arrestations d’otages sont essentiellement opérées par la Wehrmacht (Feldgendarmes).

Au total plus de la moitié des détenus de ce début mai sont, ou ont été, adhérents du Parti communiste. Un quart est désigné comme Juif (la qualité de résistant de certains n’est pas connue ou privilégiée par les autorités). Des auteurs d’actes patriotiques, proches du gaullisme, sont également touchés par la deuxième série d’arrestations.

Tous passent par le “petit lycée”, contigu à l’ancien lycée Malherbe (devenu depuis Hôtel de Ville), où ils sont rapidement interrogés.

Caen. Le Petit Lycée. Carte postale éditée dans les années 1900. 
Collection Mémoire Vive.

Le 4 mai, 48 détenus arrêtés dans la première rafle sont transférés en train au camp de police allemande de Compiègne-Royallieu ; puis d’autres, moins nombreux, jusqu’au 9 mai (19 ce jour-là).

Les 8 et 9 mai, 28 otages communistes sont fusillés, au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine – 93) pour la plupart (trois à Caen). Le 14 mai, onze otages communistes sont encore fusillés à Caen.

La plus grande partie des otages du Calvados transférés à Compiègne sera déportée à Auschwitz le 6 juillet 1942 : 57 politiques et 23 Juifs (près de la moitié des otages juifs du convoi).

[2] Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin Après Auschwitz, n°21 de mai-juin 1948).