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Rolande VANDAELE – 31761

Trois destins et une famille décimée

Charlotte DOUILLOT, née Merlin – 31762

sa fille Rolande VANDAELE – 31761

et sa sœur, Henriette L’HUILLIER – 31688

Charlotte et Henriette Merlin sont nées toutes les deux dans le 20e arrondissement, rue Ramponneau : Charlotte, le 27 janvier 1898, Henriette le 30 septembre 1903. De bonne heure, toutes deux ont dû gagner leur vie. Leur mère était seule pour élever cinq enfants.

Charlotte épouse Henri Douillot, mécanicien-outilleur, qui a un atelier à Bondy. Elle travaille avec lui comme découpeuse en mécanique. Les Douillot habitent cette commune, avec Rolande, née le 18 avril 1918 d’un premier mariage de Charlotte.

Henriette épouse Alphonse L’Huillier, le couple habite Paris.

Henri Douillot est élu conseiller municipal communiste de Bondy en 1936. Mobilisé en septembre 1939, il rentre comme affecté spécial en décembre.

La Résistance dès 1940

En février 1940, Henri Douillot est convoqué à la police pour signer une renonciation au parti communiste. Il refuse. Il est arrêté, interné à Saint-Benoît-sur-Loire, puis à la citadelle de Sisteron d’où il s’évade en 1941 pour rejoindre les FTP.

Henri Douillot doit alors vivre dans la clandestinité, dans une chambre dans le XIe arrondissement. Il y entrepose des armes et des explosifs.

Les arrestations

C’est dans la chambre du XXe qu’Henri Douillot est arrêté, le 10 mai 1942, par les brigades spéciales qui sont sur sa piste depuis quelques jours.

Dans la journée, sa femme Charlotte et sa fille Rolande qui viennent lui apporter du ravitaillement et du linge, sont également arrêtées par les policiers postés sur les lieux.

À la préfecture de police, les Douillot retrouvent les L’Huillier – Henriette, son mari Alphonse, leur fils Roger – arrêtés quelques heures plus tôt, suite aux filatures autour de Henri Douillot.

Charlotte Douillot et Rolande, Henriette L’Huillier et son fils, sont emprisonnés au dépôt.

Alphonse L’Huillier est fusillé au Mont-Valérien le 11 août 1942. Comme otage, sans jugement. Il avait quarante-et-un ans.

Après son exécution, la police a relâché son fils, Roger, « en raison de son âge » (dix-sept ans), mais non sa femme qui a été en cellule à la Santé du 24 août au 29 septembre et, de là, transférée à Romainville.

Henri Douillot a été condamné à mort par un tribunal allemand le 30 septembre 1942 (en même temps que Losserand, Carré, France Bloch-Sérazin).

Henri Douillot est fusillé le 21 octobre 1942 au champ de tir d’Issy-les-Moulineaux, Il avait quarante et un ans.

Charlotte Douillot et sa fille Rolande arrivent à Romainville le 27 octobre 1942. Elles y retrouvent Henriette L’Huillier.

Le 22 janvier 1943, cent premières femmes otages sont transférées en camions au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »). Le lendemain, un deuxième groupe de cent-vingt-deux détenues du Fort qui les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). À ce jour, aucun témoignage de rescapée du premier transfert n’a été publié concernant les deux nuits et la journée passées à Royallieu, et le récit éponyme de Charlotte Delbo ne commence qu’au jour de la déportation… Mais Betty Jégouzo confirme ce départ en deux convois séparés, partis un jour après l’autre du Fort de Romainville. Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur “C” du camp.

Le matin suivant, 24 janvier, les deux-cent-trente femmes sont conduites à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire).

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En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir.

Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau (B-Ia) où elles entrent en chantant La Marseillaise.

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Portail du secteur B-Ia du sous-camp de Birkenau (Auschwitz-II)
par lequel sont passés les “31000”
(accès depuis la rampe de la gare de marchandises
et le “camp-souche” d’Auschwitz-I…).
© Gilbert Lazaroo, février 2005.

Rolande Vandaele y est enregistrée sous le matricule 31761. Le numéro de chacune est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche.

Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n° 14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rangs de cinq, à Auschwitz-I, le camp-souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie : vues de trois-quart, de face et de profil.

Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où sont enfermées leurs compagnes prises à la “course” [1] du 10 février (une sélection punitive). Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

À la fin d’avril 1943, Rolande Vandaële entre au revier [2], atteinte du typhus, après la mort de sa mère, elle y a vu mourir sa tante.

La quarantaine à Auschwitz, Ravensbrück et Mauthausen

Le 3 août 1943, Rolande Vandaële sort du revier, tenant à peine debout, pour aller en quarantaine. Après être passée par Ravensbrück et Mauthausen, elle rentre à Paris le 30 avril 1945.

Revenante

Elle a retrouvé sa grand-mère dans le 20e arrondissement..

Le mari de Rolande revient de captivité en mai 1945.

Avec ses deux grands-parents à charge, Rolande, bien que très atteinte ne peut songer à se reposer. Elle reprend son métier.

Ce n’est qu’en 1964 qu’elle obtient une carte de déportée politique et est reconnue invalide à cent pour cent.

Sources :

- Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998).

MÉMOIRE VIVE

(dernière modification, le 24-05-2010)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

[1] La « course » par Charlotte Delbo : Après l’appel du matin, qui avait duré comme tous les jours de 4 heures à 8 heures, les SS ont fait sortir en colonnes toutes les détenues, dix mille femmes, déjà transies par l’immobilité de l’appel. Il faisait -18. Un thermomètre, à l’entrée du camp, permettait de lire la température, au passage. Rangées en carrés, dans un champ situé de l’autre côté de la route, face à l’entrée du camp, les femmes sont restées debout immobiles jusqu’à la tombée du jour, sans recevoir ni boisson ni nourriture. Les SS, postés derrière des mitrailleuses, gardaient les bords du champ. Le commandant, Hoess, est venu à cheval faire le tour des carrés, vérifier leur alignement et, dès qu’il a surgi, tous les SS ont hurlé des ordres, incompréhensibles. Des femmes tombaient dans la neige et mouraient. Les autres, qui tapaient des pieds, se frottaient réciproquement le dos, battaient des bras pour ne pas geler, regardaient passer les camions chargés de cadavres et de vivantes qui sortaient du camp, où l’on vidait le Block 25, pour porter leur chargement au crématoire.

 

Vers 5 heures du soir, coup de sifflet. Ordre de rentrer. Les rangs se sont reformés sur cinq. «  En arrivant à la porte, il faudra courir.  » L’ordre se transmettait des premiers rangs. Oui, II fallait courir. De chaque côté de la Lagerstrasse, en haie serrée, se tenaient tous les SS mâles et femelles, toutes les kapos, toutes les polizeis, tout ce qui portait brassard de grade. Armés de bâtons, de lanières, de cannes, de ceinturons, ils battaient toutes les femmes au passage. Il fallait courir jusqu’au bout du camp. Engourdies par le froid, titubantes de fatigue, il fallait courir sous les coups. Celles qui ne couraient pas assez vite, qui trébuchaient, qui tombaient, étaient tirées hors du rang, saisies au col par la poignée recourbée d’une canne, jetées de côté. Quand la course a été finie, c’est-à-dire quand toutes les détenues sont entrées dans les Blocks, celles qui avaient été tirées de côté ont été emmenées au Block 25. Quatorze des nôtres ont été prises ce jour-là.

 

Au Block 25, on ne donnait presque rien à boire, presque rien à manger. On y mourait en quelques jours. Celles qui n’étaient pas mortes quand le “Kommando du ciel” (les prisonniers qui travaillaient au crématoire) venait vider le Block 25, partaient à la chambre à gaz dans les camions, avec les cadavres à verser au crématoire. La course – c’est ainsi que nous avons appelé cette journée – a eu lieu le 10 février 1943, deux semaines exactement après notre arrivée à Birkenau. On a dit que c’était pour nous faire expier Stalingrad. (Le convoi du 24 janvier, pp. 37-38)

[2] Revier , selon Charlotte Delbo : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. ». In Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24. Le terme officiel est pourtant “hôpital” ; en allemand Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus ou Krakenbau (KB). Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”.