Roland, Louis, Eugène, Soyeux naît le 16 janvier 1912 à Reims (Marne – 51), fils de Louis Soyeux et de Julie Jacob, son épouse.

Le 17 août 1931, à Vitry-le-François (51), déjà employé de chemin de fer, Roland Soyeux se marie avec Sylviane Ghislain, née le 28 mai 1911 à Saint-Quentin (Aisne). Ils ont deux enfants : Liliane, née le 7 septembre 1934, et Denis, né le 12 août 1936, tous deux à Frignicourt, commune limitrophe au sud de Vitry-le-F.

Au moment de l’arrestation du chef de famille, celle-ci est domicilié au 62, rue du Docteur-Thomas à Reims, à proximité de la voie ferrée.

Cheminot, mécanicien ou chauffeur de route au dépôt SNCF de Reims (agent n° 43 824), Roland Soyeux est un militant très connu de la cellule d’entreprise du Parti communiste, notamment au moment desaccords de Munich (septembre 1938).

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Reims. La gare (dans les années 1930 ?). 
Carte postale non datée. Collection Mémoire Vive.

Après l’armistice, il fonde le premier groupe de résistance de la SNCF à Reims, avec Maurice Roussel, René Manceau (déportés le 6 juillet 1942), et Gaston Lelaurain (arrêté dès le 24 juin 1941, déporté en 1943 à Oranienbourg où il meurt en 1945).

Le jeudi 26 février 1942, vers 8 heures du matin, en rentrant chez lui après son travail de nuit, Roland Soyeux est arrêté sans explication par deux Feldgendarmes. Pris comme otage en représailles après des attentats contre des soldats allemands à Chalon-sur-Saône et à Montceau-les-Mines, en même temps que dix-sept autres Marnais (membres de la communauté juive, militants syndicaux et politiques dont Jules Huon, Marcel Gauthier, René Manceau, Félix Reillon, Maurice Roussel et Henri Roy – tous suspectés d’activité communiste clandestine et futurs compagnons de déportation), Roland Soyeux est d’abord conduit au siège de la Gestapo, rue Jeanne d’Arc, puis à la Maison d’arrêt de Reims, boulevard Robespierre, et enfin à la prison de Châlons-sur-Marne (à vérifier…).

Le 5 mars, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardépar la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager), où il est enregistré sous le matricule n° 3676.

Entre fin avril et fin juin 1942, Roland Soyeux est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Roland Soyeux est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46113, selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartisdans les Blocks 19 et 20.

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Portail du sous-camp de Birkenau, secteur B-Ia, semblable 
à celui du secteur B-Ib par lequel sont passés tous les “45000”.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Roland Soyeux est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale”, un contexte plus meurtrier (voir ci-dessous le témoignage de Guy Lecrux).

Roland Soyeux meurt le 14 septembre 1942, selon l’acte de décès établi par l’administration SS du camp [1].

Le 27 septembre 1946, Guy Lecrux, cheminot de Reims, rescapé du convoi, signe une attestation selon laquelle Roland Soyeux est mort à Auschwitz-Birkenau avant le 4 mars 1943. À plusieurs reprises, il rédigera des certificats semblables afin que la veuve de son camarade puisse faire avancer des dossiers administratifs de pension (15 février 1947, 13 décembre 1948). Le 24 décembre 1946, dans une lettre adressée au chef du bureau de l’état civil déporté du ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre, il explicite sa certitude. « 1/ J’ai connu Monsieur Soyeux au camp de Compiègne (Frontstalag 122), où il est arrivé le 3 mars 1942, en qualité d’interné politique. 2/ Nous avons été déportés ensemble le 6 juillet 1942 au camp d’Auschwitz (Haute-Silésie) où nous sommes arrivé le 9 juillet. / Notre convoi fut coupé en deux le 12 juillet, une partie dirigée sur l’annexe Birkenau, dont Monsieur Soyeux, et l’autre restant au camp central, dont moi-même. 4/ M’étant rendu à Birkenau en novembre 1942, j’appris par des camarades que Monsieur Soyeux était entré à l’infirmerie à la suite de mauvais traitements. /5 Le 4 mars 1943, les Français survivants de Birkenau, malades ou non, furent ramenés au camp central au nombre de vingt-deux. Monsieur Soyeux n’était pas parmi eux. 6/ Tous les Français du camp d’Auschwitz et de ses annexes ayant été mis en quarantaine le 14 août 1943, nous étions à ce moment cent-vingt-deux, et nous n’avons pas retrouvé Monsieur Soyeux. 7/ Ayant interrogé des internés allemands travaillant au secrétariat du camp sur ce qu’il était advenu des autres Français de notre transport, ils nous répondirent qu’aucun n’était parti en transport [vers un autre camp, ils sont] donc décédés. Monsieur Soyeux est donc décédé entre fin octobre 1942 et mars 1943. » (quelques dates sont décalées d’un jour ou deux)

Le 1er aout 1946, le général Bonneau, délégué général des Forces françaises combattantes de l’intérieur (FFCI) délivre une attestation certifiant que Roland Soyeux est « lié au service […] en qualité d’agent demission de 3ème classe ». Le 13 septembre suivant, le lieutenant Lucien Bazin, responsable départemental du réseau “Turma-Vengeance” (secteur 130), certifie que Roland Soyeux « figure sur les dossiers des milices patriotiques […], groupement passé sous [son] contrôle pendant la clandestinité ». Le 30 juin 1948, le bureau des FFCI délivre une nouvelle attestation d’appartenance de Roland Soyeux, comme agent P.1 au réseau Résistance Fer d’octobre 1940 à février 1942. Le 26 novembre 1953, sur un “certificat de cause à effet”, le liquidateur de Résistance Fer indique comme motif de l’arrestation : renseignements et sabotages.

Le 28 janvier 1947, un officier d’état civil du ministère dresse un acte de décès au nom de Roland Soyeux enregistrant comme date « le mois de mars 1943 » sur la base des éléments d’information figurant au dossier. En février, la mention « mort pour la France » est apposée en marge de l’acte de décès.

Le 2 avril suivant, Sylviane Soyeux – qui a deux enfants à charge – se remarie avec Joseph Dien, également employé de la SNCF.

Le 4 décembre 1953, Sylviane Dien, veuve Soyeux, signe un formulaire de demande d’attribution du titre de déporté résistant au nom de son ancien mari et en tant que tutrice de son enfant mineur. Le 14 juin 1954, la Commission départementale des déportés et internés politiques émet un avis favorable, suivi par la commission nationale le 18 novembre 1955 (attestations et enquête désignent sans réserve Roland Soyeux comme résistant). Le 14 décembre suivant, la demande est acceptée par le ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre et, le 25 janvier 1956, le chef du bureau des déportés et des statuts divers envoie une carte de déporté résistant délivrée à « Madame Dien Sylviane » (n° 1018.28448).

Après la guerre, une plaque commémorative est apposée à l’ancien domicile du cheminot déporté : « Ici demeurait Roland Soyeux, patriote mort en déportation au camp de Birkenau (Allemagne) 1912-1943 ».

Son nom figure également sur la plaque apposée en gare de Reims « À la mémoire des agents SNCF tués pour faits de guerre » et sur celle apposée dans la salle de réunion de la Bourse du Travail de Reims (devenue Maison régionale des syndicats), au 13 boulevard de la Paix, « À la mémoire de nos camarades tombés dans la lutte pour la liberté, victimes de la barbarie nazie » (ce dernier adjectif ayant remplacé “barbarie allemande”).

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 27-09-2003).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 127 et 128, 366 et 420. 
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour Mémoire Vive, citant : Recherche de Jocelyne Husson, professeur à Reims – Liste (incomplète) du convoi (archives FNDIRP) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 1151 (30489/1942). 
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier de Roland Soyeux (cote 21 p 540 378), recherches de Ginette Petiot (message 05-2013). 
- Site Mémorial GenWeb, relevés d’Alain Girod (11-2002 ; photo) et de Bernard Butet (10-2009 ; photo).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 31-05-2013)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Différence de date de décès avec celle inscrite sur les actes d’état civil :

Dans les années qui ont suivi la guerre, devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises de décès des déportés, mais soucieux d’établir les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions aux familles, les services français d’état civil – dont un représentant officiait au ministère des Anciens combattants en se fondant sur diverses sources, parmi lesquelles le témoignage approximatif des rescapés – ont très souvent fixé des dates fictives : le 1er, le 15, le 30, le 31 du mois, voire le jour (et le lieu !) du départ.

Leur inscription sur les registres d’état civil rendant ces dates officielles, certaines ont quelquefois été gravées sur les monuments aux morts.