Roger, Georges, Fernand, Tessier naît le 2 juillet 1918 à Malesherbes (Loiret – 45), fils de Gaston Tessier et Léocadie Sellier, née le 29 avril 1873 à Brioucourt (Somme) ; à vérifier…

Il est domicilié chez sa mère, veuve, au 47, rue des Deux-Communes à Montreuil-sous-Bois [1] (Seine-Saint-Denis – 93). Il est célibataire.

Roger Tessier est ouvrier photographe, au chômage au moment de son arrestation.

Il est membre des Jeunesses communistes.

Sous l’occupation, il reste actif dans la clandestinité. Disposant d’une presse et d’accessoires à polycopier, il les utilise pour imprimer « des affiches, placards illustrés et papillons de propagande révolutionnaires » diffusés dans Montreuil « par les soins de plusieurs militants auxquels il [transmet] des directives » en tant qu’agent de liaison.

Le 20 octobre 1940, plusieurs membres de son groupe – dont Georges Guinchan – participent à une manifestation devant la mairie de Montreuil, réclamant le rétablissement de la municipalité destituée en février 1940. Les Allemands interviennent et font évacuer la place de la Mairie sous la menace de deux mitrailleuses.

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L’hôtel de ville de Montreuil après-guerre.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 9 novembre suivant, Roger Tessier est arrêté à la suite d’une perquisition effectuée à son domicile au cours de laquelle la police française trouve « plusieurs documents communistes dont un croquis » de l’organisation clandestine des Jeunesses communistes de Montreuil, qu’il a eu l’imprudence de conserver. Le lendemain, inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939, il est placé sous mandat de dépôt et écroué à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris 14e, ainsi que huit autres membres de son groupe. Arrêtée en même temps que lui et également inculpée, sa mère est laissée en liberté provisoire.

En janvier, Roger Tessier tente de faire circuler parmi les personnes attendant leur admission au parloir des familles une pétition pour obtenir l’autorisation d’apporter des vivres aux détenus.

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Palais de Justice de Paris, île de la Cité, Paris 1er.
Tribunal correctionnel, un des porches du 1er étage.
(montage photographique)

Le 5 avril 1941, Roger Tessier comparaît, avec treize autres prévenus dont Georges Guinchan, devant la chambre des mineurs (15e) du Tribunal correctionnel de la Seine ; les parents de cinq accusés ont été convoqués comme civilement responsables. Roger Tessier est condamné à 18 mois d’emprisonnement et 100 fr d’amende. Lui et Guinchan se pourvoient en appel auprès du procureur de la République.

Le 6 mai, Roger Tessier est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes (94).

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La maison d’arrêt de Fresnes après guerre.
Carte postale. Collection Mémoire Vive.

Le 16 juin, la 10e chambre de la Cour d’appel de Paris confirme la première condamnation.

À l’expiration de sa peine, le 25 décembre, Roger Tessier n’est pas libéré : le directeur de la prison de Fresnes le met à la disposition du préfet de police de Paris qui signe le jour même un arrêté ordonnant son internement administratif.en application du décret du 18 novembre 1939.

Deux jours plus tard, Léocadie Tessier écrit au préfet de police pour le prier « de rendre un bon fils à sa mère ». En effet, celui-ci est son seul soutien : elle a été expulsée de leur domicile de Montreuil et se trouve dans un centre d’hébergement à l’annexe de Charenton, au 5 bis, rue Pasteur, raison pour laquelle la mairie de Montreuil ne lui verse plus aucun secours. Une note de police du 20 janvier indique « avis défavorable RG, Libération impossible ». Le lendemain, Le chef du 1er bureau de la préfecture de police écrit au commissaire de police de la circonscription de Charenton pour lui demander de « faire connaître à l’intéressée que sa demande ne peut être favorablement accueillie dans les circonstances actuelles ». Convoquée au commissariat, Madame Veuve Tessier a communication du rejet de sa demande une semaine plus tard, étant partie à Poitiers quelques jours, peut-être pour essayer de voir son fils.

En effet, entre temps, le 3 janvier 1942, Roger Tessier a fait partie d’un groupe de 38 internés politiques (dont 16 futurs “45000”) et 12 “indésirables” (droit commun) extraits du dépôt et transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Rouillé (Vienne). Ils ont été conduits en car, sous escorte, jusqu’à la gare d’Austerlitz où les attendait un wagon de voyageurs réservé (10 compartiments ; départ 7h55 – arrivée 18h51).

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Le camp de Rouillé, “centre de séjour surveillé”,
vu du haut d’un mirador. Date inconnue.
Au fond – de l’autre côté de la voie ferrée -, le village.
Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne),
Fonds Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. Droits réservés.

Le 18 mars 1942, Roger Tessier est parmi les treize “jeunes” communistes « extraits par les autorités allemandes et transférés, pour des raisons qui n’ont pas été indiquées » au camp de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager) ; tous sont de futurs “45000” sauf André Giraudon, de Bourges, fusillé au Mont-Valérien le 9 mai 1942. Roger Tessier est enregistré à Royallieu sous le matricule n° 3797.

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Le camp vu depuis le mirador central.
Les “politiques français” étaient dans le secteur constitué
par la ligne de bâtiments de gauche (“camp communiste”)
Photo Hutin, Compiègne, carte postale. Droits réservés.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Roger Tessier est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46263 (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz.
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Roger Tessier meurt à Auschwitz le 18 mars 1943, selon les registres du camp ; il a tenu huit mois.

Le 14 novembre 1949, le préfet de la Seine, pour la direction interdépartementale des Anciens combattants et Victimes de la guerre, écrit au directeur des Renseignements généraux de la préfecture de police pour lui demander des renseignements au sujet de Roger Tessier afin de statuer sur le droit à l’inscription de la mention « Mort pour la France » sur son acte de décès. La mère de celui-ci habiterait alors au 23, rue du Château à Asnières.

La mention “Mort en déportation” est apposée sur l’acte de décès de Roger Tessier (J.O. du 23-06-2000).

Sources :

- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 385 et 421.
- Cl. Cardon-Hamet, notice in 60e anniversaire du départ du convoi des 45000, brochure répertoriant les “45000” de Seine-Saint-Denis, éditée par la Ville de Montreuil et le Musée d’Histoire vivante, 2002, page 30 et 31, citant : Daniel Tamanini, de la FNDIRP de Montreuil (lettre du 23-4-1989) – Témoignage de Georges Guinchan, de Montreuil (rescapé) – Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central).
- Archives de Paris, archives du tribunal correctionnel de la Seine, rôle du greffe du 28 mars au 5 juin 1941 (D1u6-5855) ; jugement du 5 avril 1941 (D1u6-3744).
- Archives Départementales du Val-de-Marne, Maison d’arrêt de Fresnes, dossiers individuels des détenus “libérés” du 20 au 31 octobre 1941, mandat de dépôt/ordre d’écrou ; extrait des minutes du greffe (cote 511w28).
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : camps d’internement… (BA 2374) ; cabinet du préfet, dossiers individuels (1w0988), n° 48806.
- Archives départementales de la Vienne, camp de Rouillé (109W75).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 1-11-2015)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Montreuil-sous-Bois : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).