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Devant la mairie de Drancy en mars 1936. 
Photo de l’agence Mondial Photo Presse
Collection de l’association Le Papyrus Drancéen
section DIMEME.

Roger, Georges, Pigalle naît le 1er mars 1901 à Malakoff [1] (Hauts-de-Seine), chez ses parents, Camille, Louis, Pigalle, 40 ans, menuisier, et de Azelia, Marie, Lefevre, son épouse, 38 ans, domiciliés au 54, rue Chauvelote.

Roger Pigalle est maçon plâtrier.

C’est un militant communiste et syndicaliste : le 7 février 1924, il subit un contrôle de police au cours d’une manifestation organisée devant l’Assemblée Nationale (Palais-Bourbon) par la CGTU et l’Union des syndicats de la Seine.

Pendant un temps, selon la police, il serait domicilié à Gennevilliers, étant élu conseiller municipal de cette commune (à vérifier…).

Le 9 janvier 1926, à Antony, Roger Pigalle épouse en premières noces Germaine B., mais ils divorcent.

Le 15 avril 1933 à Drancy, il se marie avec Alice Husson, née le 18 mai 1905 à Toul (Meurthe-et-Moselle), journalière, elle-même divorcée. Tous deux habitent alors au 23, rue Victor-Hugo, à Drancy [2] (Seine-Saint-Denis – 93).

Au moment de son arrestation, Roger Pigalle est domicilié au 8, avenue Pasteur à Drancy. Il est père d’une fille née probablement de son premier mariage, Carmen, âgée de 19 ans en février 1941.

Le 5 mai 1935, Roger Pigalle est élu conseiller municipal de Drancy (Seine-Saint-Denis) sur la liste communiste conduite par Jean Berrar. Très assidu, il ne manque que deux séances du conseil municipal.

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Drancy. La mairie. Carte postale oblitérée en 1932. 
Coll. Mémoire Vive.

Dans les années 1930, il travaille irrégulièrement, étant inscrit à plusieurs reprises au fonds de chômage de Drancy.

Le 17 juin 1937, Roger Pigalle « fait l’objet d’une plainte pour (…) atteinte au libre exercice de l’industrie et du travail, opposition par voies de fait à la confection de travaux organisés par le gouvernement. » (une action syndicale ?) ; affaire sans suite judiciaire.

Le 31 août 1939, après qu’il ait été « signalé comme se livrant à la distribution de tracts du Particommuniste », le commissaire de police de Pantin procède à une perquisition à son domicile. On y trouve – entre autres – des fiches d’adhérents et de bulletins d’adhésions remplis, « un original au crayon de tract du 27 août 1939 »…

Mobilisé dans l’artillerie à Orléans (Loiret) le 6 septembre 1939, Roger Pigalle ne peut se prononcer sur « L’appel aux Drancéens », lancé par le maire, Berrar, à l’automne et signé par les seize conseillers municipaux présents, par lequel les élus entendent « continuer à remplir le mandat qui leur a été confié par le suffrage universel dans le cadre des lois républicaines avec la volonté de réaliser au maximum l’unité morale de la population civile indispensable à la vie normale de la cité » ; texte ne constituant pas en soi un désaveu du Pacte germano-soviétique et de la politique du Parti communiste.

Le conseil de préfecture de la Seine déchoit Roger Pigalle de son mandat le 15 février 1940, ainsi que d’autres élus drancéens, pour ne pas avoir publiquement renoncé à son appartenance au Parti communiste.

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Extrait de la presse quotidienne, 
sans titre ni date. 
Archives de la préfecture de police, Paris.

Roger Pigalle est démobilisé le 17 août 1940, sans avoir été fait prisonnier.

Sous l’occupation, la police française (RG) considère qu’il « se livre à la propagande clandestine ».

Le 5 octobre 1940, Roger Pigalle est appréhendé lors de la grande vague d’arrestations organisée dans les départements de la Seine et de la Seine-et-Oise par les préfets du gouvernement de Pétain contre des hommes connus avant guerre pour être des responsables communistes (élus, cadres du PC et de la CGT) ; action menée avec l’accord de l’occupant.

L’arrêté d’internement le concernant a été pris par le préfet de police de Paris en application du décret du 18 novembre 1939 « à la demande de M. le commissaire de police de la circonscription de Pantin ».

Après avoir été regroupés en différents lieux, 182 militants de la Seine sont conduits le jour même en internement administratif au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Val-d’Oise – 95), créé à cette occasion dans les bâtiments réquisitionnés d’un sanatorium isolé en forêt.

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Centre de séjour surveillé d’Aincourt. Plan de l’enceinte 
montrant les points d’impact après le bombardement 
par un avion anglais dans la nuit du 8 au 9 décembre 1940. 
Arch. dép. des Yvelines, cote 1W71.

Le 11 février 1941, en réponse à une directive du chef de camp concernant la révision du dossier de certains internés, Roger Pigalle transmet à celui-ci une demande ferme : « J’ai l’honneur de réclamer malibération immédiate car je considère mon arrestation comme arbitraire ».

Le 6 mars 1941, sur le formulaire de « Révision trimestrielle du dossier » de Roger Pigalle, à la rubrique « Avis sur l’éventualité d’une mesure de libération », le commissaire spécial, directeur du camp, émet un avis défavorable en s’appuyant sur le constat que cet interné « suit les directives du parti communiste » et bien qu’il lui reconnaisse une « attitude correcte ».

Le 24 juin, Roger Pigalle fait partie d’une trentaine de « meneurs indésirables » écroués à la Maisond’arrêt de Rambouillet (Yvelines – 78), à la suite d’ « actes d’indiscipline » collectifs.

Le 27 septembre, il est parmi les 23 militants communistes de la Seine transférés au “centre d’internement administratif” (CIA) de Gaillon (Eure – 27), un château Renaissance isolé sur un promontoire surplombant la Seine et transformé en centre de détention au 19e siècle, puis en caserne ; il est assigné au bâtiment F (aile Est du pavillon Colbert [3]), 1er étage, chambre 2, lit 23.

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Le camp de Gaillon, ancien château de l’évêque de Rouen. 
Carte postale d’après-guerre. Collection Mémoire Vive.

Selon une note de la police (RG ?) datée du 18 février 1942, Roger Pigalle figure sur une liste de 43 « militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion », et qui sont pour la plupart internés au camp de Gaillon.

Le 4 mai 1942, Roger Pigalle fait partie des 58 détenus transférés au “centre de séjour surveillé” (CSS) de Voves (Eure-et-Loir – 28). Enregistré sous le matricule n° 310, il n’y reste que deux semaines.

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Entrée du camp de Voves. 
Date inconnue, probablement après mars 1943.
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Musée de la Résistance Nationale, Champigny. 
Fonds de l’Amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant. 
Droits réservés.

Le 20 mai, il fait partie d’un groupe de 28 détenus (dont 19 futurs “45000”) que viennent chercher des gendarmes français. Pensant qu’on les emmène pour être fusillés, les partants chantent La Marseillaise. En fait, remis aux “autorités d’occupation” à la demande de celles-ci, ils sont conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise – 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 -Polizeihaftlager).

Entre fin avril et fin juin 1942, Roger Pigalle est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 9 juin, Alice Pigalle écrit à Fernand de Brinon, Délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, pour lui demander d’intervenir en faveur de la libération de son mari.

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus de Royallieu sont conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30.

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Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

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Portail de l’entrée principale d’Auschwitz-I , le « camp souche ». 
« Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre » 
Carte postale. Collection mémoire Vive.

Le 8 juillet 1942, Roger Pigalle est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45987 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).

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Les SS ont détruit la plupart des archives du KL Auschwitz. 
Le portrait d’immatriculation de ce détenu a disparu.

Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20.

Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différentsKommandos.

Le 13 juillet – après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau – Louis Didier est dans la moitié des membres du convoi est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Il est rapidement admis au Block 28 (médecine interne) de l’ “hôpital d’Auschwitz” [4].

Il meurt à Auschwitz le 28 juillet 1942, d’après les registres du camp ; trois semaines après l’arrivée de son convoi.

À la mi-juillet, Alice Pigalle a reçu la carte-formulaire envoyée par l’administration du camp pour prévenir certaines familles du transfert des déportés. Le 4 août, elle s’adresse de nouveau à de Brinon pour obtenir des nouvelles de son mari. Le 12 septembre, le préfet de police de Paris transmet à la Délégation générale le rapport de ses services sur le nommé Pigalle, « actuellement détenu par les Autorités allemandes ».

À une date inconnue, son épouse et/ou l’administration française engage auprès de la Croix-Rouge une demande de renseignement sur la situation de Roger Pigalle. Le 19 juillet 1943, la Croix-Rouge internationale, basée à Genève, transmet cette demande sa “filiale” allemande, laquelle s’adresse à son tour au Bureau central de sécurité du Reich (la « Gestapo ») à Berlin. Le 1er mars 1944, la police répond à la Croix-Rouge allemande en utilisant un formulaire sur lequel il suffit de rayer la mention inutile : « b) pour des raisons de police d’État, aucun renseignement ne peut être donné sur son lieu de séjour ni sur son état de santé. » On ne sait pas si cet avis a été transmis à son épouse.

Une des première personnes en France à certifier le décès de Roger Pigalle est Christiane, ”Cécile”, Charua qui écrit à sa veuve le 12 décembre 1945, en tant que rescapée ”31000” et au nom de l’Amicale d’Auschwitz, « …il est de mon devoir de ne pas maintenir l’espoir dans les familles quand je sais pertinemment que votre mari ne rentrera pas ». Elle ajoute qu’elle va essayer de trouver un témoin parmi les ”45000” rentrés de déportation

Avant août 1946, Raymond Saint-Lary atteste de la disparition à Auschwitz de Roger Pigalle, victime du typhus, mais en datant celle-ci de novembre 1942.

Le 29 juillet 1948, la mention « Mort pour la France » est apposée sur son acte de décès.

La veuve de Roger Pigalle reçoit sa carte de déporté politique (n° 117516207).

La mention « mort en déportation » est apposée sur son acte de décès (JORF du 14 décembre 1997).

Le nom de Roger Pigalle est inscrit sur la plaque commémorative dédiée aux déportés et apposée à l’entrée de la mairie de Drancy.

Sources :

- Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron (aujourd’hui Claude Pennetier), Editions de l’Atelier/Editions Ouvrières, 1990-1997 CD-rom (citant : Arch. Dép. Seine, DM3 , vers. 10451/76/1 et 10441/64/2 – Arch. Com. Drancy). 
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 385 et 417. 
- Françoise Bulfay, section DIMEME de l’association Le Papyrus Drancéen ; photo de Roger Pigalle (06-2013). 
- Archives départementales des Hauts-de-Seine (AD 92), site internet du conseil général, archives en ligne, registre des naissances de Malakoff, année 1901 (cote E NUM MAL N1901), acte n° 46 (vue 17/113).
- Archives de la préfecture de police de Paris, carton “occupation allemande” BA 2374 (camps d’internement…) ; carton “PC” BA 1928 (dissolution…). 
- Archives départementales des Yvelines (AD 78), Montigny-le-Bretonneux, centre de séjour surveillé d’Aincourt ; cotes 1w74 (révision trimestrielle), 1w147 (dossier individuel). 
- Archives départementales de l’Eure, Évreux, archives du camp de Gaillon, cotes 89w4, 89w11 et 89w14 ; recherches de Ginette Petiot (message 08-2012). 
- Comité du souvenir du camp de Voves, liste établie à partir des registres du camp conservés aux Archives départementales d’Eure-et-Loir. 
- Témoignage de Dominique Ghelfi (daté 1946), Contre l’oubli, brochure éditée par la mairie de Villejuif en février 1996, page 61. D. Ghelfi, n’ayant pas été sélectionné pour le convoi du 6 juillet, a assisté au départ de ses camarades. Lui-même a été déporté à Buchenwald en janvier 1944 (rescapé). 
- Death Books from Auschwitz, Remnants, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, K.G.Saur, 1995 ; relevé des registres (incomplets) d’actes de décès du camp d’Auschwitz dans lesquels a été inscrite, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, la mort de 68 864 détenus pour la plupart immatriculés dans le camp (sans indication du numéro attribué), tome 3, page 932. 
- Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; acte de décès du camp (17287/1942), relevé clandestin de la morgue par la Résistance intérieure du camp. 
- Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, dossier de Roger Pigalle, cote 21 P 525 745, recherches de Ginette Petiot (message 10-2012). 
- Site Mémorial GenWeb, 93-Drancy, relevé de Monique Diot Oudry (11-2004).

MÉMOIRE VIVE

(dernière mise à jour, le 3-11-2014)

Cette notice biographique doit être considérée comme un document provisoire fondé sur les archives et témoignages connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s’y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources).

En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

[1] Malakoff : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes (transfert administratif effectif en janvier 1968).

[2] Drancy : jusqu’à la loi du 10 juillet 1964, cette commune fait partie du département de la Seine. Elle est aussi sinistrement connue pour avoir été le lieu où fut implanté – dans la cité de la Muette inachevée – le camp de regroupement des Juifs (vieillards, enfants…) avant leur transport vers Auschwitz-Birkenau et autres lieux.

[3] Château de Gaillon. Le pavillon Colbert, sur la terrasse du jardin haut, a été dessiné par Jules-Hardoin Mansard vers 1700 pour l’archevêque Jacques-Nicolas Colbert, second fils du ministre de Louis XIV.

[4] L’ “hôpital d’Auschwitz” : en allemand Krakenbau (KB) ou Häftlingskrakenbau (HKB), hôpital des détenus. Dans Si c’est un Homme, Primo Lévi utilise l’abréviation “KB”. Mais les “31000” et Charlotte Delbo ont connu et utilisé le terme « Revier » : « abréviation de Krakenrevier, quartier des malades dans une enceinte militaire. Nous ne traduisons pas ce mot que les Français prononçaient révir, car ce n’est ni hôpital, ni ambulance, ni infirmerie. C’est un lieu infect où les malades pourrissaient sur trois étages. », Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1967, p. 24.